Keven Borgel : « Je mets volontairement un terme à mon activité d’entraîneur »

Autres informations / 08.05.2021

Keven Borgel : « Je mets volontairement un terme à mon activité d’entraîneur »

Keven Borgel : « Je mets volontairement un terme à mon activité d’entraîneur »

Par Salomé Lellouche

Jeudi 6 mai, Keven Borgel a mis un terme à sa carrière d’entraîneur. Celui qui était basé depuis plus de vingt ans sur le site d’entraînement de Calas nous a éclairés sur les raisons qui l’ont poussé à clore son activité.

Jour de Galop. - Pourquoi avoir pris la décision d’arrêter d’entraîner ?

Keven Borgel. - Le monde des courses a évolué de telle façon qu’il ne me ressemble plus. Cela fait quelques années qu’il y a une anomalie sévère dans les courses. J’ai des convictions très lourdes sur le dopage : il y a des performances de chevaux qui me semblent irrationnelles et certaines progressions ahurissantes. Comme il m’est impossible de lutter à armes égales avec ces entraîneurs qui dopent leurs chevaux, je mets un terme volontairement à mon activité d’entraîneur. Il est aussi logique que certains propriétaires m’aient quitté, vu les performances de mes chevaux. Et ma situation économique ne me permet pas, non plus, d’aller beaucoup plus loin. Le malaise au niveau du dopage dans les courses, je l’ai relevé il y a trois ou quatre ans. Je me suis d’ailleurs battu pour alerter les sociétés mères comme les autorités judiciaires. Mais cela n’a pas porté ses fruits pour l’instant.

Quel est le fautif selon vous ?

Nous pouvons avoir un doute légitime sur la compétence des laboratoires. Je me suis même rapproché des fédérations sportives humaines, notamment le CREPS (Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive) et l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance). Il faut savoir que l’Agence française de lutte contre le dopage est totalement indépendante des fédérations sportives. Alors que dans les courses, l’enquête finale est menée par France Galop. Il y a donc moins de clairvoyance. Il n’y a pas un jour depuis trois ans où je ne suis pas interpellé sur un hippodrome concernant ces histoires de dopage. D’ailleurs, beaucoup de professionnels se sont ralliés à ma cause. La seule chose qui a émergé, c’est l’affaire Marcialis. Cette histoire n’est que l’arbre qui cache la forêt. Je souhaite bon courage à l’Institution pour nettoyer les écuries d’Augias des courses hippiques.

Qu’en est-il de votre poste à la présidence du Comité régional du Sud-Est - Corse ?

Je démissionne aussi de ce poste. Ces trois dernières années ont été trop dures pour moi psychologiquement.

Quels sont vos projets ?

Je vais partir quelques mois sur une île déserte de l’océan Indien, histoire de me sevrer de toutes ces toxines. J’ai pour projet de me replonger dans l’étude de l’histoire de France et l’histoire des civilisations humaines car je suis très passionné par cela. C’est notamment le best-seller Sapiens qui m’a donné envie d’aller plus loin. Je vais vivre une nouvelle vie.

Que retiendrez-vous de toutes ces années ?

J’ai eu la chance, pendant vingt-trois ans, de vivre des moments extraordinaires de partage et d’émotion. Des propriétaires me sont restés fidèles jusqu’au bout comme Barthélémy Vives, l’écurie Winning et Madame Conti, ainsi que mes employées Mickaël Soigneux et Jacques Campo. Au niveau des professionnels qui m’ont soutenu, je tiens à nommer Philip Prévost-Baratte, Éric Large, Stéphane Cérulis, Francis-Henri Graffard, Gabriel Leenders et aussi le haras de Sivola. Je tiens aussi à citer mon frère Alban et ma mère Maryse Borgel ainsi que Flavie Bariller, la directrice de la formation au CREPS d’Aix-en-Provence, qui m’a aidé à montrer les défaillances du système des courses. En quelques années, plusieurs rapports sont sortis comme le rapport de Daniel Augereau, le rapport de la Cour des comptes et celui de Jean Arthuis. Et j’ai l’impression qu’ils n’ont jamais été pris en compte par le gouvernement et par les sociétés mères. Je suis certain qu’un jour, les courses reprendront le chemin exemplaire dont elles ont fait preuve, car, il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne.