Noel George : « Je veux obtenir ma licence française et entraîner ici »

International / 26.03.2021

Noel George : « Je veux obtenir ma licence française et entraîner ici »

Noel George : « Je veux obtenir ma licence française et entraîner ici »

C’est un jeune homme très occupé. Le matin, Noel George travaille chez Fabrice Chappet. Dès le midi, il supervise l’antenne française de son père, Tom George. Et le soir, il perfectionne son français pour se présenter à l’examen d’entraîneur l’hiver prochain !

Par Adrien Cugnasse

L’antenne française de Tom George – entraîneur britannique de sauteurs – se situe à Lamorlaye. Son fils Noel nous a confié vendredi : « Ici, nous avons tout ce qu’il faut pour préparer des sauteurs. Et le nom de Chantilly parle aux propriétaires anglais. Par ailleurs, ils peuvent y accéder facilement en train depuis Londres. C’est moins évident en province pour cette clientèle. En outre, on peut faire venir un cheval en dix heures depuis l’Angleterre. Je comprends que les entraîneurs français préfèrent la province et ses coûts plus faibles. Mais les propriétaires britanniques y retrouvent des tarifs de pension proches de ceux qu’ils connaissent. Quatre nous suivent dans notre projet français. Et d’autres pourraient les rejoindre. Les allocations, c’est un avantage énorme : même quand votre cheval ne gagne pas, vous vous en sortez s’il décroche une place. En Angleterre, la pression pour gagner est titanesque. Sur tout le monde. Bien sûr, tout n’est pas parfait ici. Notamment le manque d’ambiance sur les hippodromes en dehors des grandes réunions. Et certains Anglais regrettent de ne pas pouvoir placer de très gros paris sur les courses françaises. Mais nous n’avons pas ce problème dans notre clientèle. »

Le pays des opportunités. Par le passé, certains propriétaires britanniques n’ont pas insisté en France, malgré des expériences réussies sur le plan sportif : le rêve de Cheltenham et des victoires à domicile était plus fort. Les George ont donc trouvé la parade en visant ceux qui n’avaient plus leur place dans le programme local. Noel George détaille : « Nous sommes venus avec dix chevaux d’âge de qualité qui sont dans une impasse en Angleterre. Ils ont atteint une valeur limite et se trouvent constamment au combat. Le programme français leur donne une seconde chance. Et le rythme moins intense des épreuves leur fait reprendre du moral. Garde la Victoire (Kapgarde) a 12ans. En 2017, il courait les Grs1 du meeting de Cheltenham. Mais tout cela, c’est derrière lui et la France, c’est une sacrée opportunité pour son propriétaire. En termes de probabilité de victoires. Et d’allocations aussi bien sûr. Cependant, il faut bien avoir en tête que gagner à Auteuil est aussi difficile que sur n’importe quel hippodrome anglais. La différence, c’est plutôt en province où la victoire est plus accessible que dans l’équivalent anglais. James Revely monte la plupart de nos partants. Cela facilite notre tâche car nous le connaissons bien… » Dans l’effectif actuel, Noel George détache deux chevaux : « Minella for Me (King’s Theatre) a bien gagné à Compiègne. Nous pensons à un Gr3 sur le steeple avec lui à présent. Rock the Kasbah (Shirocco) a couru dans le Grand National. C’est un bon cheval et il courra peut-être l’équivalent français, le Prix du Président de la République (Gr3). »

La question du personnel. « Pour l’instant, nous n’avons que du personnel anglais. Pour les attirer sur le long terme, il faut bien sûr les loger car décrocher une location, pour eux, c’est très difficile ici. J’en ai complètement conscience. Lorsque j’obtiendrai ma licence, j’aimerais recruter des Français. Mais honnêtement, un certain nombre d’employés anglais seraient heureux de venir travailler ici, pour la qualité de vie notamment. En sachant que le quotidien sera plus simple que chez mon père : les chevaux débarqueront à un mois d’un objectif précis dans le programme français. C’est plus du travail d’entretien. À l’avenir, nous aurons certainement aussi de jeunes chevaux en France. Qui iront ensuite en Angleterre s’ils ont le profil. »

Obtenir une licence française. « La licence temporaire de mon père va expirer en juin. En parallèle de la supervision de son antenne temporaire de Lamorlaye, je travaille chez Fabrice Chappet, afin de parfaire ma formation. J’aimerais passer ma licence française en décembre, d’ici là mon niveau de langue sera suffisant. À l’avenir, je souhaite entraîner à la fois en plat et sur les obstacles. Je pense qu’il y a une carte à jouer dans le programme de tenue de plat en France. C’est plus le type de chevaux que je regarde, ce sont des chevaux qu’on peut reconvertir à l’obstacle s’ils sont limités en plat. Précédemment, j’ai travaillé chez Graham Motion, aux États-Unis. Mon père connaît Fabrice Chappet depuis longtemps. Sa réussite force l’admiration. Il a commencé avec cinq chevaux et aujourd’hui, c’est un entraîneur classique. Sans avoir des yearlings à six chiffres dans sa cour. »

Il n’y aura pas de raz-de-marée anglais sur la France. « Je pense qu’un certain nombre d’Anglais vont tenter de faire comme nous ou comme les Leech. Mais peu vont parvenir à établir une antenne française sur le long terme. Si vous ne maîtrisez pas la langue, tout est compliqué : l’administratif, le carnet d’adresses de prestataires, le personnel local, le programme des courses… De la même manière, je ne pense pas que beaucoup d’Anglais viendront au coup par coup courir en France. Avec le Brexit, c’est trop contraignant et onéreux de traverser la Manche pour une simple épreuve à condition ou un handicap. Ce genre de raid restera certainement réservé aux chevaux de Groupe. Par contre, beaucoup de jockeys anglais pourraient être intéressés par une installation française. Notamment ceux du milieu du classement en obstacle. En France, avec des résultats de ce niveau, un pilote vit confortablement. En Angleterre, c’est insuffisant et il faut travailler pour un entraîneur le matin. C’est une vie bien plus dure… »