À l’unisson

Courses / 11.06.2021

À l’unisson

À l’unisson

Par Adeline Gombaud

Cela fait bientôt six mois qu’Hector de Lageneste a rejoint le centre d’entraînement de La Palmyre pour s’associer avec Guillaume Macaire. Les deux hommes, qui avaient déjà travaillé ensemble quand Hector était jockey puis assistant, ont rapidement trouvé leurs marques. Et quand on leur demande un premier bilan de leur association, le son de cloche est le même. Synthétique du côté d’Hector : « Tout se passe bien. Les choses sont simples, naturelles, il y a une bonne communication. » Plus développé, on en a l’habitude, chez Guillaume Macaire : « Nous sommes en phase. J’apporte mon expérience, qui compte évidemment, mais qui me pèse un peu car il y a des choses sur lesquelles je suis saturé, comme la gestion du facteur humain, ce putain de facteur humain ! Hector est plus jeune, il a encore la moelle pour s’occuper de cela. »

L’entraîneur poursuit : « Le véritable problème de ce métier, c’est qu’on prend des décisions sur le papier, mais qui ne peuvent pas être mises en œuvre dans la réalité. Et les gens ne s’en rendent pas compte. Lors du séminaire de l’obstacle, on a par exemple expliqué qu’il fallait trouver de nouveaux propriétaires. Petit exemple : nous avons à l’écurie un jeune cheval, Fil d’Or, appartenant à des clients irlandais qui nous ont fait confiance. Il a débuté à Royan dimanche dernier dans un bumper pour s’éduquer. J’ai voulu envoyer la course aux propriétaires. Mais le film est catastrophique ! Le technicien n’a filmé que l’arrière de la course. On ne peut pas envoyer ce genre de film à un propriétaire qui a mis 100.000 € dans un cheval. C’est se moquer d’eux ! Ce n’est pas tolérable. Nous sommes en permanence confrontés à des situations calamiteuses parce que ce qui compte dans notre société, ce n’est pas la réussite de ce que l’on entreprend, c’est le confort du salarié. Mettez The right man at the right place et tout fonctionne ! »

Feu Follet pour se consoler. Il est temps de parler "sport", et des partants du samedi d’Auteuil. Feu Follet (Kapgarde), qui a chuté dans le Grand Steeple alors qu’il semblait loin d’être battu, tentera de se consoler dans le Prix des Drags. Guillaume Macaire explique : « Feu Follet est bien rentré du Grand Steeple : il est dans un état impeccable. Il n’a pas fait l’effort au moment où cela devenait dur… C’est pour ça que c’est une opération de consolation. » Impressive (Kapgarde) représentera les intérêts du duo dans le Prix Aguado (Gr3) : « Tonguetted (Kapgarde) a mal couru la dernière fois et sa prise de sang n’était pas bonne. Il avait un fort taux de globules blancs. On a été embêté cette année, et 50 % des poulains ont connu une attaque virale. Impossible de savoir ce que c’est. Impressive n’a pas fait sa course l’autre jour non plus, car il n’a pas été monté dans la défense de ses intérêts. Je n’avais pas donné ces ordres. On est tributaire des jockeys... Le terrain va être plus roulant et on doit adopter une méthode conforme aux aptitudes du cheval. »

La drôle de performance de Galléo dans le Grand Steeple. Galléo Conti (Poliglote), qui occupe le box à côté du bureau de ses deux entraîneurs, a remarquablement couru dans le Grand Steeple. Et avec les explications de Guillaume Macaire, on mesure même à quel point sa troisième place est une vraie performance : « Galléo Conti est très bien. Nous le laissons tranquille pour le moment. Il est plus facile à engager que Feu Follet car il n’a pas les surcharges. À l’automne, il n’y a que le Héros XII pour préparer La Haye Jousselin, donc il faudra trouver une autre course. Peut-être que nous irons à Clairefontaine, dans une course facile en haies. On aura un coup d’avance. Il a encore besoin de se construire, de vieillir. Nous avons des complications terribles pour préparer le Grand Steeple. Des problèmes de pied, des emmerdes à n’en plus finir ! Il a une préparation que l’on peut qualifier de calamiteuse. Si le cheval n’était pas exceptionnel, il n’aurait pas pu fournir cette performance. Il se déferre tout le temps, même dans le box, en se marchant dessus. Son fer tourne, et il se rentre des clous dans le pied, ce qui provoque des abcès ! Il a des cloches au box, d’autres quand il sort. Avant le Grand Steeple, il a connu cet avatar. Nous avons été obligés de le sortir plusieurs jours sans fer, car on ne pouvait même pas le referrer. Comme tous les Poliglote, il a des pieds plats donc ils sont plus délicats à ferrer car les clous sont plus près de la viande. Il a couru avec des fers collés, mais on ne peut pas les garder tout le temps car, du fait de leur rigidité, ça fend le pied quand celui-ci grandit. On a pu lui mettre des fers collés pour la course. Heureusement, il lui faut relativement peu de travail, ce qui m’a incité à courir. S’il avait pu se préparer normalement, je pense notamment qu’il aurait été deuxième. Je ne vous dis pas le nombre de jours que nous avons perdus ! C’était vraiment du précaire. »

Des histoires de ce genre, Guillaume Macaire, qui sait que le diable se niche dans les détails, en a d’autres à raconter. « Quand Storm of Saintly (Saint des Saints) a gagné le Grand Steeple, il s’était donné un coup une dizaine de jours avant la course, qui avait répandu du sang en face interne du canon. La force de ce cheval c’était d’être zen et de ne jamais tirer. Il ne fallait surtout pas qu’il prenne de la fraîcheur. Mais au trot, il était boiteux ! J’ai été obligé de le sortir 4 ou 5 heures par jour au pas. Il sortait trois fois par jour. Une fois le matin au marcheur, une fois à la mer pour qu’il marche dans l’eau, puis encore au marcheur… Il a fait ça pendant quatre jours. Et il a gagné ! »