Adlerflug, un destin contrarié

International / 06.04.2021

Adlerflug, un destin contrarié

Les bons disparaissent toujours trop vite. Et c’est le cas d’Adlerflug, mort le 5 avril à l’âge de 17ans. Son destin, pour le moins mouvementé, ne l’a pas empêché de devenir un étalon important en Europe.

Par Adrien Cugnasse

Adlerflug (In  the Wings) a vu le jour en 2004, au Gestüt Schlenderhan, à partir de la plus illustre des souches allemandes, celle des A (d’où Galileo). Une famille qui est dans la "maison" depuis la naissance d’Arabis (Ard Patrick) en 1915. Petit alezan avec beaucoup de blanc, Adlerflug n’avait pas franchement le look typique du cheval allemand. Confié à l’entraîneur privé de Schlenderhan – Jens Hirschberger à l’époque –, il n’a couru qu’une fois à 2ans.

Le meilleur de sa génération. Lauréat de son maiden pour sa rentrée, au mois d’avril, il a ensuite nettement été battu dans le bon terrain à l’occasion d’une Listed à Müllheim. Adlerflug s’est vraiment imposé comme un prétendant sérieux au Derby allemand (Gr1) seulement à la fin du mois de mai. Dans le terrain souple du Grosser Preis des Hannover Airport (L), il s’était en effet envolé, lui dont le nom peut être traduit par "le vol d’aigle". Le jour J, dans le classique d’Hambourg, Adlerflug a attaqué le premier et toute la tribune s’est levée comme un seul homme. Encore une fois, il s’est envolé, pour gagner de cinq longueurs dans le terrain lourd. Le Derby allemand est le tombeau de beaucoup de 3ans et le deuxième, Antek (Kallisto), ne s’en est jamais remis. Tout comme le troisième, Anton Chekhov (Montjeu), lequel avait gagné le Prix Hocquart (Gr2).

Le grand test est ensuite d’aller affronter les chevaux d’âge dans le Grosser Preis von Baden Gr1). En bon terrain, Adlerflug y a été battu d’une encolure par le 5ans et triple lauréat de Gr1 Quijano (Acatenango). Mais sans surprise, il a été élu 3ans de l’année en Allemagne.

Une carrière sportive écourtée. L’année suivante, les deux se sont retrouvés dans le souple du Deutschland Preis (Gr1)… et Adlerflug a gagné de sept longueurs. En bon terrain, dans le Prix Ganay (Gr1), il s’est classé troisième après une ligne droite un peu chaotique. Il terminait ce jour-là à un peu moins d’une longueur de Vision d'État (Chichicastenango), lequel était au sommet comme l’a confirmé sa victoire dans les Prince of Wales's Stakes (Gr1) quelques semaines plus tard. Adlerflug est rentré de France avec une blessure synonyme de fin de carrière sportive. Lancer un étalon en Allemagne est vraiment très difficile et Adlerflug est le dernier lauréat du Derby à avoir vraiment réussi en étant stationné outre-Rhin. Mais la route fut vraiment difficile.

Un contexte compliqué. Tout a commencé par une syndication au Gestüt Harzburg où il a fait la monte de 2010 à 2016. Problème : ce haras historique est alors entré dans une série de difficultés financières, au moment même où son directeur est tombé gravement malade. Au point que le site et l’étalon deviennent la propriété d’une banque, la Norddeutsche Landesbank. Dans ces circonstances – et malgré un tarif très attractif à 5.500 € –, le petit alezan n’a pas beaucoup sailli et sa moyenne n’est que d’une trentaine de foals sur ses neuf premières saisons de monte. La situation s’est débloquée en 2016, année où il a été déplacé au Gestüt Schlenderhan, avec Lars-Wilhelm Baumgarten comme gestionnaire de sa carrière. En octobre dernier, Gebhard Apelt, le directeur du Gestüt Schlenderhan, nous avait confié : « Sa jumenterie a commencé à s’améliorer récemment, grâce à la réussite de sa production en piste. C’est un étalon qui donne des chevaux qui n’ont pas peur d’aller sur des pistes pénibles. » Sa disparition le 5 avril, peu après une saillie, est d’autant plus triste qu’Adlerflug était complet pour 2021, avec une bonne vingtaine de juments venant de l’étranger. Il était proposé à 16.000 €. On devrait connaître dans les jours à venir le résultat de l’autopsie.

Sa production. Certains produits de l’étalon vus en France n’étaient clairement pas faciles et  en 2016, Jean-Pierre Carvalho nous avait confié : « Les produits d’Adlerflug sont souvent tardifs, mais ils ont une vraie pointe de vitesse. On trouve une réelle diversité de personnalités et de comportements dans sa production. Il faut être capable de les comprendre. » Depuis ses débuts au haras, Adlerflug a donné 29 black types (pour à peine 116 partants), dont 10 en 2020. Soit 14,5 % de ses partants sur la saison passée. Un taux de réussite remarquable, qui le place devant Dubawi (Dubai Millennium) ou Sea the Stars (Cape Cross) selon ce critère (pour 2020). Mais comme toujours, un étalon allemand ne se fait vraiment sa place sur le marché que lorsqu’il sort des chevaux de Gr1 hors d’Allemagne. Dans le cas d’Adlerflug, c’est In Swoop, deuxième du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) et meilleur 3ans européen en 2020, qui a vraiment ouvert les yeux d’une partie des éleveurs européens. Pourtant, c’est en France, avec Wunder (Prix Chloé, Gr3), qu’il a sorti son premier lauréat de Groupe. Ses cinq lauréats de Gr1 ont tous décroché leur plus belle victoire en Allemagne et lors du dernier Derby allemand, ses fils In Swoop et Torquator Tasso ont pris les deux premières places. Mythico (Herzog von Ratibor-Rennen (Gr3) est l’un des espoirs de Jean-Pierre Carvalho pour les classiques 2021 et mardi, Martial Eagle a été vraiment impressionnant pour remporter le Prix Amour Drake à Saint-Cloud.