Affaire Gordon Elliott : sous le choc

International / 01.03.2021

Affaire Gordon Elliott : sous le choc

Le deuxième meilleur entraîneur irlandais d’obstacle, assis à califourchon sur un cheval mort sur sa piste d’entraînement, au téléphone, souriant, les deux doigts de la main droite levée… Et cette légende : "nouveau cavalier d’entraînement ce matin". C’est la photo, terrible, de Gordon Eliott qui est apparue sur Twitter samedi après-midi. L’entraîneur a reconnu qu’il ne s’agissait pas d’un montage. Les officiels irlandais ont ouvert une enquête.

Sa version des faits

Voici le communiqué envoyé par Gordon Elliott aux média anglo-irlandais dimanche, vers 23 h 30, et repris sur les réseaux sociaux de l’entraîneur : « Je souhaiterais revenir sur les spéculations et les rumeurs qui ont émergé depuis qu’une vieille photo de moi a commencé à circuler sur les réseaux sociaux hier [lire samedi, ndlr] après-midi.

Tout d’abord, je présente mes plus sincères excuses à tous ceux qui ont été offensés par cette photo et je peux catégoriquement affirmer que le bien-être de chacun des chevaux sous ma responsabilité est essentiel et a toujours été au cœur des succès que nous avons enregistrés ici à Cullentra.

La photo en question a été prise il y a un certain temps, après qu’un cheval est mort sur la piste d’entraînement, apparemment d’une attaque cardiaque. Je comprends tout à fait qu'à première vue, on ait l’impression que cette photo était une mise en scène insensible. Mais rien ne peut être plus éloigné de la vérité.

Lors de ce qui a été un moment triste – ce qui est toujours le cas lorsqu’un des chevaux sous ma responsabilité meurt –, ma première réaction a été de bouger le corps de là où il se trouvait. J’étais au-dessus du cheval, attendant d’aider à le bouger et, dans mon souvenir, j’ai reçu un coup de téléphone à cet instant précis et, sans réfléchir, je me suis assis pour répondre. Entendant un cri de la part d’un membre de mon équipe, j’ai fait signe d’attendre que j’aie fini. Cette mise en perspective peut paraître triviale actuellement et ne va pas apaiser les inquiétudes de beaucoup de personnes, qu’elles soient, ou non, du monde des courses.

Je crois cependant qu’il est important de préciser dans quel contexte a été prise cette photo. Auprès de toute la communauté des courses, auprès de tous ceux qui travaillent et aiment les chevaux et ont été choqués par cette photo, je ne pourrai jamais assez m’excuser.

Le bien-être, les soins, l’attention à chaque détail est entièrement au cœur de ce que nous faisons, et moi-même, ainsi que mon équipe, sommes fiers des standards que nous avons mis en place.

Encore une fois, je souhaite m’excuser de cette offense et je demande aux gens de prendre en compte cette déclaration plutôt que les différents faux et désinformations circulant sur les réseaux sociaux.

Je souhaite souligner que je vais continuer à travailler en totale collaboration avec l’enquête, actuellement en cours, de l’I.H.R.B. (Irish Horseracing Regulatory Board). »

Chacun se fera son avis sur ces explications mais, si l’on en croit les réactions de professionnels et de passionnés, elles n’ont pas convaincu et, pour certains, ont même encore plus mis le feu aux poudres.

Betfair divorce

La première entité liée à Gordon Elliott à s’être manifestée est l’opérateur Betfair. Gordon Elliott était l’un des ambassadeurs de la marque. Betfair, lundi matin, a indiqué : « Même si nous reconnaissons que Gordon regrette profondément et s’excuse totalement suite à ce manque de discernement, ses actions sont complétement à l’opposé des valeurs de la marque Betfair et de nos employés. Prenant ceci en considération, nous avons décidé de cesser notre association avec Gordon, avec effet immédiat. »

Les réactions de deux importants propriétaires

Les réactions des propriétaires ayant des chevaux chez Gordon Elliott sont scrutées. Deux des plus importants, Cheveley Park Stud (Envoi Allen, Quilixios…) et Gigginstown House Stud (Tiger Roll et tant d’autres), ont communiqué lundi.

Cheveley Park Stud se montre prudent, préférant attendre les résultats de l’enquête : « Nous sommes véritablement horrifiés et consternés par la photo qui fait le tour des réseaux sociaux. Cependant, nous allons attendre les conclusions officielles de l’enquête lancée par l’I.H.R.B., et nous avons confiance en le fait qu’elles arriveront rapidement, avant de faire de nouveaux commentaires/décisions. »

Gigginstown Hourse Stud (Michael & Eddie O’Leary) condamne cet acte mais Michael O’Leary réitère son soutien à l’entraîneur : « Eddie et moi-même sommes profondément déçus par cette photo inacceptable qui est apparue sur les réseaux sociaux ce week-end. L’attention et le bien-être accordés à nos chevaux sont la priorité de nos entraîneurs.

Malheureusement, parfois, nos chevaux souffrent de blessures et/ou d’accidents mortels et nous attendons, dans ce cas, qu’ils soient traités avec l’attention et le soin qu’ils méritent. Nous avons toujours vu que le bien-être animal était la priorité absolue à Cullentra [l’écurie de Gordon Elliott, ndlr].

Des installations jusqu’à la fantastique équipe emmenée par Gordon, nos chevaux sont entraînés sans aucune limitation de dépense pour leurs développement, bonheur et bien-être. Nous admettons que cette photographie est grave mais il s’agit d’une erreur momentanée de jugement de la part de Gordon et ce n’est pas représentatif de notre expérience de quinze ans vis-à-vis de son attention et des soins apportés aux chevaux.

Nous faisons tous des erreurs, le plus important étant que l’on apprend d’elles et que nous nous assurons de ne pas les reproduire. Nous acceptons les excuses sincères et absolues de Gordon et nous continuerons de le soutenir, ainsi que son équipe de Cullentra en ces moments où ils travaillent pour se relever de cet incident profondément regrettable. »

Que risque Gordon Elliott ?

Difficile de se prononcer pour les autorités irlandaises. Le "tribunal des réseaux sociaux" appelle, parfois, à la radiation à vie de Gordon Elliott comme entraîneur. D’autres disent que, certes, les faits sont choquants mais qu’il n’y a rien d’illégal. Ce n’est pas parce que ce n’est pas illégal que c’est moral. Il faut aussi savoir ce que va faire la British Horseracing Authority : la B.H.A. a mis la pression sur les Irlandais, à quinze jours de Cheltenham. On imagine que si l’Irlande ne s’est pas prononcée d’ici là, la B.H.A. pourrait très bien interdire Gordon Elliott de courir ses chevaux en Grande-Bretagne si l’on en croit sa déclaration : « La B.H.A. étudie ses propres options réglementaires, sachant que monsieur Elliott a une licence donnée par les autorités irlandaises qui mènent leur enquête. »

Nous n’avons pas de faits similaires en tête sur lesquels nous baser pour comprendre ce que risque l’entraîneur. Mais il y a eu deux faits très médiatisés autour de la maltraitance ces dernières années.

Darren Weir, suspendu quatre ans. En 2019, l’entraîneur australien Darren Weir a vu sa licence suspendue pour quatre ans par les autorités hippiques australiennes. Il était accusé, avec d’autres membres de son équipe, d’avoir « torturé, abusé, travaillé au-delà de leurs limites et terrifié » trois de ses pensionnaires. L’affaire a été portée devant les tribunaux, à la fin 2020, l’entraîneur plaidant non coupable.

Le cas Asmussen/Blasi. En 2014, la Peta publie une vidéo où Scott Blasi, l’assistant de Steve Asmussen, parle en termes insultants des chevaux sous leur responsabilité et évoque, en rigolant, des cas de maltraitance, notamment à la cravache électrique. La Peta affirme avoir de nombreuses heures de rush ainsi qu’un rapport détaillé compromettant. Après enquête, Steve Asmussen et Scott Blasi n’écoperont d’aucune sanction, si ce n’est une amende de 10.000 $ pour Steve Asmussen pour une utilisation non conforme d’une médication.

La chronologie des événements

- Samedi 27 février, dans l’après-midi : un compte Twitter publie la photo de Gordon Elliott sur le cheval mort. La machine Twitter s’emballe très vite : vraie photo, montage ? Le Daily Mail repère vite la photo, d’autres médias suivent. Le compte Twitter a, depuis, supprimé la photo, mais trop tard.

- Samedi 27 février, minuit : Gordon Elliott indique sur son compte Twitter : « Je suis au courant d’une photo circulant sur les réseaux sociaux. L’Irish Horseracing Regulatory Board est en contact avec moi au sujet de cette photo et je vais totalement coopérer à leur enquête. » Pas de démenti sur la véracité de la photo, pas de reconnaissance non plus.

- Dimanche 28 février, le matin : l’I.H.R.B. confirme une enquête sur cette photo, sans spécifier de détail.

- Dimanche 28 février, milieu d’après-midi : la B.H.A. se manifeste et indique avoir demandé à l’I.H.R.B. de faire toute la lumière sur cette photo le plus rapidement possible. En fin d’après-midi, une capture d’un message WhatsApp (vrai ? faux ? Impossible à savoir) signé par Gordon Elliott commence à circuler sur les réseaux sociaux, où il reconnaît la véracité de cette photo prise il y a plus de quatre ans.

- Dimanche 28 février, vers 23 h 30 : l’Irish Field est le premier à publier la déclaration officielle de Gordon Elliott. Tous les médias britanniques et irlandais suivent et le message sera aussi publié sur le compte de Gordon Elliott.