TRIBUNE LIBRE : « Pas de place pour les tricheurs »

Institution / Ventes / 08.04.2021

TRIBUNE LIBRE : « Pas de place pour les tricheurs »

TRIBUNE LIBRE

« Pas de place pour les tricheurs »

Par Alain Kuntzmann, membre du conseil d’administration de l’Association des propriétaires de chevaux de courses au galop de l’Île-de-France du Nord et de la Haute-Normandie.

« Auprès de la majorité du grand public, l’image des courses est celle du jeu et, malheureusement, parfois celle de la triche. Félicitons-nous alors que le président Édouard de Rothschild ait proclamé lors du dernier comité de France Galop : "Pas de place pour les tricheurs."

À qui le président de France Galop faisait-il allusion ? 

Nous pourrions grossièrement distinguer deux grandes classes de délits :

- Ceux qui restent internes à l’Institution ou restent circonscrits aux seuls turfistes réguliers. Le plus connu est d’empêcher un cheval d’obtenir le meilleur classement, en cause, l’ordre donné généralement par l’un de ses mentors (entraîneur ou propriétaire) et qui se traduit en course par l’inertie du jockey (souvent le seul à être pénalisé).

- L’autre principal type de délit est le dopage. Il faut être particulièrement vigilant sur ce dernier point, notre activité étant publique et exposée à la fois aux médias et à des détracteurs inconditionnels. Par ailleurs, les propriétaires investissent des sommes très importantes dans l’achat et l’entretien de chevaux dont les résultats ne doivent dépendre que de la compétence des entraîneurs et des jockeys choisis par eux, et non de traitements illicites.
Dès lors, les modalités du contrôle antidopage, qui par
décret incombent aux sociétés mères, méritent d’être observées.

Rappelons ici que depuis le 1er janvier 2020, les infractions commises en la matière relèvent du pénal, et que récemment, deux évolutions importantes ont été adoptées au niveau du Code des courses : la conservation des prélèvements pendant une durée maximale de dix ans pour de possibles analyses rétrospectives (mesure déjà en vigueur au Trot) et la présence d’un huissier lors de la levée de l’anonymat des prélèvements positifs.

Il reste toutefois quelques évolutions possibles. En voici quatre :

- L’ensemble des procédures de contrôle devrait être plus largement étendu aux centres de pré-entraînement et d’entraînement. Les techniques d’amélioration des performances sont infiniment plus nombreuses avant la compétition que celles qui sont spécifiques à la compétition elle-même. Dans le domaine du sport, 50 % des prélèvements sont effectués pendant les périodes d’entraînement, chez nous cette proportion tombe à moins de 10 %.
- La centaine d’entra
îneurs qui entraînent 50 % des chevaux de galop devraient au minimum avoir 30 % de leurs chevaux contrôlés à l’entraînement chaque année.

- La quasi-totalité des chevaux entrant pour la première fois à l’entraînement devrait faire l’objet d’un contrôle dans les trois mois qui suivent.

- On ne peut parler de dopage sans parler des vétérinaires. Il pourrait être institué dans le Code des courses que tout entraîneur doive déclarer son vétérinaire référent (au même titre que nous déclarons à la Sécurité sociale un médecin référent). Aucune ordonnance aucun traitement ne pouvant être délivré sans l’accord de ce vétérinaire qui deviendrait le garant du registre des dites ordonnances, tel qu’il est prévu à l’article 198 du Code. Ce registre pouvant être dématérialisé, les commissaires de France Galop disposeraient pour chaque cheval et en temps réel de l’ensemble des seuls soins qui lui ont été officiellement apportés.

Ne pouvant être juge et partie, les sociétés mères devraient faire valider leur cahier des charges du contrôle antidopage et ses modalités d’application par un organisme extérieur. Toutes les procédures d’antidopage qui fonctionnent en vase clos peuvent apparaître suspectes à la fois pour le public et pour les médias.

Toutes ces décisions sont bien sûr de la seule responsabilité des sociétés mères. Mais les propriétaires, les premiers concernés par la perte financière en cas de distancement pour dopage, doivent veiller à ce que toutes les mesures possibles soient bien prises par l’Institution pour éviter toute dérive.
Car nous sommes tous en accord avec
Édouard de Rothschild : "Pas de place pour les tricheurs" »