Emirates Poules d'Essai J - 4 : Daniel Cherdo : « Avec Breizh Eagle, nous pouvons rêver »

Élevage / 11.05.2021

Emirates Poules d'Essai J - 4 : Daniel Cherdo : « Avec Breizh Eagle, nous pouvons rêver »

Dimanche à ParisLongchamp, l’invaincu Breizh Eagle (Bow Creek) passera un test grandeur nature dans l’Emirates Poule d’Essai des Poulains (Gr1). Ce pensionnaire de Joël Boisnard a été élevé en Bretagne par Daniel Cherdo, du haras des Évées, qui le détient en association avec Gérard Augustin-Normand et les époux Perron.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Dimanche, vous aurez pour la première fois un partant au départ d’un classique. Dans quel état d’esprit abordez-vous ce rendez-vous ?

Daniel Cherdo. – Ȇtre au départ, c’est déjà une victoire pour un petit éleveur comme moi. Nous ne connaissons pas les limites exactes de Breizh Eagle, donc ce sera l’épreuve de vérité ! Il a remporté ses trois premières courses et ne nous a apporté que du plaisir : désormais, le reste n’est que bonus. Outre l’opposition qui s’annonce très relevée, il y a un autre point d’interrogation avec le terrain, car la météo annonce de la pluie dans les jours à venir. Breizh Eagle a couru deux fois sur la P.S.F. et une fois sur le gazon, en bon terrain. Il paraît que les bons chevaux s’adaptent à tous les terrains, donc nous verrons bien ! D’après son entraîneur, en lequel nous avons une totale confiance, le poulain est en bonne condition physique. Nous savons que tout a été fait pour le mieux, et nous abordons l’événement avec sérénité. Breizh Eagle a été irréprochable jusqu’ici, et nous avons le droit de rêver ! Quoi qu’il arrive, c’est une grande satisfaction d’avoir un partant dans ce type de tournoi.

Après sa deuxième sortie, vous avez vendu la moitié de Breizh Eagle à Gérard Augustin-Normand. Était-ce pour vous l’opportunité de le garder en France ?

Oui, bien sûr. Après les débuts victorieux de Breizh Eagle, les gens ont commencé à le regarder. Mais sa deuxième victoire a été encore plus impressionnante et nous avons reçu plusieurs offres d’achat, internationales y compris. Mes associés n’étaient pas forcément vendeurs, mais nous avons fini par privilégier l’offre française avec Gérard Augustin-Normand, à condition que le poulain reste chez Joël Boisnard. Nous avons un lien particulier avec Joël Boisnard, qui a remporté son premier Groupe en plat, mais aussi sa première Listed en obstacle avec deux chevaux élevés à la maison, Varévées (Kahyasi), gagnante du Prix Gladiateur (Gr3) à Longchamp en 2007, et Magic Mambo (Hernando), vainqueur du Prix Prédicateur (L) sur les haies d’Auteuil en 2010. Sans oublier qu’il connaît bien la famille de Breizh Eagle, puisqu’il entraînait déjà sa mère et ses frères. Cela nous fait plaisir d’être associés à une casaque prestigieuse : pour nous, c’est un plus ! Je ne connais pas bien Gérard Augustin-Normand, mais nous nous sommes parlé au téléphone. J’aime bien sa vision des choses, et nous avons besoin de gens comme lui dans les courses françaises.

Comment avez-vous introduit la souche de Breizh Eagle au sein de votre élevage ?

Sa troisième mère, Kiridance (Fabulous Dancer), courait sous les couleurs de Maryvonne et Roland Perron, qui sont propriétaires mais pas éleveurs. Je leur avais vendu leur premier cheval, et nous étions devenus amis. J’ai donc élevé les produits de Kiridance, et nous les avons exploités en commun. Roncha (Kaldoun), son deuxième produit,  n’était pas bonne et n’a jamais couru. Nous l’avons quand même gardée à l’élevage et elle nous a donné Breizh Touch (Country Reel), la mère de Breizh Eagle. Nous avons envoyé Breizh Touch à l’entraînement chez Joël Boisnard. Elle a fait une carrière honnête, s’imposant à cinq reprises en province. Au haras, elle n’a produit que des beaux poulains. Breizh Eagle, qui est son troisième produit, était un poulain calme et facile, avec une très belle robe. Après lui, elle a donné une 2ans, Happy Creek (Herald the Dawn), qui est à l’entraînement chez Joël Boisnard, et un yearling, Blackoun (Dabirsim). Malheureusement, Breizh Touch est décédée cette année. C’est une souche vivante, celle du bon sprinter Sands of Mali (Panis), vainqueur de Gr1 à Ascot et entré au haras en Irlande cette année.

Pourquoi avez-vous choisi de croiser Breizh Touch avec Bow Creek ?

J’aimais beaucoup son père, Shamardal (Giant’s Causeway). Je lui avais envoyé une jument il y a longtemps, avant que son prix de saillie ne devienne trop cher pour moi. C’était un étalon exceptionnel, tout comme son fils Lope de Vega. Bow Creek est un très beau cheval, et Breizh Touch n’étant pas très importante, j’ai pensé qu’ils devraient bien se marier. Bow Creek entamait sa première saison de monte au haras du Logis lorsque nous lui avons amené la jument. C’était donc un pari, mais je savais que nous n’allions pas présenter le produit aux ventes, donc il n’y avait pas de pression.

Avant Varévées – qui a été battue d’un rien dans le Prix du Cadran –, vous aviez élevé un autre placé de Gr1, Kaldounévées …

Kaldounévées a une place particulière dans notre cœur puisqu’il nous a apporté notre première victoire de Groupe au printemps 1995, lors de son succès dans le Prix Edmond Blanc (Gr3). Deux mois plus tard, il a confirmé dans le Prix du Chemin de Fer du Nord (Gr3) avant de tenter l’aventure dans un Gr1 en Allemagne, terminant deuxième. Ensuite, je suis allé seul aux États-Unis pour le voir courir l’Arlington Million (Gr1), dont il a conclu quatrième. Trois semaines plus tard, Kaldounévées s’est de nouveau classé deuxième d’un Gr1 à Belmont Park, les Man O’War Stakes. J’ai vécu de bons moments grâce à lui et son entraîneur, John Hammond, que je retrouve aujourd’hui puisqu’il gère les intérêts de Gérard Augustin-Normand ! C’est une belle histoire, comme celle de Varévées, qui avait débuté à Maure-de-Bretagne et a évolué de manière fantastique. Si ça peut m’arriver à moi, ça peut arriver à tous les autres petits éleveurs !

Vous avez également élevé la placée de Listed Kraquante, en association avec le haras du Logis. Quels sont vos liens ? 

Le directeur du haras du Logis, Julian Ince, m’avait donné un coup de main au niveau de la logistique pour envoyer une jument à la saillie en Angleterre, et nous sommes devenus amis. En 2016, j’ai acheté par le biais de Marc-​Antoine Berghgracht une jument nommée Desert Image (Beat Hollow) à la vente d’élevage Tattersalls, alors qu’elle était pleine de Bated Breath (Dansili). Au retour de Newmarket, Desert Image s’est retrouvée en transit chez Julian Ince, qui m’a demandé s’il pouvait s’associer sur la jument avec moi. J’ai accepté, et Desert Image a pouliné de Kraquante. La pouliche a gagné à 2ans à ParisLongchamp et s’est classée troisième à 3ans du Prix de Saint-Cyr (L), puis elle a été vendue en Australie. Desert Image, qui a un yearling et un foal issus de Cloth of Stars (Sea the Stars), a été saillie cette année par Le Brivido (Siyouni).

Combien de juments avez-vous à l’élevage ?

Nous abritons entre huit et dix poulinières dans notre petite structure. C’est une activité familiale : ma femme s’occupe de l’administratif, et moi du reste. J’ai commencé à élever à 18 ans, en empruntant de l’argent à mes parents pour acheter une poulinière au lieu d’une voiture ! Je ne suis pas issu du sérail, je suis un autodidacte. Ce fut un long parcours jalonné de hauts et de bas, mais j’étais vraiment passionné par la génétique. Je crois beaucoup aux rencontres dans la vie, et j’en ai fait plusieurs qui m’ont permis d’évoluer. Mon activité d’éleveur s’est toujours autofinancée, avec des moyens somme toute modestes. Il faut essayer de suivre la mode pour vendre les produits et c’est compliqué, car je n’ai pas un budget extensible. Je choisis les étalons en fonction de leurs performances et de leur modèle, de manière à ce qu’ils s’accordent bien avec nos juments… mais aussi en fonction de mon budget ! En tant qu’agriculteur, je savais que la qualité de l’alimentation était très importante pour un cheval, et nous essayons de donner à nos chevaux la meilleure nourriture possible. La qualité des terres est également primordiale. Mais tout cela ne suffit pas : chaque maillon de la chaîne est important, que ce soit l’éleveur, le maréchal-ferrant, le vétérinaire, le débourreur, l’entraîneur, le cavalier d’entraînement … Lorsqu’un cheval performe, c’est une succession de compétences et de savoir-faire.

Vous êtes président de la Société des courses de Saint-Brieuc, mais aussi membre de plusieurs associations dans l’Ouest. Pourquoi avez-vous choisi de vous investir personnellement (et bénévolement) dans l’institution des courses ?

La passion des courses, tout simplement ! Je suis sans doute l’un des plus vieux membres de la Société des courses de Saint-Brieuc, dans laquelle j’ai commencé à m’investir vers l’âge de 20 ans. Les gens me voyaient aux courses tous les dimanches, et c’est donc tout naturellement qu’on m’a demandé d’intégrer la Société des courses. À l’époque, les courses se déroulaient sur la plage. Peu de temps après, on m’a proposé d’assurer la fonction de commissaire, puis de vice-président au galop. Suite au décès de Gabriel Villesalmon en 2017, je lui ai succédé au poste de président. Au début, je pensais juste assurer l’intérim, le temps de convaincre d’autres personnes d’assumer cette responsabilité, mais personne ne s’est désigné. On m’a encouragé à conserver ce poste et j’ai fini par accepter, sachant que j’avais une équipe de bénévoles très sérieux et compétents derrière moi. Grâce à eux, la tâche est supportable (rires) ! À Saint-Brieuc, nous accueillons à la fois des courses de trot, de plat et d’obstacle, et je ne fais aucune différence entre les trois disciplines. J’adore les courses, tout simplement !