Tribune libre : PMU : le pari mutuel dévoyé, les parieurs découragés

Courses / 28.04.2021

Tribune libre : PMU : le pari mutuel dévoyé, les parieurs découragés

Par Éric Blaisse, membre du Bureau de l’Association nationale des turfistes

« Depuis le 31 mars, il n’est plus possible de toucher 1,10 placé quand on joue un grand favori au PMU. Que ce soit en plat (Skalleti, In Swoop), en obstacle (Le Berry, L’Autonomie) ou au trot (Clegs des Champs, Dorgos de Guez), tous les grands favoris sont désormais payés seulement 1,05 à la place. Les autres rapports placé sont écrasés. Les parieurs, qui financent les courses, n’y comprennent plus rien et risquent de se décourager. Le retour à la filière est menacé. Comment en est-on arrivé là ?

L’an passé, le PMU a décidé de garantir le paiement des grands favoris à la place, alors que jusque-là il remboursait quand il ne pouvait pas payer du fait de la concentration excessive des enjeux sur le même cheval. Les plus gros joueurs, qui avaient toujours limité d’eux-mêmes leurs enjeux pour éviter le remboursement, se sont alors déchaînés et des sommes jamais vues ont déferlé sur les grands favoris, y compris sur internet, en particulier sur des courses minuscules à peu de partants à l’étranger. On sait les désordres graves qui en ont découlé. Pour payer, le PMU peut d’abord diminuer le prélèvement légal obligatoire, et le ramener à 10 %, mais c’est très mauvais pour le retour à la filière puisque cela diminue d’autant le produit brut des jeux. Ensuite, le PMU n’a d’autre choix que de prendre l’argent ailleurs, c’est-à-dire dans les sommes qui viennent des autres courses et qui devraient être redistribuées, donc, aux parieurs des autres courses. Le pari mutuel est complètement dévoyé.

L’abaissement du taux minimal garanti d’1,10 à 1,05 à compter du 31 mars n’a rien arrangé ; les mêmes dérives demeurent. Des sommes faramineuses continuent d’être misées sur des favoris, comme le 6 avril à Mons dans la 4e course (2.400 € au vainqueur, 8 partants déclarés mais 1 non-partant, il en reste 7 mais le PMU paye 3 places) : 627.734 € (PMU + pmu.fr) ont été joués placé sur Flevo Renka, soit 95,20 % du total des enjeux placé. Tout le monde est perdant. Les preneurs de favoris, parce que, dès lors qu’il s’agit d’un grand favori, ils ne peuvent plus espérer toucher que 1,05 à la place, cela n’a plus de sens de jouer dans ces conditions. Les amateurs d’outsiders, parce que les rapports placé sont tellement écrasés qu’eux aussi ne touchent plus qu’1,05 ou à la rigueur 1,10 ou 1,20, même quand leur cheval était à 20/1 ou 30/1. Les seuls gagnants sont les joueurs professionnels de France, parce qu’aux 5 % de bénéfice s’ajoute le bonus de fidélité de 3 % que leur octroie le PMU, c’est donc encore jouable, et les grands parieurs internationaux, parce qu’aux 5 % de bénéfice s’ajoutent les ristournes que leur octroient les opérateurs étrangers et qui sont encore beaucoup plus élevées. Ils continuent donc d’être toujours gagnants. L’égalité des chances entre les joueurs est plus malmenée que jamais, et l’ensemble des rapports est impacté.

L’Association nationale des turfistes déplore que l’immense majorité des parieurs soit victime d’une mesure qui, pour accroître artificiellement le chiffre d’affaires sur le court terme, enrichit une minorité de joueurs déjà excessivement avantagés, en prenant l’argent en dehors du pari mutuel chez les autres joueurs. La garantie de paiement doit être abandonnée et le pari mutuel restauré. S’il n’y a pas d’argent pour payer, le PMU doit rembourser, comme il l’a fait pendant des dizaines d’années. Ainsi les enjeux se réguleront d’eux-mêmes, et les grands favoris pourront de nouveau être payés 1,10. S’il y a un peu d’argent pour payer, le PMU doit payer le grand favori "au centime" (1,04 ou 1,03 ou 1,02 ou 1,01), comme il le fait d’ailleurs déjà couramment quand il prend des paris en masse commune avec Hongkong. Ainsi les autres places pourront être mieux payées. Bref, il faut redonner tout son sens au pari mutuel. »