Le magazine :  Sunday à Paris, l’itinéraire d’une reconversion

Courses / 03.03.2021

Le magazine : Sunday à Paris, l’itinéraire d’une reconversion

Par Salomé Lellouche

Comment se passe la reconversion d’un galopeur pris en charge par l’association Au-delà des Pistes ? Jour de Galop s’est penché sur le sujet et vous propose de suivre Sunday à Paris sur le chemin qui le mène à sa nouvelle vie

Sunday à Paris (Sunday Break) a commencé sa carrière de course en 2018 chez Arnaud Chaillé-Chaillé, sous la casaque de son éleveur, le haras de Quétiéville. Bien qu’il n’ait jamais gagné, le cheval a été jugé digne de participer au Prix Congress (Gr2) et s’est notamment classé troisième du Prix Roger de Minvielle (L). Vendu à Simon Munir et Isaac Souede, Sunday à Paris a couru trois fois (sans succès) chez Gordon Elliott avant de revenir en France. Ses deux dernières sorties publiques ont été effectuées sous l’entraînement de Marcel Rolland. Le cheval s’est alors malheureusement accidenté. Conscient que sa carrière de course était terminée, David Powell, qui gère les intérêts de ses propriétaires, a contacté Au-delà des Pistes. Et l’association a pris le cheval en charge.

Du cas par cas. Les galopeurs n’ayant pas besoin de convalescence vont directement dans des structures de reconversion. Certains profils ont besoin de temps pour changer de vie. C’est le cas de Sunday à Paris. À cause d’une fracture de l’aile de l’ilium droit (bassin), le 6ans a eu besoin d’une immobilisation conséquente. Clotilde de Barmon est la responsable du placement et du référencement des chevaux à Au-delà des Pistes. Elle explique : « Avec sa blessure, il était assez compliqué de lui trouver une place directement. »

Étape 1 : la convalescence. Le 1er décembre 2020, date officielle de sa prise en charge, Sunday à Paris a entamé la première étape de sa transition : la convalescence. Le cheval a quitté Chantilly, direction le haras du Val des Charmes (70) de Karim Zoubeidi Defert, une structure du réseau d’Au-delà des Pistes. Grâce à l’aide de France Galop et à ses nombreux partenaires, l’association soutient financièrement ces structures de convalescence. Karim Zoubeidi Defert explique : « Le cheval a été très résilient. Il souffrait sans aucun doute mais il ne me l'a jamais montré. Ce comportement va totalement avec la personnalité de cet athlète. Pendant tout ce temps, nous l’avons caressé, brossé, nourri… Nous lui avons donné de l’affection et il s’est surtout bien reposé. » L’ancien cavalier de préentraînement, qui enseigne aussi l’équitation, a permis au cheval de récupérer. Il ne l’a d’ailleurs remobilisé que quelques jours avant son départ pour la reconversion : « Il a pu remarcher un tout petit peu dans l’écurie. La fracture qu’il a eue était située à un endroit très délicat. Il faut prendre tout le temps nécessaire pour que le cheval puisse se remobiliser sans douleur. »

Étape deux : la reconversion. Le 21 février, Sunday à Paris est parti pour l’écurie du Winkelbach, dans le Bas-Rhin (67), à Hengwiller, chez Nathalie Dietrich. Elle travaille avec Au-delà des Pistes depuis janvier 2020 et a déjà placé une vingtaine de chevaux, sous contrat avec l’association. Nathalie Dietrich nous a dit : « Sunday à Paris est arrivé avec le transporteur Thierry Singer (Thierry Taxi), un dimanche où il faisait très beau. J’ai proposé à mon conjoint de faire une balade en licol avec lui et un autre cheval. Nous sommes allés en forêt. Cela m’a permis de sonder le caractère du cheval. Il a ensuite passé sa première nuit au box. » Le deuxième jour, Sunday à Paris a intégré un groupe de trois chevaux réformés des courses dans un grand paddock. « Il recherchait le contact avec les autres et s’est tout de suite trouvé un pote, Apple Boss, un 3ans. Depuis lundi 22 février, Sunday à Paris est dans ce grand paddock qui est ouvert sur un pré. Il dispose de foin à volonté. Il mange aussi des granulés matin et soir. »

Un travail de désensibilisation. La gérante de l’écurie du Winkelbach prévoit un travail tout en douceur : « Le 22 février, nous l’avons aussi sorti en longe dans la carrière. Il s’est montré très serein. Mercredi 24 février au matin, j’ai essayé de me mettre en selle sur Sunday avec un montoir et il était terrorisé par ce qu’il ne connaît pas ! Il lui a fallu quelques minutes mais il a fini par comprendre et j’ai pu le monter au pas dans la carrière pendant 20 minutes. À part ces quelques minutes au monté, Sunday fait essentiellement du travail à pied. Le vrai travail au monté commencera début mars. Nous avons fait des exercices avec une bâche et avec un stick pédagogique, entre autres. » Le but de ce programme est d’habituer le cheval à différents environnements, sons et couleurs tout en le remusclant, comme l’explique Nathalie Dietrich : « Il faut qu’il comprenne que tout ce qu’il a connu jusqu’à présent peut être changé et que cela ne va pas lui créer de tort. C’est important de comprendre que travailler un cheval, ce n’est pas uniquement le monter et lui apprendre des techniques. Il faut savoir aussi l’observer et lui montrer que nous sommes désormais son référent et qu’ainsi, il soit totalement en confiance. »

Objectif : désapprendre les courses. L’un des principaux objectifs d’une reconversion réussie est de "désapprendre" à raisonner comme un cheval de course. Nathalie Dietrich précise : « Un réformé de course qui a suivi une bonne reconversion, c’est un cheval qui ne prendra plus la main de son cavalier et qui doit être gérable en extérieur. Il doit aussi pouvoir être emmené dans n’importe quel endroit sans qu’il vire au "rouge". C’est ce que nous allons faire avec Sunday à Paris. Nous allons lui faire comprendre que la course, c’est fini. Pour cela, il devra notamment alterner les allures en faisant des sorties évolutives. »

Il pourra tout faire ! De multiples options s’offrent à Sunday à Paris. Mais il devra néanmoins composer avec ses nouvelles capacités physiques, comme l’explique Clotilde de Barmon : « On ne sait pas vraiment comment il va se remettre et on a toujours l’impression qu’après la reconversion, les chevaux vont faire des carrières hyper-sportives. Il ne faut pas non plus oublier que c’est la demande qui fait le marché. Et la plupart des propriétaires veulent des chevaux de loisir. Il a quand même eu une fracture conséquente et le but n’est pas d’en refaire une bête de compétition. C’est lui qui nous indiquera quand il sera prêt à être confié. Et ensuite il faudra trouver le bon propriétaire. Il est important de vraiment soigner la vente pour que le cheval tombe entre de bonnes mains et cela prend du temps. » Nathalie Dietrich ajoute : « Bien qu’il sache sauter, ce n’est pas dit qu’il soit forcément bon sur les barres. Je ne le connais pas encore assez pour dire exactement ce qu’il pourra faire. Mais tel que je le vois aujourd’hui, je ne doute pas qu’il puisse aller en extérieur, pourquoi pas sauter et même faire du cross ! »