Fièvre de Cheval, le roman dont les turfistes sont les héros

Autres informations / 07.06.2021

Fièvre de Cheval, le roman dont les turfistes sont les héros

Fièvre de Cheval, le roman dont les turfistes sont les héros

Un livre dont nous recommandons vivement la lecture est sorti la semaine dernière aux éditions Le Dilettante. On le doit à Sylvain Chantal, un Nantais âgé de 46 ans et déjà auteur de plusieurs livres. Cette fois, il a choisi comme source d’inspiration un univers qui lui était totalement étranger jusque-là : les bars PMU et les turfistes qui les fréquentent.

Par Guillaume Boutillon

Jour de Galop. - Comment l’idée de ce livre est-elle née ?

Sylvain Chantal. - Un jour, avec ma compagne, nous avons pris un verre dans un bar PMU de Nantes, là où je vis, et nous nous sommes approchés d’une borne pour miser. C’était l’année dernière, après le premier confinement. Je ne sais plus exactement ce que l’on a joué, nos dates d’anniversaires, je crois. Multi, couplé, tout ça m’était totalement étranger et, en y repensant, je ne sais même plus comment nous avons réussi à valider nos tickets… Je ne connaissais absolument rien aux courses. En tout cas, cela nous a beaucoup amusés et nous avons joué sur trois, quatre courses. Je me suis dit que ça ferait vraiment un bon sujet de roman. J’ai alors décidé d’y revenir le lendemain pour mieux découvrir ce milieu et en comprendre les codes. Et je me suis totalement pris au jeu.

Combien de temps a duré votre "immersion" dans les bars PMU ? Et comment avez-vous procédé ?

Cela a duré environ quatre mois, de juillet à octobre. J’ai fait plusieurs bars PMU, environ une quinzaine entre Nantes, principalement au bar Le Platane, et Pornichet, dans un bar qui s’appelle La Caravelle, là où se passe la seconde partie de l’histoire. Je m’y suis rendu quasiment tous les jours, bien plus de cinq heures à chaque fois. C’est en écoutant les habitués, en échangeant avec eux et en regardant Equidia qui tournait en boucle sur les écrans, que j’ai appris peu à peu le nom des jockeys, des entraîneurs, la manière dont le jeu fonctionnait, comment étudier la course… En parallèle, je prenais des notes sur ce que j’observais, parfois même j’allais aux toilettes pour me cacher. Le lendemain matin, très tôt, je les reprenais et j’écrivais mon roman. Ensuite, je retournais dans un PMU. Mes journées correspondaient réellement à ça, au grand désarroi de ma compagne (rires). Les turfistes que j’ai le plus fréquentés savaient que je préparais un livre et redoutaient un peu de se retrouver dedans. Mais j’ai fait tout comme eux, j’ai joué, j’ai perdu et pas mal bu... (Rires.)

Certains passages sont très drôles justement, et l’ambiance des PMU très bien restituée. On retrouve tous les profils de parieurs qui gravitent autour de ces bars…

J’ai, au final, très peu forcé le trait : presque tous mes personnages sont authentiques. Pour certains, je n’ai même pas changé leur nom, à leur demande d’ailleurs. J’ai énormément ri et pris énormément de plaisir à écrire ce livre. Michel Audiard a beaucoup fréquenté les bars pour écrire ses scénarios et je dirais que j’ai un peu eu l’impression de vivre ça. Lorsqu’un personnage de mon livre dit : « Alors lui, c’est le champion du monde des cons. Il est même tellement champion du monde des cons qu’il est capable d’arriver deuxième », c’est véridique. Après une course à Lisieux, j’ai entendu un turfiste, qui venait de perdre, reprendre le classique : « Il me reste Lisieux pour pleurer» Je me suis vraiment régalé.

Il y a le narrateur, Anatole, un "looser magnifique", et tous les autres turfistes de votre roman, ces mêmes dont on sait qu’ils financent la filière des courses. Derrière l’humour, il y a un aussi une analyse sociologique dans votre livre. Le pari peut être une expérience "heureuse" ou ne pas l’être…

L’analyse sociologique me passionne. Les bars PMU sont un lieu de vie, où se côtoient différentes générations, avec des gens qui ont besoin de ce lien social. Et d’ailleurs, ce dernier confinement et la fermeture des bars, c’est très dur pour certains. Volontairement, je donne une vision "marrante" de ces bars, mais, bien sûr, elle aurait pu être plus sombre. Je constate aussi que pour beaucoup d’habitués, le passage aux paris sur smartphone est délicat, voire impossible.

La fin du livre s’apparente à un petit un "feu d’artifice" et met notamment en scène Jacques Ricou. Vous l’avez donc rencontré ?

Oui et c’est même mieux que ça. Lors d’une journée sur l’hippodrome de Nantes, où il était présent en tant qu’ambassadeur du PMU, nous avons discuté et je lui ai même demandé si la fin de mon histoire était crédible. Il m’a répondu que ça ne lui était jamais arrivé à lui personnellement, mais qu’il connaissait un jockey qui l’avait vécu.

Vous continuez à vous intéresser aux courses ou bien votre histoire avec le turf s’est-elle terminée le jour où vous avez rendu votre manuscrit ?

Non, car je compte bien me rendre de nouveau sur les hippodromes. Je n’ai qu’une hâte même, c’est d’y retourner. J’ai été journaliste à L’Équipe et à France Football, et, selon moi, les stades de football sont devenus des endroits aseptisés, au contraire des champs de courses. Ça a été une découverte pour moi. Il s’agit d’un monde encore différent des bars PMU. Je suis allé sur celui de Nantes et de Pornichet, et c’était très convivial : vous pouvez voir les chevaux de près, approcher les entraîneurs, échanger avec les jockeys. C’est une expérience très agréable.

Fièvre de cheval, Sylvain Chantal, éditions Le Dilettante, 15 €. Pour le commander, cliquer ici

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