Christian <span class="highlightSearchResult">Baillet</span> : « On ne tombe pas toujours sur des bons chevaux… Mais il faut savoir le vivre avec élégance ! »

Courses / 07.06.2021

Christian Baillet : « On ne tombe pas toujours sur des bons chevaux… Mais il faut savoir le vivre avec élégance ! »

LE PROPRIÉTAIRE DE LA SEMAINE

Ex-président du Jumping Owners Club, l'association des propriétaires de chevaux de CSO, Christian Baillet est probablement le seul à avoir gagné à la fois un classique (avec Style Vendôme) et une médaille d'or olympique (avec Rahotep de Toscane). Voici un extrait de l'entretien qu'il nous a accordé. Pour le retrouver en intégralité - au format audio - rendez-vous sur JDG Radio, en cliquant ici https://www.jourdegalop.com/podcasts

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. - Vos galopeurs sont en forme, avec six victoires sur leurs dix dernières sorties. Et Caprice des Dieux vient de gagner sa Classe 1 à Saint-Cloud. Que pensez-vous de sa victoire ?

Christian Baillet. - Ses premières victoires étaient encourageantes, mais on ne connaissait pas exactement le niveau de la concurrence. Alors qu'à Saint-Cloud on sait qu'il avait affaire à des concurrents de bon niveau. Son parcours et son accélération ont été faciles. Son jockey a été très bon car il n'a jamais été dans le rouge. C'est donc très encourageant. Après avoir commencé en province, il monte régulièrement les étapes. On va voir la suite…

L'aventure avec la famille de Ganay, vos associés au galop, se poursuit donc…

Absolument. Cela a commencé il y a environ vingt ans avec André de Ganay, qui nous a quittés depuis. C'est lui qui a choisi le nom de Caprice des Dieux (Declaration of War). Son fils [Jean de Ganay, ndlr] a repris le flambeau. Je suis ravi de continuer cette aventure. Nous avons beaucoup de bons souvenirs. Même dans les périodes moins fastes, ce n'est pas grave, car il y a la passion du cheval et des courses. On ne tombe pas toujours sur des bons chevaux… Mais il faut savoir le vivre avec élégance !

Quand Rahotep de Toscane a gagné sa médaille d'or par équipe aux JO, vous avez insisté sur la valeur des victoires collectives. Avec Caprice des Dieux, c'est une autre forme de partage, car vous êtes associé avec Jean de Ganay. Pour vous, en quoi est-ce important ?

Si vous avez la moitié ou un tiers d'un cheval avec des amis, cela ne réduit en rien votre satisfaction. En course comme à l'entraînement. Le plaisir n'est pas divisé : c'est presque le contraire. Et puis les victoires, c'est avant tout des moments de partage. Avec l'entraîneur et le jockey en premier lieu. Si on est deux ou trois propriétaires, c'est exactement la même chose.

Par ailleurs, à deux ou trois, avec le même budget, vous pouvez multiplier vos chances d'avoir un cheval qui court bien. Par exemple, grâce à Nicolas Clément, j'ai rejoint une association avec quatre autres personnes. Nous avons fait un syndicat pour acheter cinq chevaux dont nous possédons tous 20 %. Chacun portant la casaque d'un associé. Dans tous les cas, c'est une joie d'équipe.

Au galop, comme en saut d'obstacles, vous êtes un propriétaire très fidèle. Notamment avec le cavalier Philippe Rozier et l'entraîneur Nicolas Clément. Pourquoi ?

Philippe Rozier et Nicolas Clément sont de grands professionnels. Quand vous avez affaire à des gens de qualité, ce n'est pas en changeant que vous améliorez les choses. Bien sûr, de temps en temps, il y a des points à améliorer. On peut avoir des discussions et challenger son entraîneur. Mais quand on connaît une période de moindre réussite, la solution n'est pas de changer de maison.

Être propriétaire, c'est ma passion. Pas mon métier. Et j'aime que la passion soit satisfaisante. À tous points de vue. Philippe Rozier comme Nicolas Clément sont des amis très chers. Et lorsque l'on partage une même passion, finalement, c'est plus agréable de le faire en compagnie des gens avec lesquels on s'entend bien. Au-delà des liens professionnels, il y de l'amitié et beaucoup de respect, dans les deux sens. Cela fait donc plus de trente ans que j'ai des chevaux chez Philippe Rozier et plus de vingt avec Nicolas Clément.

Au galop, où les poids lourds dominent les belles courses, vous avez fait courir beaucoup de bons chevaux, sans avoir un effectif important. Et ceux que vous avez vendus ont confirmé chez leurs nouveaux propriétaires. On peut penser à Talco (Shoemaker Mile Stakes, Gr1), Yellow and Green (Prix de Malleret, Gr2), Style Vendôme (Poule d'Essai des Poulains, Gr1), Prestige Vendôme (deuxième de la Poule d'Essai des Poulains, Gr1), Vaniloquio (deuxième du Critérium de Maisons-Laffitte, Gr2), Melon (WKD Hurdle, Gr2, sept fois sur le podium d'un Gr1 en obstacle)… Quel regard portez-vous sur cette réussite ?

Il faut être réaliste : c'est la combinaison de trois facteurs. Le premier, c'est que j'essaye de le faire sérieusement, sans céder aux coups de cœur. Je commence un peu à connaître les pedigrees. Pour le modèle, je m'entoure des conseils de personnes qui ont un œil averti [la quasi-totalité des achats aux ventes sont effectués par Nicolas Clément et Tina Rau, ndlr].

Enfin, le troisième paramètre, c'est la chance. J'en ai eu plus que la moyenne. Cela se traduit, avec un petit nombre de chevaux, par un résultat favorable. Il ne faut jamais oublier ce troisième facteur, que l'on ne maîtrise absolument pas. Mais les deux premiers sont aussi indispensables. Comme en course : il faut bien préparer, bien engager, bien choisir le jockey… Et ensuite la chance joue sa partie, dans le parcours notamment. Pour les achats, c'est un peu la même chose… Par ailleurs, il faut dire que j'ai aussi eu des achats moins heureux. Plus souvent d'ailleurs pour des raisons de santé, mais parfois aussi par manque de compétitivité.

Si vous deviez détacher un souvenir, quel est le plus fort de tous ?

De manière assez évidente, la victoire de Style Vendôme (Anabaa) dans la Poule d'Essai. C'était loin d'être écrit. Et le cheval n'était pas favori. Mais il y a une convergence de facteurs. Le poulain était sur la montante. L'entraîneur le sentait bien. La préparation avait été plus facile, moins fatigante que pour certains de ses concurrents. Ce fut notre première victoire dans un Gr1. Inoubliable.

Avez-vous couru à l'étranger ?

Oui, mais pas beaucoup. Nous avons gagné le Derby d'Autriche, une épreuve qui accueille rarement des chevaux français. Avec André de Ganay et Nicolas Clément, nous avions été reçus de manière formidable par les organisateurs. Et le cheval a gagné.

Nous avons aussi couru en Angleterre. Mais il faut que cela soit des situations très spéciales, comme des opportunités dans le programme. André de Ganay avait son élevage en Argentine, où il faisait courir. Il vivait dans ce pays. Il faut savoir qu'il allait presque tous les matins à l'entraînement. Jusqu'au dernier jour, celui de son décès. Cela prouve son engagement pour cette passion.

Mes galopeurs sont basés à Chantilly et cela me permet de les voir de temps en temps. Je suis encore assez actif, mais j'ai désormais un peu moins de contraintes professionnelles. J'essaye donc d'assister à plus de courses. Et c'est plus facile quand vous courez à Chantilly, Saint-Cloud, Longchamp ou même Deauville… qu'à l'autre bout du monde.

Comment et avec qui avez vous débuté au galop ?

Pour des raisons professionnelles, je voyais régulièrement André de Ganay. Il avait arrêté de faire courir en France et regrettait cela. Un jour il m'a dit : « Toi qui aimes tant le jumping, sache que le pur-sang est le roi des chevaux. » Je lui ai répondu : « Je ne souhaite qu'une chose, c'est un jour ou l'autre de pouvoir m'y intéresser, mais je n'en ai jamais eu l'occasion. » André de Ganay souhaitait donc relancer la casaque familiale en France et j'ai sauté sur l'occasion en m'associant avec lui. Voilà comment tout a commencé, il y a un peu plus de vingt ans.

Vous avez la chance d'avoir un bon étalon de jumping, Lauterbach, déjà père de gagnants internationaux. Est-ce que vous souhaitez également développer une activité d'étalonnage avec Rahotep de Toscane ?

À partir de l'an prochain, c'est clairement mon souhait pour Rahotep de Toscane (Quidam de Revel). Il a été un peu prélevé quand il était en compétition. Mais il était compliqué. Nous avons beaucoup de demandes depuis l'annonce de la fin de sa carrière sportive. J'ai reçu des dizaines de demandes, y compris de gens qui souhaitent s'occuper de sa commercialisation, aux États-Unis, en Belgique, en Hollande… Pour l'instant, je n'ai pris aucun engagement. Je vais m'en occuper à l'automne prochain.

Seriez-vous tenté par l'élevage des galopeurs ?

J'ai un haras dans l'Eure. Et un autre à Deauville que j'ai revendu, car j'habite à l'étranger. C'est une activité que je comprends mais qui est faite pour ceux qui en font leur métier. Avoir des chevaux à l'élevage à droite ou à gauche, cela me passionne moins. Quitte à faire l'élevage, j'ai envie de m'en occuper, pas de confier cela à d'autres. J'ai donc quasiment arrêté l'élevage de chevaux de selle, que j'ai pratiqué par le passé, tout en sachant qu'il est difficilement conciliable avec celui du pur-sang. C'est tellement différent qu'il est difficile de faire les deux au même endroit et avec le même personnel. Enfin, je ne conçois l'élevage qu'à partir de souches de grande qualité. Or je n'ai pas ces juments au galop, et il est compliqué et onéreux de trouver ces souches de valeur.

En trois décennies de propriétariat dans les chevaux de selle, vous avez vu le prix des bons sujets augmenter de manière considérable. Au point d'approcher, pour les meilleurs, la valeur des très bons galopeurs. C'est énorme !

Absolument, alors qu'il n'y a pas les mêmes gains à l'arrivée. Il y a vingt ou trente ans, le profil de ceux qui pratiquaient le concours à haut niveau était très différent. Nous avons assisté à une arrivée importante de personnes fortunées. Le prix des bons chevaux a donc flambé, même si ce n'est pas l'unique raison. Acheter un cheval 1, 2 ou 3 millions ne représente pas la même chose si votre fortune se compte en milliards ou en millions.

Les propriétaires sont-ils mieux accueillis sur les concours de haut niveau que sur les champs de courses français ?

Sur les concours, ils sont la plupart du temps accueillis en payant. La différence, c'est que cet accueil existe désormais, alors qu'il n'y en avait pas vraiment par le passé.

Dans les courses, cela reste mieux organisé. Le propriétaire fait, historiquement, plus partie intégrante du monde des chevaux de course et, culturellement, de l'organisation de la filière. Dans le jumping, il n'y a pas cette tradition. Même si des efforts ont été entrepris suite aux demandes des propriétaires. Mais souvent, c'est en payant. Cela s'améliore donc, mais ce n'est pas un accueil supérieur à celui du monde des courses…

Après quelques décennies au galop, quel est selon vous le moteur de votre passion ?

J'aime viscéralement les chevaux. Je peux passer beaucoup de temps à admirer un beau cheval. Et un bon cheval en plein effort - que ce soit lors d'une course ou d'un parcours de saut - me rend admiratif de la même manière. C'est magnifique. Et c'est pour cela que je tiens à ce que mes chevaux soient bien entretenus et bien montés. Cela fait partie de ce que j'apprécie.

Enfin, j'aime la compétition et son adrénaline. Dans le monde du cheval, ce sont des moments très satisfaisants… C'est un plaisir immense.