Le propriétaire de la semaine : Stéphane Billon, un propriétaire fidèle à ses passions

Courses / 03.03.2021

Le propriétaire de la semaine : Stéphane Billon, un propriétaire fidèle à ses passions

Par Guillaume Boutillon

Stéphane Billon est chef d’entreprise et associé-gérant dans une société d’investissement. Mais il est aussi propriétaire de galopeurs, qui courent sous ses propres couleurs, gros vert trois losanges vert clair, et en association. Il est notamment membre de deux écuries de groupe, Passion Racing Club et Passion & Dream.

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Envie d’aller plus loin ? Stéphane Billon est le premier invité de Rendez-vous avec… la nouvelle émission signée JDG Radio ! Retrouvez la version longue de cet entretien en cliquant ici (bouton lecture rouge + lien http://www.jourdegalop.com/podcasts)

Jour de Galop. – Comment votre passion pour les courses est-elle née ?

Stéphane Billon. – Je dirais que la graine a été plantée très jeune. Cela remonte notamment à mon grand-père. C’était un fan des courses, il jouait beaucoup au tiercé. Et j’ai évidemment ces images que l’on a tous en tête, du moins pour les plus vieux (rires), de chevaux en noir et blanc, diffusées à télévision, avec la voix de Léon Zitrone. Ce monde m’intéressait, me fascinait un peu. Mais je ne savais pas trop comment aborder la question car je n’étais pas et ne suis toujours pas vraiment un "pur joueur". Or le jeu est vraiment, selon moi, le meilleur axe pour aborder les courses. Voilà pour la "graine". L’élément déclencheur, lui, remonte à 2014. Un dimanche, je ne savais pas trop quoi faire avec ma famille et nous sommes allés à Longchamp. C’était le deuxième Arc de Triomphe de Trêve. Elle n’était pas favorite et a fait une ligne droite d’anthologie. L’envie et la passion sont revenues d’un seul coup. J’ai alors cherché à m’y intéresser davantage. Après, évidemment, c’est une question de rencontres : il y a cette championne donc, mais aussi trois personnes.

De qui s’agit-il ?

Dans l’ordre chronologique, c’est Laurent Gérard. Cet ancien jockey a écrit deux livres. Le premier, une autobiographie [De l’avoine plein les veines, paru en 2015, ndlr], pouvait être acheté sur un site participatif. Si l’on versait un peu plus que le prix du livre, Laurent nous emmenait chez des entraîneurs le matin visiter les cours et voir leur travail. J’ai beaucoup appris et vécu des moments exceptionnels chez Criquette Head et Jean-Paul Gallorini. Plus tard dans l’année, j’ai rencontré Yann Barberot à Deauville. Il m’avait déjà été présenté par l’intermédiaire de quelqu’un qui a beaucoup compté. Car, après Laurent Gérard, l’autre personne à m’avoir beaucoup appris est Marcel Chaouat. Le propriétariat m’inspirait, mais je ne savais pas trop comment m’y prendre. J’ai regardé un peu les écuries de groupe et j’ai vu celle de Marcel, Passion Racing Club, qui avait déjà quelques mois d’existence. J’ai rencontré les gens qui en étaient membres et cela m’a fortement inspiré confiance. J’ai contacté Marcel et, là encore, l’accueil était fabuleux. J’étais embarqué dans l’écurie et nous avons vécu des moments vraiment exceptionnels. Si je dois ressortir une personne, c’est vraiment Marcel Chaouat : c’est lui qui m’a pris par la main et emmené dans ce monde des courses. J’en profite pour souligner le fait que c’est un immense passionné, d’une honnêteté irréprochable. Je l’ai d’ailleurs rejoint dans sa nouvelle aventure, Passion & Dream. Enfin, la dernière personne à qui je dois beaucoup dans cette aventure est Yann Barberot, devenu un ami depuis. C’est d’ailleurs avec lui que j’ai eu ma propre casaque.

Justement, parlez-nous du choix de vos couleurs ? (Mettre illustration casaque)

Il y a d’un côté une part d’esthétisme car je trouvais que le gros vert allait bien avec la plupart des chevaux, qui, majoritairement, sont bais. Et, de l’autre, c’était aussi l’occasion de faire un petit clin d’œil, car le vert est présent dans la société que j’ai bâtie avec mes associés. Enfin, les trois losanges vert clair symbolisent les membres de ma famille.

Nous sommes en 2017 et vous connaissez déjà une belle réussite, notamment avec Melissa Jane, une 3ans achetée à réclamer qui gagne une Classe 1 ensuite à Deauville…

J’ai d’abord eu un premier cheval à réclamer chez Nicolas Caullery. Sans être un champion, il a bien gagné sa vie. Tout de suite après, Yann a acheté Melissa Jane (Foxwedge) ; nous l’avons eue de justesse. Cela a été difficile au début. Elle est allée au pré et puis, finalement, elle s’est classée deuxième d’un handicap avant de remporter un Quinté à l’automne et une Classe 1. J’ai reçu une offre et elle est partie aux États-Unis, où elle a bien performé. Elle n’avait pas un pedigree exceptionnel, mais elle mettait son cœur sur la piste. J’ai vécu un magnifique moment avec elle.

Plus récemment, en 2020, vous étiez associé notamment à l’écurie des Monnaies sur Step by Step, exporté depuis en Arabie Saoudite. Il a remporté le Derby du Languedoc, puis s’est classé deuxième du Prix de Lutèce (Gr3), et troisième du Qatar Prix Chaudenay (Gr2). Une autre belle histoire…

J’ai rencontré Carim Joomun, de l’écurie des Monnaies, grâce à Yann Barberot. Il est plus jeune que moi, mais nous avons tout de suite bien accroché. Et puis, quand Yann a acheté Step by Step à la breeze up Arqana, il l’a proposé à Carim, lequel m’a ensuite proposé d’en prendre 25 %. Je n’ai pas hésité et cela a été une superbe aventure. Nous sommes allés de bonne surprise en bonne surprise avec ce cheval. Tout a été incroyable : de l’aventure sportive au prix de la vente qui, au début de l’histoire, était inespérée... Au final, son nom, que j’avais proposé, lui convenait parfaitement, car il a progressé de course en course !

Combien de chevaux portent actuellement vos couleurs et sur combien de chevaux êtes-vous associé ?

Aujourd’hui, il y a un cheval dont je suis propriétaire à 100 % : il s’agit de Satin Lady (Dariyan). J’ai également des bouts sur trois autres chevaux chez Yann Barberot. Sinon, j’ai également 50 % d’un cheval sous mes couleurs. Il s’agit d’une 2ans chez Fabrice Chappet. Avec Satin Lady, elle est mon deuxième yearling acheté aux ventes par l’intermédiaire d’Hubert Guy. C’est une fille de Wootton Bassett qui s’appelle Feeling Good.

Qu’attendez-vous des entraîneurs avec lesquels vous travaillez en termes de relation client ?

J’en attends des résultats, qu’ils amènent les chevaux à leur meilleur niveau. Mais j’attends aussi de la transparence. Je suis très content de travailler avec Yann Barberot et Fabrice Chappet, avec qui il s’agit d’une première collaboration.

Par ailleurs, vous êtes associé-gérant d’une société d’investissements basée à Paris. Quelle est votre stratégie dans les courses ? Et quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite investir dans ce monde-là ? Par quoi doit-il commencer par exemple ?

Le premier conseil est de faire en sorte d’éviter de perdre de l’argent (rires). De la part d’un investisseur, ce n’est pas très glorieux, mais c’est malheureusement un peu la vérité… Je n’ai pas trouvé la martingale, donc je ne vais pas donner de conseils à des gens sur la manière de gagner de l’argent avec les courses, car je ne le sais pas moi-même. Mais je dirais tout de même qu’il faut s’adapter à ses moyens, ne pas faire de folies, bien entendu. Mais il y a matière à se faire plaisir. Un cheval a un coût, mais, avec un peu de chance, il peut gagner un peu d’argent, donc on arrive à l’amortir sur une durée relativement longue. Finalement, si l’on ramène le coût du cheval à la journée ou à la valeur de plaisir, c’est gérable. En tout cas, le modèle idéal reste à trouver pour moi.

Comptez-vous élever à plus ou moins long terme ?

J’élève déjà. J’ai des parts dans trois poulinières. J’ai d’ailleurs trouvé la première grâce à Jour de Galop (rires) et une annonce parue dans le journal. Hello Lady (Style Vendôme) est inédite, avec un bon pedigree. Elle est stationnée au haras des Étincelles, qui en a pris la moitié, et elle vient de pouliner de son premier produit, par Reliable Man. Il est encore trop tôt, mais nous allons sans doute tenter les ventes avec sa descendance. Les deux autres poulinières sur lesquelles j’ai des parts ont été achetées par l’écurie des Monnaies et Charles Brière, à Newmarket. L’une est une fille de Galileo et l’autre de New Approach.

Votre autre grande passion est le football, notamment le PSG. Avant l’acquisition du club par les Qataris, vous aviez même lancé un projet basé sur un actionnariat populaire, comme les socios au Real Madrid ou F.C. Barcelone, pour racheter le club. Pouvez-vous nous en parler et nous dire également pourquoi, selon vous, plusieurs footballeurs ont investi dans les courses ces dernières années ?

Au-delà des footballeurs, l’arrivée dans les courses de sportifs, comme Tony Parker par exemple, est aussi une excellente nouvelle. Ensuite, le lien qui unit ces deux mondes est le sport tout simplement. Pour les footballeurs, cet amour du cheval est lié à la beauté du sport. C’est pour cela, selon moi, qu’ils s’y intéressent sur leur temps libre. Au sujet du Paris-Saint-Germain, effectivement, il y a dix ans, lorsque Colony Capital [de 2006 à 2011, ndlr] détenait encore le club, nous avions rencontré le président de l’époque. Le projet était très ambitieux, mais il avait eu le mérite de fédérer pas mal de supporters. Nous avions même 100.000 adhérents sur notre compte Facebook dans un moment où le club était sportivement au fond du trou et que des problèmes importants agitaient les tribunes. Le président d’alors, qui était très sensible à ce projet, nous a dit qu’il était déjà en discussion avec des gens dont il ne pouvait révéler l’identité. En effet, un mois plus tard, le club était vendu aux Qataris. Fin de l’histoire, mais c’était une aventure sympa, et je suis resté, bien sûr, le premier supporter du PSG.