Tribune libre : donner plus d’opportunités à la base des sauteurs pour motiver propriétaires et parieurs 

Courses / 27.05.2021

Tribune libre : donner plus d’opportunités à la base des sauteurs pour motiver propriétaires et parieurs 

Par Pascal Adda

« Le manque de partants en obstacle dans les réunions "parisiennes" n’est pas conjoncturel mais relève d’un mal plus profond. Je n’évoquerai pas les courses de Groupe qui, par essence, rassemblent les meilleurs et, sauf exception, des lots moins étoffés mais nécessaires à la sélection qu’il faut encourager.

Que demande le parieur ? Les dernières "Tribunes" sur la discipline de l’obstacle me donnent l’occasion d’exposer un point de vue partagé par un bon nombre de mes confrères propriétaires et entraîneurs.

En préambule, comme le dit si bien monsieur Barjon : que demande le parieur ? Il est évident que parier sur des courses avec peu de partants entraînés par les mêmes professionnels ne fait pas rêver nos "clients". De plus un bon nombre, à tort, se demandent quel cheval va "passer". Pas ou peu d’enjeux !

Les différences par rapport au passé. Dans la même interview le président du Trot n’oublie pas les propriétaires qu’il faut, bien sûr, choyer et encourager en plus grand nombre. De tout temps, les entraîneurs possédant des effectifs importants (plus de 80 chevaux) ont exercé leurs talents. Avant les années 90, ces effectifs étaient basés principalement en région parisienne et ne couraient pas ou peu en province. Mais le "pré-entraînement-entraînement" n’existait pas encore. Le turn-over de ces professionnels était sans commune mesure avec celui d’aujourd’hui. Les effectifs moyens avaient leur place et les champs n’étaient pas, ou rarement, creux.

Le danger des centres de pré-entraînement. Dans le paysage actuel, quelques professionnels concentrent un nombre important de chevaux et c’est tout à fait normal au vu de leurs résultats. Par contre, ce qui apparaît dangereux à ce stade et pour l’avenir proche, c’est qu’ils disposent de centres de pré-entraînement qui leur permettent de faire "tourner" leurs effectifs avec un ratio de deux à trois fois leur capacité d’accueil. Que deviennent les chevaux qu’ils écrèment ? Ils sortent du circuit pour la plupart… Efficace pour la sélection mais pas pour les courses avec des partants en nombre suffisant !

Les handicaps, un circuit nécessaire. Alors que faire ? Comment éviter les champs creux ? Handicaps ? Courses à conditions avec des paliers différents ? Si sur le plan sportif, les handicaps ne récompensent pas les meilleurs, ils sont le socle des enjeux nécessaires au maintien des courses de sélection. Dans vos colonnes, le vice-président de l’obstacle se déclare plutôt opposé au système des handicaps, en tout cas à leur développement. Pourquoi pas, mais alors quelles solutions envisage-t-il ? Cela ne me choquerait pas que certains handicaps soient moins dotés, à conditions d’en offrir suffisamment. Ces handicaps offrent un circuit nécessaire aux chevaux "moyens" qui, à l’évidence, sont les plus nombreux !

Faire avec le commerce. Je ne pense pas que les handicaps – car je ne partage pas l’avis de mon ami David Powell – soient la cause principale des exportations de chevaux sous prétexte qu’ils sont "mal placés". Quand on sait que beaucoup de professionnels espèrent "bien  débuter" un jeune cheval et ne pas refuser une offre d’achat qui de toutes les façons, même si un programme de courses avec un potentiel de gains plus adapté existait, ne se refuse pas si l’on prend en compte les risques inhérents à l’obstacle. À ce stade, ils n’ont pas encore de valeur handicap. Sauf pour les quelques propriétaires "non vendeurs", entre "bien vendre tout de suite" ou garder un cheval avec les risques de blessures inhérents à la discipline de l’obstacle, le choix est rapidement fait. C’est ainsi et il faut "faire avec".

Revoir les conditions des courses de semi-débutants. Pour la grande majorité des autres chevaux, on pourrait aussi modifier les conditions des courses de semi-débutants pour leur donner l’opportunité de se mesurer dans leur catégorie, de mieux cerner leur potentiel et, par là même, qu’ils soient mieux traités au poids. Actuellement un jeune cheval (3ans et 4ans) de qualité correcte que l’on veut "respecter" a des opportunités, à première vue assez fermées, type "n’ayant pas reçu 6.000 € victoires et places". Mais en réalité, ces conditions n’étant pas assorties d’une restriction "pour chevaux ayant couru au moins trois fois" (c’est un exemple), vous serez souvent battus par de meilleurs chevaux inédits. Il est tout à fait normal que les entraîneurs ayant de nombreux jeunes chevaux les répartissent dans toutes les courses que le programme actuel offre, et ce, quel que soit le montant des allocations distribuées. Donc courir pour une "petite place" sans avoir d’opportunités à terme c’est assez démotivant pour les propriétaires à effectifs réduits (la majorité quand même). De plus, ces courses ne facilitent pas le travail des handicapeurs qui risquent de "pénaliser" ces chevaux placés.

En conclusion, il faut plus que des "mesurettes" pour éclaircir l’avenir, au risque de décourager les passionnés qui n’ont pas la capacité des grandes écuries.

Espérons que le séminaire "obstacle" annoncé accouche d’un vrai plan "dynamique", porteur d’espoirs en faisant abstraction des intérêts partisans, voire court-termistes de certains.

Le 1/3 - 2/3 des allocations en obstacle risquerait d’en pâtir… À nos responsables élus de prendre de la hauteur sans ignorer la base de la pyramide ! »