Le propriétaire de la semaine : Barjon, ça déménage !

Courses / 07.04.2021

Le propriétaire de la semaine : Barjon, ça déménage !

Par Guillaume Boutillon

Pour retrouver un président du Trot gagnant de Groupe au galop, il fallait remonter au comte Pierre de Montesson… Alors, quand les couleurs de Jean-Pierre Barjon ont remporté l’Edmond Blanc, nous avons foncé ! Le "monsieur 100.000 Volts" de l’Institution a passé une demi-heure au micro de notre JDG Radio et son intervention est passionnante.

Pour la retrouver en intégralité, cliquez ici.

Jour de Galop. – Vous avez été élu à la tête du Trot fin 2019. Quel premier bilan en tirez-vous ?

Jean-Pierre Barjon. – Ma première réaction est de dire que je suis excité par le challenge, par les premiers résultats que nous avons obtenus, par les enjeux et par les leviers que représentent le Trot, le Galop et le PMU. C’est un niveau de responsabilité qui est à la hauteur de l’excitation. Le président Édouard de Rothschild travaille à 100 % sur sa société et je suis sur la même longueur d’onde. C’est vraiment un job assez complexe et surtout intéressant, car la crise nous amène à imaginer une nouvelle vision. Et c’est le propre d’un président que d’avoir des visions avant de convaincre. La suite est de les mettre en œuvre avec les équipes pour, à la fin, délivrer un résultat à la filière.

Quelles sont vos relations avec France Galop et le PMU ?

C’est un peu comme sur une étape du Tour de France : nous sommes partis sur de très bonnes bases et maintenant nous accélérons, le tout avec beaucoup d’énergie et d’échanges. De bonnes nouvelles arrivent, dont celles de vendredi dernier : le Trot, France Galop et le PMU ont signé un rapport commun en réponse à une demande de l’État pour, justement, partager une vision future de la gouvernance du PMU. La décision a été prise d’aller tous ensemble dans un endroit qui va nous plaire et qui nous permettra de construire un commun avec nos différents points de vue et savoir-faire.

Ce rapprochement entre le Trot, France Galop et le PMU est plus que dans l’air du temps. Vous devriez notamment partager des locaux en commun. Allez-vous conserver vos locaux de la rue d’Astorg ?

La crise a tout accéléré, avec notamment le télétravail. Le projet du lieu commun n’est pas une contrainte. Au contraire, c’est une espérance pour avoir des facilités à se rencontrer, à créer de la valeur ensemble. L’efficacité est donc d’abord d’avoir des locaux modernes. Votre siège est l’expression de ce que vous êtes. La rue d’Astorg [dans le 8e arrondissement de Paris, ndlr] est certes une adresse prestigieuse mais, selon moi, nos locaux ne sont pas fonctionnels et pas adaptés à un travail collaboratif. Leur situation géographique crée des distances avec le PMU et le Galop. Or, et tout le monde l’a compris, la création de valeur viendra évidemment du travail que nous mènerons conjointement.

Ce type de rapprochement devrait entraîner les mises en commun de certains services (marketing, communication...). L’avenir de l’Institution passe-t-il donc par là ?

En 2021, voire 2022, le résultat final doit provenir de paris pris sur de belles courses. Sans oublier un système cohérent et des clients satisfaits. Avec le PMU, nous devons travailler ensemble pour offrir le meilleur produit pour que les clients jouent davantage. Ce ne sont donc pas de grandes décisions mais un travail de tous les jours, le plus simplement et naturellement possible. Pour moi, cela ressemble un peu à un sachet de thé qui infuse dans l’eau. Cette infusion a commencé il y a quelques mois et nous sommes vraiment dans cet objectif commun. Nous allons enfin pouvoir exprimer un projet qui n’est pour l’instant que dans les cartons. C’est très motivant.

D’une manière générale. Comment voyez-vous l’avenir des courses ? Êtes-vous optimiste ?

Évidemment (il insiste). Je me suis occupé de la limonade Lorina et cela a été une histoire extraordinaire. Lorsque j’ai investi très peu d’argent dans une petite entreprise de limonade, j’entendais : « Vous feriez mieux d’investir sur d’autres boissons, d'aller vers le jus d’orange … » La limonade, il faut savoir, c’était l’histoire d’une belle endormie qu’il a fallu réveiller, et, aujourd’hui, un Français sur trois boit de la limonade. Quelque part, il vaut mieux s’occuper de développer de la limonade plutôt que d’imaginer une nouvelle boisson, qui sera très compliquée à définir et demain, à vendre. Dans la limonade, nous avons fait de la rétro-innovation, c’est-à-dire que nous avions pris ce qui était le plus connu : la limonade. Ensuite, nous avons mis des méthodes innovantes pour faire en sorte que la limonade entre dans la vie et dans le gosier des Français ! Les courses, c’est la même chose mais puissance mille ! Tout le monde aime les chevaux, beaucoup de gens aiment les courses et beaucoup aiment jouer. On voit bien que le travail des équipes de Cyril Linette a porté ses fruits assez rapidement et, même aujourd’hui face aux contraintes que nous connaissons, les résultats obtenus laissent présager des choses formidables. Je suis très enthousiaste car beaucoup de choses n’avaient pas été faites et, sous son impulsion, le chemin a été tracé. Il s’agit pour nous, avec le marketing de l’offre, de venir en soutien avec une offre que nous devons le plus rapidement possible adapter et rendre plus commerciale.

Lors du dernier meeting d’hiver, vous vous êtes rapproché de ZeTurf. Y trouvez-vous votre compte ?

Avec la création de la marque Prix d’Amérique Races, nous avons pu voir comment nous étions en mesure de créer une nouvelle offre, la mettre en avant et, au final, créer de la valeur. Pour rappel, cette actualité avec Zeturf a permis de mettre en avant une chose assez peu connue de la part des acteurs de la filière. Globalement, les deux maisons-mères ont le monopole de l’organisation des courses et elles ont le monopole de la prise des paris sur les courses dites en dur. En 2010, une loi a fait perdre aux sociétés-mères le monopole sur les paris en ligne. En le perdant, elles se sont trouvées comme fournisseur de courses à des opérateurs, dont le pmu.fr. Vis-à-vis d’eux, la loi est venue nous rappeler que nous devons être des fournisseurs loyaux. Avec ces contraintes et les nôtres, qui sont d’ordre économique, lorsque nous avons développé notre marque Prix d’Amérique Races, un des opérateurs s’est montré intéressé. Zeturf a alors investi dans une marque, dans une nouvelle mécanique. De son côté, Zeturf, grâce à son antepost, a permis de nourrir la marque Prix d’Amérique Races.

Vous préconisez un rapprochement, voire une abolition de la frontière qui existe entre les sociopro et les parieurs, que vous placez au centre du "jeu". À ce titre, vous avez lancé la fameuse campagne des émojis [les entraîneurs doivent indiquer leur niveau de confiance avant la course, ndlr]. Elle fait beaucoup réagir…

Au début de mon mandat, nous avions identifié deux grandes cibles : les propriétaires et les parieurs. À propos de ces derniers, je me suis placé en droite ligne avec le discours de Cyril Linette, à savoir que les parieurs sont des clients et que nous devons les traiter du mieux possible. Nous, sociétés-mères qui avons la responsabilité du produit, fournissons tous les jours de l’année des courses. Après des assises menées en avril dernier, nous avons identifié les irritants et il nous est apparu que l’information aux parieurs en était clairement un. Les émojis vertes, orange et rouges sont donc apparues comme une volonté de mieux servir nos clients, de mieux les considérer. Après plus de sept mois, nous pouvons dire que nous avons obtenu des résultats fantastiques avec les entraîneurs qui jouent le jeu. Un émoji vert dans certaines maisons a vraiment un sens. Comme dans toutes les expériences, nous devons convaincre ceux qui ne jouent pas encore le jeu. Aujourd’hui, le résultat avec les émojis est au deux tiers atteint. Ces émojis ne sont disponibles sur Equidia que depuis une semaine. C’est donc un long travail d’éducation et de communication, mais c’est le lot du commerçant qui veut être en phase avec son client et mériter sa confiance.

Wally, Jean-Claude, Joël…

Jean-Pierre Barjon est un propriétaire comblé. Au trot, il a gagné le Prix d’Amérique. Mais au galop, de quoi rêve-t-il ?

Comment vous sentez-vous après cette première victoire de Groupe en plat ?

Je suis un homme très, très heureux (rires) ! Je suis un compétiteur et, lorsqu’on a la chance de pouvoir commencer à tutoyer les étoiles et que cela va un peu plus loin qu’un simple rêve, c’est très excitant et j’aime ça. Je suis donc vraiment comblé.

Depuis combien de temps avez-vous des galopeurs ? Et pour quelles raisons ?

Il y a quelques années, je me suis retrouvé en vacances avec Jean-Claude Rouget et Joël Séché. Et forcément, nous avons parlé de chevaux. Nous étions convenus que Jean-Claude Rouget nous en achèterait aux ventes Arqana. J’ai donc eu quatre ou cinq chevaux, à chaque fois avec Jean-Claude et souvent avec Jean-Pierre Vallée Lambert et Joël Séché, sauf les deux derniers, Wally's Kokonut (Olympic Glory) et donc Wally, que j’ai achetés tout seul.

Votre premier black type au galop est The Turning Point (Hurricane Cat), lauréat du Critérium du Béquet 2015 sous les couleurs de Joël Séché et en association avec Hervé Morin. L’histoire avec le galop avait quand même très bien commencé… 

Oui et c’est plutôt bien quand les histoires commencent comme ça ! Vous savez, quand vous êtes aussi bien entouré, avec un professionnel comme Jean-Claude Rouget, qui identifie les yearlings et qui, ensuite, les entraîne, c’est quand même beaucoup plus facile d’être propriétaire.

Après votre victoire de samedi, vous avez dit que maîtrisiez moins le galop que le trot et que vous faisiez entièrement confiance à Jean-Claude Rouget, l’entraîneur de Wally. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?

C’est le cas, nous sommes dans une relation de confiance. Ses statistiques sont extraordinaires. D’ailleurs dans ma vie, à chaque fois que j’ai eu la chance de pouvoir approcher des personnes de qualité, des athlètes ou des hommes d’affaires, j’ai toujours vu ça comme une opportunité, une chance. Et bien sûr, à chaque fois il s’agit de sécuriser cette relation et non pas de la remettre en doute.

Trot vs Galop : le banc d’essai, by JPB !

« Venant du monde du commerce, je trouve qu’au galop, on est très bien traité. » Voilà qui plante le décor !

On le rappelle, votre premier achat au trot était Meaulnes du Corta, lauréat du Prix d’Amérique. Ensuite vous avez eu Niky et, plus récemment, Bilibili, un crack au monté. Quelle différence voyez-vous entre un trotteur et un galopeur ?

Au trot, je me suis investi dans la compréhension des lignées, dans l’élevage, dans l’histoire de cette discipline… C’est un travail que j’ai mené pendant une vingtaine d’années pour essayer de comprendre et de construire un futur. En tant qu’éleveur, j’ai dû faire naître quatre ou cinq gagnants de Gr1. C’est un chiffre assez exceptionnel pour quelqu’un comme moi, qui ne suis ni dans le milieu agricole, ni issu du monde du cheval, un univers que j’ai découvert par opportunité. Au galop, lorsqu’on est bien entouré, on l’est peut-être mieux qu’au trot, car il y a une véritable relation entre l’entraîneur et le propriétaire. Il y a cette volonté d’aligner les planètes entre les intérêts des deux parties. Au trot, c’est assez différent, et d’ailleurs les plus grands entraîneurs sont quelque part contents de ne plus avoir de clients. Venant du monde du commerce, je trouve qu’au galop, on est très bien traité.

Son investissement dans les pur-sang a été initié avec Joël Séché - sc

Est-ce aussi exaltant de suivre la carrière d'un galopeur, où tout va plus vite, que celle d'un trotteur (dans la durée) ?

Les deux sont très différents, mais la sensation est la même dès lors que vous arrivez avec le #Groupe. Le "logiciel" du trot est le même que celui du galop. Vous vous dites alors : « On y est, on y est ! » Et il faut vraiment ouvrir les yeux et savourer ce moment.

Avez-vous un rêve avec les galopeurs ? À commencer par celui de décrocher un Gr1 avec Wally ? Son entraîneur a parlé du Prix d'Ispahan (Gr1) samedi…

Permettez-moi un petit trait d’humour. Nous avions proposé il y a quelques mois d’ouvrir le Prix d’Amérique aux hongres et la majorité du Comité – cela s’est joué à très peu – a voté contre. Alors, pour rire, ce qui serait bien, c’est que le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe soit ouvert aux hongres ! Mais, plus sérieusement, toutes les courses sur lesquelles ira Wally vont me procurer du plaisir. Et puis on verra bien ! Mais je vous avoue que le fait de passer à des objectifs de Gr1 avec Wally, c’est une forme de nirvana.