Christian Troger : « Courir en France, c’est jouer dans une ligue d’un tout autre niveau »

Courses / 17.04.2021

Christian Troger : « Courir en France, c’est jouer dans une ligue d’un tout autre niveau »

Sa casaque, active depuis 2015, a remporté 106 courses en Italie. Et Christian Troger est donc désormais l’un des deux copropriétaires de Goas Mat (Racinger). La France, c’est un rêve pour lui : « Franchement, je ne pensais pas arriver à acheter un cheval aussi prometteur que Goas Mat. Il peut aller sur le Grand Steeple et pourquoi pas sur le Gran Premio di Merano (Gr1). Désormais, c’est donc chose faite. Et j’en suis très heureux car je suis associé avec Arcadio Vangelisti et Davide Satalia. Pour l’occasion, nous allons créer une nouvelle entité hippique : la Scuderia Tabula Rasa. Elle fait référence au nom d’un cheval qui a gagné le Gran Premio di Merano (Gr1) en 1942. C’est à Davide Satalia que revient la responsabilité de choisir comment disposer les couleurs sur cette casaque blanche et rouge… »

Le sens du partage. Christian Troger poursuit : « J’ai déjà des chevaux en France, à l’entraînement chez Davide Satalia. Avec plusieurs associés, dont Arcadio Vangelisti, nous avons créé la Scuderia Saltiamo Insieme [que l’on peut traduire par sautons ensemble, ndlr] avec de jeunes sauteurs de 3 et 4ans. Investir dans les courses, surtout dans l’obstacle italien, c’est très difficile. Les allocations sont maigres et toujours payées avec beaucoup de retard. Courir en France, c’est jouer dans une ligue d’un autre niveau. » Le bon à 150.000 € a été signé (virtuellement) par le courtier Anne-Sophie Yoh (Yohea).

Quand les passions se rencontrent. Christian Troger, jeune sexagénaire, a vendu son entreprise d’emballages et il se fait plaisir avec ses deux passions : les courses d’obstacle et le vin. Il nous a confié : « J’ai un petit domaine, avec une production réduite et quatre crus. Ils portent tous des noms de chevaux : Live Your Life (Turati), mon meilleur cheval en Italie. Sky Constellation (Blu Constellation), un autre gagnant de Groupe. Schwarzwald (Sageburg), qui n’est pas bon… mais qui est magnifique. Et enfin Morgenstern (Glenstal). Ce sont de petits crus sélectionnés, avec 700 bouteilles par an. C’est pour se faire plaisir ! »

Des options et un rêve. Davide Satalia est donc désormais l’heureux entraîneur de Goas Mat. Et il nous a confié : « Nous allons courir le Prix William Head (L) mercredi, pour le voir face aux meilleurs. Je ne sais pas encore qui va le monter. J’aurais bien aimé que ce soit James Reveley, qui le connaît bien, mais il est déjà retenu sur Carriacou (Califet). Ce ne sera pas moi car je monte déjà en course Saint Turgeon (Turgeon), qui a aussi 5ans et qui risque d’avoir le même programme que Goas Mat. Je préfère le laisser avec un pilote qui le connaît déjà. Si Goas Mat court bien mercredi, il ira peut-être sur le Grand Steeple. Sinon, on attendra l’automne. Il n’a que 5ans et nous ne sommes pas pressés avec lui, même si le Grand Steeple représente un rêve pour ses nouveaux propriétaires. Ce sont de grands passionnés des courses d’obstacle. Ce serait déjà beau d’avoir un partant dans le Grand Steeple. Et avec une chance, ce serait encore mieux ! Mais nous y verrons plus clair après le William Head. »

Une grande émotion. Goas Mat est le premier partant à Auteuil de son éleveur, Fabien Lusson, installé en Bretagne, dans les Côtes-d’Armor. Gagner à Auteuil, pour son premier partant sur la butte Mortemart, ce n’est pas commun. Surtout pour un "petit" éleveur, chauffeur routier dans le civil, qui fait naître par passion, avec des moyens limités. En mars, il nous a confié : « C’est un truc de fou ! Je savais que ça allait bien se passer à Auteuil pour Goas Mat. Dimanche, le téléphone n’a pas arrêté de sonner et lundi matin, quand j’ai regardé de nouveau la course et l’interview de Mickaël Seror, la larme est tombée… J’ai du mal à réaliser… D’autant plus que c’est la fin de notre élevage : les temps sont durs… Nous avons vendu nos trois dernières poulinières. Maintenant, nous allons souffler et profiter ! »

Au départ, ce n’était pas gagné. En mars, Fabien Lusson nous avait dit : « Quelques courtiers sont venus voir Goas Mat au Show AQPS Ouest, mais le cheval était bégu et on nous a dit qu’il ne verrait pas un champ de courses car il ne pourrait pas respirer. Pour l’anecdote, pour préparer le Show AQPS, car c’est une famille de chevaux délicats, nous nous amusions à le promener trois ou quatre kilomètres en le mettant devant sa mère… Finalement, nous avons décidé de l’envoyer au débourrage chez Matthieu Nadot, puis nous l’avons renvoyé au pré-entraînement chez lui. C’est un poulain immense, dégingandé, qui n’était pas fait pour courir à 3ans. Nous avons donc attendu ses 4ans, puis il y a eu le confinement et nous avons donc dû encore attendre Senonnes… Gaëtan Taupin, qui n’a pas son pareil avec les chevaux compliqués, m’a toujours dit que c’était un cheval qui était fait pour Auteuil. Goas Mat, en breton, c’est quelqu’un de très fort. Nous avons baptisé le poulain ainsi car c’est un hercule ! »