Pariez sur Netflix !

Autres informations / 08.04.2021

Pariez sur Netflix !

Pilotes de leur destin. « Le Championnat du monde de F1 est vraiment mal exposé. Il ne fait rien sur le numérique, il n’y a aucun marketing, il ne raconte aucune histoire. » Tels étaient les mots de Chase Carey, l’ancien boss de la Formule 1, le 24 janvier 2017, répondant aux questions du New York Times. Nous nous en étions fait l’écho à l’époque dans JDG, car la situation de la F1 nous semblait proche de celle des courses…

Ces paroles sont prononcées le lendemain du rachat de la Formule 1 par le groupe américain Liberty Media – dont on ne sait pas encore qu’il va lancer une révolution (qui sera un très grand succès) autour de la stratégie marketing du sport. Cela passe par une vraie stratégie sur les réseaux sociaux et, surtout, un coup de poker incroyable : la série documentaire Formula 1 sur la plateforme de streaming Netflix. La première saison a été diffusée en mars 2019. La troisième l’est actuellement : c’est la preuve du grand succès remporté par la série car, dans l’univers impitoyable des séries TV et des plateformes de streaming, le résultat doit être là rapidement, sous peine d’annulation pure et simple.

En moins de trois ans, la Formule 1 a effacé son image de sport un peu ringard et a attiré un nouveau public, plus jeune, plus féminin aussi, en grande partie grâce à la force de frappe de Netflix. Le sport a mis en place toute une stratégie et a surfé sur cette vague. Les Grand Prix de Formule 1 sont diffusés sur Canal + depuis 2013. En mars 2021, Thomas Sénécal, directeur adjoint de la rédaction et chargé des sports mécaniques, indiquait à différents médias un bond des audiences de 23 % en l’espace d’un an sur la saison de Formule 1. Ce bond se constate aussi sur les réseaux sociaux du sport : la marque Formule 1 comptait 11,9 millions d’abonnées sur Facebook, Twitter, Instagram et YouTube au début de l’année 2018. En mars 2021, le nombre de followers a presque triplé, à 32 millions (chiffres donnés par France TV Sport). Ce n’est certainement pas fini et la Formule 1 entre dans un cercle vertueux : plus de spectateurs, plus de popularité, plus de sponsors, et ainsi de suite…

L’identification et la compréhension. Demandez à beaucoup de gens ce qu’ils pensent – pensaient – de la Formule 1 : « Juste des voitures qui font des tours de piste et, à la fin, il y en a un qui gagne. » Demandez à des gens qui ne connaissent pas les courses ce qu’ils en pensent : « Juste des chevaux qui font des tours de piste et, à la fin, il y en a un qui gagne. »

Le coup de génie de Formula 1 est d’avoir fait découvrir que la Formule 1 était bien plus que cette partie visible de l’iceberg : c’est la rivalité entre les pilotes, mais aussi entre les équipes et les stratégies qu’elles mettent en place. C’est une victoire dans un Grand Prix qui ne se joue pas que sur la piste, mais aussi dans les coulisses. C’est d'avoir permis aux caméras d’entrer dans les coulisses, derrière les portes fermées, et d’avoir créé une narration, une histoire, d’avoir permis au public de comprendre tous les enjeux derrière "des voitures qui font des tours de piste" et, en comprenant, de s’identifier. La clé est là : comme l’a dit Léonard de Vinci : « Plus on connaît, plus on aime. »

Dans tout ce paragraphe, vous pouvez remplacer Formule 1 par courses hippiques et voitures par chevaux. Cela marcherait parfaitement et, si vous avez la curiosité de regarder ne serait-ce qu’une bande-annonce de la série Formula 1, vous constaterez que le principe serait applicable presque tel quel avec les courses de chevaux : le stress des pilotes/jockeys, les voitures/chevaux qui filent à toute vitesse, les réactions des membres de l’équipe/des entraîneurs (propriétaires, éleveurs, lads, etc.), les caméras embarquées… Évidemment, il faut aussi que tous les acteurs jouent le jeu et y mettent du leur : les acteurs de la Formule 1 l’ont bien compris.

Échec et mat. En 2020, Netflix sort sa mini-série Le Jeu de la Dame. Ce n’est pas un documentaire, comme Formula 1, mais une fiction. On y suit la jeune Beth Harmon, prodige des échecs qui va mater les plus grands joueurs du monde. En seulement vingt-huit jours, soixante-deux millions de foyers ont visionné la série. Surtout, les échecs ont affiché un vrai bond de popularité : les ventes d’échiquiers ont bondi, le site chess.com – plus gros site d’échec en ligne – a vu son nombre d’adhérents quotidiens multiplié par quatre et la plateforme Twitch, à l’origine pour les joueurs de jeux vidéo, a constaté un véritable regain de popularité pour les parties d’échecs diffusées en live. La fiction aussi forte que la réalité.