Greaneteen, le fruit de la patience

Élevage / 29.04.2021

Greaneteen, le fruit de la patience

Pour la première fois en cinquante ans d’élevage, Bertrand Compignie a eu le loisir de remporter son Gr1. Cet ancien chef d’entreprise nous raconte l’histoire de ce Greaneteen (Great Pretender), vainqueur du Celebration Chase samedi à Sandown.

La patience et la persévérance sont deux qualités clés pour un éleveur qui veut connaître la réussite. Et plus il s’y prend tôt, plus il aura de chances de connaître la consécration du travail accompli. Dès l’âge de dix-sept ans, Bertrand Compignie a fait son premier achat, Taxe (Wild Risk), quatrième mère de Greaneteen : « Je m’en rappelle comme si c’était hier, nous a confié Bertrand Compignie. J’étais avec un ami, le docteur Legault, qui était passionné de génétique et qui l’avait repérée sur le catalogue. Nous étions alors tous deux étudiants et avions cassé notre tirelire pour l’acheter aux ventes. La jument était pleine de Tratteggio (Relko) qui faisait la monte au Japon. Nous n’étions venus que pour elle et étions présents très tôt dans les tribunes. Jack-Hubert Barbe la voulait aussi et il s’est retourné vers nous pour nous demander pourquoi, nous, gamins, enchérissions sur elle. Nous lui avions répondu qu’elle nous intéressait et il nous l’avait laissée. J’ai trouvé cela assez fair-play de sa part. Il fallait croire en elle car elle avait eu plusieurs avortements et plusieurs poulains mort-nés. Elle n’avait pas été chanceuse dans l’ensemble. Taxe était suitée de Wild Phil (Trattegio). Son ancien entraîneur, Léon Gaumondy, nous avait rappelés six mois après pour prendre des nouvelles du produit. Il nous l’a acheté à la naissance et en a fait un bon cheval. C’était déjà un aboutissement pour nous. Ensuite, nos routes se sont séparées avec le docteur Legault mais chacun a réussi de son côté puisqu’il a notamment eu A Toi Phil (Day Flight). Ma défunte épouse avait alors choisi le suffixe "Teen" pour nos élèves. J’aurais aimé qu’elle soit de ce monde mais elle nous a quittés il y a cinq ans. »

Un accomplissement. Il est certain qu’elle aurait apprécié l’envolée finale de Greanateen qui a notamment laissé sur place Altior (High Chaparral) samedi dernier. Présenté par le haras du Buff, ce gagnant de Gr1 avait été vendu 55.000 €, aux ventes d’automne 2015, au haras du Saubouas. Deuxième à Clairefontaine lors de son unique prestation française, il était passé de nouveau sur le ring durant la vente d’été 2017, étant acquis 125.000 € par un propriétaire de Paul Nicholls, via Joffret Huet. Celui qui a également élevé Maille Pistol (Pistolet Bleu) est pour le moins ému par cette victoire dans un Gr1 : « L’élevage est ma passion, ma raison d’être. Cette passion m’a été transmise par mon père et mon grand-père. Il m’a fallu cinquante ans pour gagner une telle course et j’essaie de savourer au maximum ce succès. C’est l’accomplissement d’un travail bien fait certainement. Je suis comblé. Nous savions que Greaneteen était un bon cheval et espérions bien que cela sourie un jour. En plus de cela, il est le fils de ma jument de cœur, Manson Teene (Great Pretender) qu’entraînait Marcel Rolland. Comme elle était à moitié aveugle, nous avions dû la soigner. Elle s’est avérée toute bonne au haras, en digne fille de Mansonnien (Tip Moss), incroyable père de mères. Pour le croisement de Greaneteen, je l’ai présentée à Great Pretender (King’s Theatre). Il amène un peu de vitesse dans nos souches d’obstacle. Dans la même optique, j’avais amené Pistolet Bleu (Top Ville) dans le croisement de Maille Pistol car j’adorais Top Ville (High Top) pour l’avoir vu courir. Il amenait beaucoup de vitesse et d’influx également. J’ai constamment eu trois ou quatre poulinières et cela me suffit. De temps en temps, je garde une femelle que je souhaite garder pour l’élevage et que je cours sous mes couleurs. Cela prouve qu’un petit élevage peut connaître de la réussite. En plus de cela, Greaneteen n’a que 7ans et devrait continuer à faire parler de lui l’hiver prochain. »