Faut-il limiter à 140 le nombre de juments de chaque étalon ? Le point de vue d’un généticien

Courses / 07.03.2021

Faut-il limiter à 140 le nombre de juments de chaque étalon ? Le point de vue d’un généticien

Par Hubert de Rochambeau

« La décision du Jockey Club Américain a fait grand bruit l’an dernier. On pouvait penser que l’affaire était close lorsque trois grands haras ont porté plainte contre le Jockey Club. Pour un généticien, cette limitation a-t-elle un intérêt ?

La consanguinité est néfaste

Un cheval est consanguin lorsque ses parents ont au moins un ancêtre en commun. Comme le pur-sang est une population fermée depuis plusieurs siècles, tous les pur-sang sont consanguins. Le coefficient de consanguinité d’un individu est plus ou moins élevé selon la proximité des ancêtres communs dans la généalogie.

La consanguinité est néfaste. Elle provoque une baisse de la fertilité et elle rend plus fréquente l’apparition de tares héréditaires. La plupart des études disponibles montre que les chevaux consanguins ne réussissent pas mieux sur les hippodromes. Il y a des exceptions à cette observation, mais elles restent des exceptions !

En 2020, Emmeline Hill, une généticienne irlandaise, a publié une étude qui analyse la consanguinité avec les outils de la génétique moléculaire. Ses résultats confirment que la consanguinité moyenne de la population continue à s’accroître. Il existe des différences entre les différentes populations mondiales et ces différences constituent des réserves de variabilité.

La consanguinité est-elle un problème chez le pur-sang ?

La population mondiale de pur-sang est d’environ 200.000 individus et cette population est intensément sélectionnée. La sélection a notamment pour effet de faire disparaître les gènes défavorables apportés par la consanguinité. Cet argument pourrait expliquer pourquoi la consanguinité n’est pas aujourd’hui un problème majeur pour le pur-sang.

La limitation à 140 juments par étalon est-elle efficace ?

La manière dont le Jockey Club a argumenté sa décision est très surprenante. Pourquoi n’a-t-il pas demandé à une équipe de généticiens d’étudier l’effet de cette mesure sur l’accroissement annuel de la consanguinité ? Les modèles disponibles permettent de faire des prédictions en utilisant des données démographiques.

L’expérience que nous avons de ce type de modélisation dans différentes populations d’animaux domestiques sélectionnés nous permet de penser que cette limitation n’aura pas d’effet significatif sur l’accroissement de la consanguinité.

Conclusion

Pour un généticien, il n’y a pas d’urgence à réduire l’accroissement de la consanguinité chez le pur-sang. Par ailleurs, la limitation proposée est inefficace.

De nombreuses personnes se sont exprimées pour analyser les effets de cette limitation sur le plan commercial. Une majorité d’entre elles est contre cette limitation et les arguments des personnes favorables ne m’ont pas semblé très pertinents.

Pour conclure, on peut se demander pourquoi le Jockey Club Américain a fait cette proposition ! »