Breeze up Arqana : la parole aux vendeurs

Institution / Ventes / 25.05.2021

Breeze up Arqana : la parole aux vendeurs

Les 2ans de la breeze up Arqana vont effectuer leurs canters mercredi, à partir de midi, à Doncaster. Ils passeront sur le ring vendredi dès 11 h. Nous avons donné la parole à quatre vendeurs [partie 1 sur 2].

Par Adrien Cugnasse

Roger Marley : « Le catalogue de la vente Arqana est exceptionnel »

Ses chevaux sont vendus sous l’association Church Farm & Horse Park Stud. L’Anglais Roger Marley, à la tête de Church Farm, est basé dans le nord de l’Angleterre. Une originalité dans le monde des breeze ups où les Irlandais sont omniprésents.

Roger Marley nous a confié : « Les breeze ups se sont bien déroulées cette année, avec des acheteurs pour toutes les strates du marché, même s’il n’y pas eu de prix record dans la partie haute. Compte tenu du contexte actuel, on peut dire que le marché des breeze ups a bien résisté. Et il y a assurément des chevaux qui devraient atteindre des belles sommes sur le ring d’Arqana. Durant les années sans Covid, Deauville est le point de rencontre de tous les acheteurs et courtiers du monde. C’est une vacation très populaire et internationale, avec une grosse présence américaine. Bien sûr, les déplacements sont contraints cette année et la vente a été déplacée à Doncaster. La spécifié de la breeze up Arqana, c’est d’accueillir des chevaux qui ne sont pas forcément des précoces, et avec lesquels on peut viser le mile ou plus. Les acheteurs viennent à la recherche de chevaux de qualité, avec une marge d’évolution, et le chronomètre ne fait pas tout dans ce contexte. Nos neuf poulains pour Arqana sont partis en camion lundi. Nous y allons avec enthousiasme car notre lot a beaucoup de qualité, avec des produits de Kingman (Invincible Spirit), Sea the Stars (Cape Cross), Night of Thunder (Dubawi)… Honnêtement, le catalogue de la vente Arqana est exceptionnel. Et les résultats en piste des années précédentes sont remarquables. Pour y parvenir, les consignataires investissent beaucoup d’argent dans les yearlings. »

Ses chevaux pour Arqana. La singularité de la breeze up Arqana se ressent dans les pedigrees. Par exemple, Roger Marley présente une pouliche royalement née, mais qui est la sœur de trois chevaux qui ont brillé à partir de 3ans. Cette fille de War Front (Danzig) est en effet la sœur utérine de quatre black types, dont Mark of Approval (Lemon Drop Kid), gagnant des Jebel Ali Stakes (L) et troisième de l’Al Maktoum Challenge Round 3 (Gr1), ou encore d’Alkaraama (War Front), gagnant du Jebel Ali Sprint (L). Au sujet du lot 127, Roger Marley poursuit : « C’est une pouliche qui a été vendue 345.000 $ foal à Keeneland. Elle est arrivée chez moi en novembre. C’est une reine. Son physique est à la hauteur de son pedigree ! »

Wootton Bassett (Iffraaj) est vraiment l’étalon du moment. Roger Marley présente un de ses fils, le lot 133, dont la mère a déjà produit Salateen (Dutch Art), lauréate de dix courses, dont deux à 2ans et placé de Groupe à cet âge. Le vendeur explique : « C’est un poulain qui marche super bien. Mais il sera plus un 3ans qu’un 2ans. Il va s’améliorer avec le temps et ce sera assurément un cheval pour aller sur 1.600m et au-delà. »

L’avenir. Concernant l’évolution des breeze ups en Europe, Roger Marley analyse : « J’étais jockey d’obstacle jusqu’à l’âge de 29 ans. J’ai alors commencé à faire du débourrage et du pré-entraînement pour des entraîneurs locaux. Petit à petit, j’ai pris des bouts dans des chevaux de breeze up, au point de sauter le pas. J’ai vu ce marché évoluer avec le temps. Et j’espère que nous n’irons pas vers une américanisation de ces ventes. Le chronomètre ne doit pas être le critère numéro un. Aux États-Unis, en leur demandant d’aller trop vite, pour le chronomètre, il y a beaucoup de casse. Et d’ailleurs, bien des chevaux ne vont même pas jusqu’à la vente. Nous, Européens, préférons aller moins vite et sur le gazon. C’est plus sûr. Ici, un certain nombre d’acheteurs veulent voir un bon breeze, un individu, plutôt qu’un temps record. »

L’histoire de Brando. Parmi les chevaux vendus par Roger Marley figure un certain Brando, que l’on a vu gagner le Larc Prix Maurice de Gheest (Gr1) en 2017, à l’âge de 5ans : « Nous avons acheté Brando (Pivotal) pour 52.000 Gns en tant que yearling. Il avait un super pedigree. C’était un gros poulain, puissant, et cela avait probablement découragé un certain nombre d’acheteurs. À Newmarket, il avait très bien breezé et nous l’avions vendu 115.000 Gns. C’est un ami, Stephen Hillen, qui l’avait acheté avec Kevin Ryan. Et il est devenu un super cheval de course. Brando a couru 48 fois, pour neuf victoires. Notamment quatre Groupes dont le LARC Prix Maurice de Gheest (Gr1). À 9ans, il est encore performant. Les chevaux de breeze up durent longtemps quand le travail est fait de manière professionnelle dès le départ. Les statistiques prouvent qu’ils durent aussi longtemps que ceux acquis yearlings. On a même vu des chevaux d’obstacle de haut niveau ou des stayers de premier plan sortir de ces ventes. Leur prix reflète le fait qu’on a plus de certitudes avec eux qu’avec les yearlings. Une partie de la sélection a déjà été faite. »

Le rêve est permis. Mehmas (Acclamation) est devenu le nouveau recordman du nombre de victoire avec ses premiers 2ans l’année dernière. Mais son taux de black type par partant (12,9 %) est vraiment remarquable pour un étalon ayant sailli des juments dans l’ensemble assez moyennes. Il a déjà sorti 12 black types cette année (sur un total de 18 depuis ses débuts au haras) et ses produits semblent capable de devenir de bons 3ans. Going Global a gagné trois Groupes aux États-Unis depuis fin février. Et Fayathaan est devenu le premier gagnant classique de son père en remportant le Premio Parioli (Gr3), la Poule d’Essai des Poulains italiennes. Roger Marley se souvient : « Mehmas nous avait coûté 62.000 Gns. Mais il n’était pas précoce du tout au départ. Pendant l’hiver, il a mis du temps à venir. Mais au printemps, lorsque nous lui avons demandé d’avancer, il a immédiatement montré de grandes capacités. Il a toujours répété ses travaux. Et à ce jour, nous n’avons jamais eu un cheval de breeze up qui allait aussi vite. Nous l’avons vendu 170.000 Gns et Mehmas est devenu un super 2ans. Il a gagné quatre courses dont les Arqana July Stakes et les Qatar Richmond Stakes (Grs2). Au haras, ce qu’il accomplit, c’est incroyable. Le rêve est permis. »

Johnny Hassett : « Il y a beaucoup d’attentes autour de la vente Arqana »

À la tête de The Bloodstock Connection, Johnny Hassett est désormais très connu pour ses vidéos sur les réseaux sociaux. Mais l’Irlandais est aussi un préparateur à succès et il s’est confié à quelques jours d’une vente cruciale pour son année.

Chez Arqana, Johnny Hassett a notamment vendu la bonne Pretty Baby (Orpen), gagnante des Oak Tree Stakes (Gr3) à 3ans et des Chartwell Fillies' Stakes (Gr3) l’année suivante. Il explique : « Pretty Baby était issue de l’élevage Wildenstein. Elle a atteint 50.000 € en tant que yearling. Jeremy Brummitt l’avait repérée en premier. Mais je m’étais arrêté à 30.000 € car c’était une fille d’Orpen (Lure). Je suis ensuite allé voir Jeremy Brummitt en lui disant : qui est le fou qui a levé la main à 50.000 € ? Et il m’a dit que c’était lui ! Nous avons trouvé un arrangement. Au débourrage, elle était un peu délicate, mais pas ingérable. Vu qu’elle avait les primes françaises, nous l’avons préparée pour la breeze up Arqana. Elle breezait vraiment bien, voire exceptionnellement bien. Beaucoup de gens venaient la voir. Mais elle se montrait dominante en main, au point d’avoir cassé le bras d’une personne. William Haggas est venu la voir. Lorsqu’il s’est approché, elle s’est tournée pour le mordre. Elle a attaqué et il s’est caché dans le box, mais la pouliche l’a suivi ! Néanmoins, il ne lui en pas tenu rigueur. Elle a atteint 190.000 € et sous son entraînement, elle a gagné deux Groupes ! »

Ses chevaux pour Arqana. Au sujet du lot 93, Johnny Hassett explique : « Croyez-le ou non, mais j’ai cette année une pouliche qui ressemble énormément à Pretty Baby ! C’est une fille de Churchill (Galileo) et elle est issue d’une bonne souche Wertheimer. Sa mère est une sœur de Gold Away (Goldneyev), gagnant du Prix du Muguet (Gr2) et deux fois deuxième du Prix du Moulin de Longchamp (Gr1). Son frère, Wild Dollar (Zoffany), a gagné le 23 mai son maiden au Curragh. Elle breeze vraiment bien. » Le lot 163 est un propre frère de Crohanne (Havana Gold), troisième du Prix Cléopâtre (Gr3). Son entraîneur, Mario Baratti, nous a confié qu’elle allait se diriger vers le Prix Mélisande (L) puis vers le Prix de Psyché (Gr3). Johnny Hassett explique : « C’est toujours une bonne surprise de voir un tel update. Surtout que ce n’est pas courant pour des chevaux de breeze up, car ces ventes arrivent très tôt dans l’année. Crohanne semble promise à un très bel avenir. Mais lorsque j’ai acheté son frère, elle n’avait pas encore couru et je ne pouvais prévoir qu’elle allait être si bonne ! C’est une famille en pleine expansion car entre temps, son oncle, Military Law (Dubawi), a gagné l’Al Maktoum Challenge Round 1 (Gr2). »

Le lot 161 est un fils de Lope de Vega (Shamardal) avec une mère par Montjeu (Sadler’s Wells). Sa mère est montée sur le podium du Lingfield Oaks Trial (L). Johnny Hassett explique : « C’est un grand poulain. J’ai rarement vu un cheval avec une aussi grande foulée dans une breeze up. Il a un bilan vétérinaire parfait et un super scope vidéo. C’est toujours très bon signe. »

Le marché et l’avenir. Johnny Hassett rejoint Roger Marley sur les spécificités des breeze ups à l’européenne : « En Europe, je pense que les gens ont conscience que le chronomètre ne fait pas tout. Surtout lors de la vente Arqana. Je suis en faveur de breezes sur 600m. En particulier pour les profils avec de l’envergure. Nous pouvons nous rapprocher de ce que les entraîneurs veulent voir le matin au mois de mars et d’avril. Il y a beaucoup d’attentes autour de la vente Arqana, avec nombre de bons chevaux au catalogue. Des beaux poulains. Le marché, depuis le début de l’année, a été solide, même si le sommet de la pyramide n’a pas été aussi compétitif que par le passé. C’est donc un marché sain mais qui reste raisonnable. L’offre a été recentrée et nous espérons que les acheteurs vont continuer à répondre présent. Car la breeze up Arqana est la meilleure vente de l’année, avec des résultats en piste qui sont remarquables. L’agence Arqana fait un travail exceptionnel. En particulier au niveau du marketing. Les acheteurs adorent venir à Deauville… et nous aussi ! Honnêtement, parmi les acteurs des courses, ce sont les agences de vente qui ont subi le plus de contraintes à cause de la Covid. Au quotidien, la préparation de mes chevaux n’a pas beaucoup changé… »