Un tournant dans l’histoire des courses

18.05.2021

Un tournant dans l’histoire des courses

« Il faut que tout change pour que rien ne change. » Popularisée par le film de Luchino Visconti, lui-même propriétaire de galopeurs, cette tirade provient d’un roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Le Guépard dépeint la transition entre un ordre ancien et un nouvel ordre, où l’aristocratie cède le pas à la bourgeoisie, dans la Sicile du XIXe siècle. La comparaison est évidente avec notre microcosme : comme toutes les composantes de notre société, les courses évoluent ("tout change") pour continuer à exister ("rien ne change").

Lorsque le galop moderne a été formalisé, dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, c’était le sport d’une élite aristocrate. On courait entre soi, pour le sport et pour engager des paris hippiques entre gentlemen. Bien plus tard, le galop est devenu un spectacle populaire, avec des journaux, des bookmakers ou des opérateurs de paris mutuels. Cette évolution s’est accompagnée de l’apparition des allocations, issues d’un prélèvement des paris hippiques et du sponsoring.

La troisième phase a été celle de l’internationalisation. Cette année, le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), première grande course internationale, fête son centenaire. À l’approche de cet anniversaire, on voit à quel point les chevaux du sommet de la pyramide voyagent de plus en plus. Et concentrent de plus en plus d’allocations. Mais aussi à quel point la base sur laquelle le sport hippique repose – les propriétaires et (dans certains pays) les parieurs – est de plus en plus étroite. La disparition du cheikh Hamdan Al Maktoum et du prince Khalid Abdullah a fait naître de légitimes inquiétudes. Tout comme, un peu partout en Europe, celle de milliers de petits propriétaires.

On peut se demander si nous ne nous sommes pas en train d’aborder une quatrième phase de l’histoire des courses. Avec les pur-sang anglais, comme avec les pur-sang arabes. 

Dans les sociétés occidentales, parmi les classes sociales avec des revenus supérieurs, la consommation et les habitudes changent depuis une décennie, la Covid n’ayant fait qu’accélérer la tendance. On voyage moins et on consomme plus local. On cherche à vivre quelque chose, une expérience, si possible non standardisée, non massifiée et en lien avec la nature.

Les courses, dans leur ancrage le plus local, ont vraiment une carte à jouer. Mais à condition de changer… pour que rien ne change.