Didier Budka : « La vraie question, c’est le manque de personnel dans les écuries de courses »

Autres informations / 24.04.2021

Didier Budka : « La vraie question, c’est le manque de personnel dans les écuries de courses »

Didier Budka : « La vraie question, c’est le manque de personnel dans les écuries de courses »

Comme tous les établissements scolaires, l’Afasec doit s’adapter pour sa campagne de recrutement. Directeur de l’école des courses hippiques – Afasec, Didier Budka fait un point sur la situation actuelle.

Jour de Galop. - Où en êtes-vous dans la campagne de recrutement pour l’apprentissage dans ce contexte sanitaire particulier ?

Didier Budka. - Nous nous sommes complètement adaptés au contexte. Les journées portes ouvertes, les forums métier, les salons ainsi que la réception des familles sont malheureusement impossibles à organiser actuellement. Pour être en contact avec les jeunes et leurs familles, nous sommes sur le "tout digital", "le tout internet" et les réseaux sociaux. Nous espérons bien entendu que ces mesures très contraignantes évolueront afin d’accueillir du public et présenter nos métiers. L’année dernière, nous étions dans une situation un peu équivalente dans laquelle il était impossible de voir les parents et les élèves. Cela s’est résumé à une journée d’accueil des élèves à la rentrée.

Concrètement, comment s’organise cette campagne de recrutement ?

La semaine dernière, nous avons organisé deux portes ouvertes virtuelles avec deux établissements mobilisés, Mont-de-Marsan et Cabriès qui ont succédé à Graignes et Gouvieux. Nous prévoyons de faire une journée digitale spécifique à Grosbois et d’organiser un after work digital le 6 mai de 18 h à 19 h 30, pour la formation adulte. Sur ces journées, les postulants sont en ligne avec un représentant de l’école. Pour étayer tout cela, nous avons énormément alimenté en images et en films. Il est ainsi possible de visiter virtuellement l’établissement, de la salle de classe à l’écurie. Nous nous sommes adaptés très rapidement. Nous sommes assez fiers car nous avons été les premiers l’année dernière à innover sur de telles visites virtuelles. Nous étions obligés de réagir très rapidement, ce que nous avons fait en un mois. Même si nous sommes dans un milieu de tradition, nous essayons de rester connectés. Nous avons été efficaces mais des apprentis ont découvert la réalité du milieu en même temps qu’ils s’étaient inscrits et qu’ils commençaient les cours. Ce n’est pas l’idéal car, si nous sommes dans le cheval, nous ne faisons ni de la randonnée, ni du dressage, ni du concours ! Il est important de bien présenter physiquement les spécificités de notre secteur course, au trot comme au galop.

Certains jeunes ont-ils eu de mauvaises surprises en découvrant la réalité du métier ?

Pas vraiment. Cette année, le taux d’abandon a été de 8 % contre peut-être 6 % pour la saison dernière. Mais un tel taux d’abandon de 8 % fait rêver beaucoup de Centres de Formation d’Apprentis.

Dans un récent dossier consacré au manque de train de courses françaises, des professionnels ont estimé que la formation française des jockeys n’était pas adaptée à leurs besoins. Que répondez-vous à ces critiques ?

Par rapport à d’autres pays, les courses françaises se veulent tactiques. Cela fait longtemps que cette caractéristique existe. Nous entendons souvent ce discours comme quoi c’était mieux avant, que la formation n’est plus adaptée et que les jeunes ne sont plus comme avant. Nous avons les jeunes de notre génération, avec leurs valeurs. Il y a un vieux rêve comme quoi c’était mieux avant avec un apprenti à l’écurie à 6 h du matin jusqu’à 12 h 30. Puis il allait à l’école et revenait pour l’écurie du soir. Certains, qui ont connu ce système, reconnaissent qu’ils dormaient l’après-midi. À l’époque, ils préparaient plus ou moins un diplôme. Aujourd’hui, il ne faut pas rêver à ce système d’une autre époque, avec des attentes différentes. Concernant la disponibilité des jockeys, si un jeune a un talent de jockey, nous préconisons de faire un CAP, afin d’être disponible et de pouvoir être engagé à tout moment. Le programme de CAP prévoit une semaine par mois au CFA et trois semaines à l’écurie. Même les sections sport-études ne proposent pas ce rythme. Nous pouvons toujours réfléchir à comment perfectionner ce système avec des appuis techniques. Le CAP ne fait pas rêver et il connaît donc un succès moyen.

Pourquoi ne pas s’inspirer du modèle des sport-études ?

Déjà, les sport-études dépendent du ministère de la Jeunesse et des Sports contre le ministère de l’Agriculture, concernant les courses. À ce sujet, j’avais rencontré l’INSEP mais le système n’est pas transposable. Les élèves sont effectivement inscrits dans un championnat pendant trois ou quatre mois et sont en centre de formation le reste du temps. Dans les courses, il n’y a pas de saison morte. Chez nous, les jeunes ont un contrat de travail avec une relation de subordination avec un employeur. Il faut regarder ce que nous pouvons faire en amont et en aval de la formation. Nous pouvons parler de la formation des jockeys mais la vraie question n’est pas celle-ci… C’est celle du manque de personnel dans les écuries de courses. La difficulté de recrutement est réelle.

Est-ce un mal français ou international ?

Il y a un an et demi, j’étais à Newmarket à une grande réunion internationale qui rassemblait tous les acteurs de la planète courses. Qu’ils soient japonais, irlandais, sud-africains ou australiens, ils dressaient tous le constat d’un manque de personnel alors qu’il y a autant de formations que de pays. Quelle que soit la formation mise en place, il y a un manque de candidats et de personnel. Si le système de formations ne parvient pas à être alimenté, il faut se poser les questions suivantes. Les courses et leurs métiers sont-ils connus ? Quelle est la place des courses hippiques dans la société ? Un jeune de 16 ans ne connaît pas particulièrement les courses. Nous ne sommes plus à la télé en noir et blanc avec la retransmission du tiercé avec Léon Zitrone et des vedettes comme Yves Saint-Martin. La population qui nous intéresse ne connaît pas le secteur. C’est un constat que tout le monde fait. Avec des personnes motivées et informées, nous pourrons faire de la sélection. Après, c’est très bien d’alimenter, de former, mais il ne faut pas remplir une baignoire percée. Chaque année, l’Afasec édite un observatoire social. Nous y observons un décrochage et un départ du métier entre 25 et 30 ans. Comment faire pour que les entreprises gardent leurs salariés sachant qu’ils sont tous rentrés par passion ? Comment entretenons-nous cette passion ? Les compétences sont dures à construire car précieuses et très pointues. Il faut donc les garder. Nous remarquons que la population est vieillissante. Il y a dix ans, la moyenne d’âge des salariés des courses était de 31 ans alors qu’elle est de 33,6 aujourd’hui. Aujourd’hui, 45 % des jeunes ont moins de 30 ans contre 57 % il y a dix ans. Avec l’Ifce, nous lançons une grande enquête nationale à laquelle sont notamment conviées les associations d’entraîneurs. Nous allons interroger les jeunes en formation, ainsi que ceux qui sont partis du milieu pour connaître les raisons de ces abandons. Est-ce dû aux salaires, aux conditions de travail au manque de reconnaissance ou d’évolution professionnelle ? Je compte beaucoup sur cette enquête nationale pour comprendre pourquoi les personnes quittent le milieu. La société a changé, comme les attentes des uns et des autres qui ont évolué, comme c’est le cas pour chaque génération.

Vous vous diversifiez dans la formation pour adultes. Comment et pourquoi ?

Nous avons effectivement commencé à développer des formations pour adultes à l’Afasec. Nous diversifions à tout prix nos sources d’"approvisionnement" de candidatures avec des jeunes mais aussi des adultes. Nous avons même lancé une grande première avec une formation d’un groupe de réfugiés qui fonctionne très bien. La réforme de la formation professionnelle va nous permettre d’apporter prochainement une petite révolution. Demain, nous pourrons préparer un CAPA, en partie ou totalement, en fonction du parcours professionnel. Prenons par exemple le cas d’un bac +2, passionné de cheval avec un Galop 5 ou 6 et désireux de passer un CAP. Il ne lui sera pas nécessaire de travailler les matières générales, pas plus que l’équitation. Il lui sera alors possible de se concentrer sur les courses. En trois mois, nous serons capables de former un professionnel. À l’opposé, un titulaire de brevet des collèges pourra arriver, sans avoir fait d’équitation mais désireux de s’y mettre. Celui-ci fera un CAPA en blocs de compétence. Au lieu de faire un ou deux blocs par rapport au précédent exemple, il devra passer les sept blocs de compétences sur un an.