Comment les Yoshida financent l’achat des meilleures juments au monde 

International / 29.06.2021

Comment les Yoshida financent l’achat des meilleures juments au monde 

Les frères Yoshida ont acquis les gagnantes de la Poule d’Essai des Pouliches, du Prix Saint-Alary et du Prix de Sandringham (Gr2). L’achat de Cœursamba (The Wow Signal), Incarville (Wootton Bassett) et Tahlie (Rio de la Plata) prouve encore une fois toute la puissance financière de l’élevage japonais. Un pays qui a évolué de manière impressionnante en l’espace de quelques décennies… et dont la puissance de feu est infiniment supérieure à celle des éleveurs français.

Les allocations, la base de tout. Teruya Yoshida aimait dire qu’il y avait « un Japon hippique avant Sunday Silence (Halo)… et un après son arrivée ». L’américain a débuté sa carrière d’étalon à Shadai en 1991, sur suggestion d’Emmanuel de Seroux et après une longue négociation conduite par Susan McNew, directrice de Fontainebleau Farm, le haras américain de la famille Yoshida. Zenya Yoshida avait acquis 25 % du cheval à la fin de sa campagne de 3ans. Pour cela, le patriarche avait déboursé 2,5 millions de dollars. Avec 7,5 millions supplémentaires, il a obtenu la totalité de l’étalon qui a changé le destin de l’élevage nippon. Même si Shadai était déjà tête de liste des propriétaires et des éleveurs avant Sunday Silence. En 1990, les allocations japonaises s’élevaient à 86,91 milliards de yens (656,66 M€). L’année dernière, dans le circuit JRA, les allocations ont atteint 119,53 milliards (903,25 M€) avec 22,51 milliards (17,11 M€) pour la deuxième ligue, la NRA. La moyenne des gains pour les 11.422 chevaux qui ont couru dans la JRA s’est fixée à 10,46 millions de yens (79.000 €). Ça laisse rêveur et cela représente un apport considérable et constant pour la filière.

Plus de 4.000 saillies pour les étalons de Shadai. Les allocations qui atterrissent dans les poches des propriétaires permettent de comprendre en partie le poids de cette famille sur le marché. Mais ce n’est qu’une partie du financement du système. L’élevage japonais compte près de 10.000 poulinières, pour environ 7.500 naissances. La puissance des Yoshida commence le jour de la saillie. Chaque saison, plus de 4.000 poulinières visitent les étalons stationnés à Shadai, c’est-à-dire 40 % du total. Et encore, c’est sans compter ceux jugés pas assez bons par la maison mère et qui officient donc dans d’autres haras. Cela représente des sommes considérables.

Ces dernières années, Shadai a dû gérer la perte des deux grands sires du pays, Deep Impact (Sunday Silence) et King Kamehameha (Kingmambo). Mais aussi la retraite d’Heart’s Cry (Sunday Silence). Les successeurs les plus probables, produits par les classiques japonais, sont chez Shadai. De jeunes étalons venus de l’étranger pointent le bout de leur nez. Comme les champions sprinters américains Drefong (Gio Ponti) et Mind Your Biscuit (Posse), le cheval de l’année aux États-Unis Bricks and Mortar (Giant’s Causeway), le talentueux Nadal (Blame) ou le classique européen Siskin (First Defence).

Le poids des ventes. Les propriétaires japonais disposent de fortunes importantes et ils sont bien soutenus par la puissance des allocations. Logiquement, ils ont beaucoup d’argent à dépenser aux ventes, où les Yoshida sont des acteurs majeurs.

Northern Farm, l’entité de Katsumi Yoshida, a remporté en 2020 son seizième titre de tête de liste des éleveurs, avec 16,33 milliards de gains (123,43 M€). Et, aux ventes, les résultats de Shadai Farm et Northern Farm sont exceptionnels. L’année dernière les yearlings et les foals de Northern Farm ont généré un chiffre d’affaires de 11,38 milliards de yens (86,01 M€) pour 182 vendus. Les 93 lots de Shadai Farm représentaient 3,34 milliards de yens (25,28 M€). Le total de la vacation était de 18,76 milliards (141,76 M€) et les deux frères représentaient plus de 60 % du total.

La solidité des syndicats. Au Japon, les ventes aux enchères ne sont pas la seule manière de trouver des clients pour les jeunes chevaux de grande qualité. La formule des syndicats est très populaire. Les chevaux sont vendus en 400 parts, pour des prix très raisonnables. Plusieurs écuries de groupes existent : Sunday Racing, Silk Racing, U Carrot Farm. Les associés ont droit à 0,25 % des gains. Le 3ans Efforia (Epiphaneia), lauréat du Satsuki Sho (Gr1) et deuxième du Japanese Derby (Gr1), a décroché pour ses propriétaires 279 millions de gains, c’est-à-dire que chaque porteur de part a empoché presque 700.000 yens pour un investissement de 70.000. Les chevaux de ces syndicats reviendront en fin de carrière à l’éleveur, qui garde le contrôle des droits de reproduction. U Carrot Farm, pour ne citer qu’eux, a syndiqué 97 sujets pour une valeur de 3,21 milliards (24,25 M€).

Les investissements dans les femelles. Pour arriver au sommet et y rester, les frères Yoshida investissent beaucoup sur le marché des femelles. Cela permet de sortir des top chevaux de course et des pedigrees de haut vol pour les meilleures ventes japonaises.

Ces dix dernières années, selon la base de données de Bloodhorse, Northern Farm a acheté aux enchères 135 femelles pour 133,19 millions de dollars (111,59 M€). Et Shadai Farm en a acquis 126 pour 87,63 millions (73,41 M€). Et c’est sans compter les dizaines de pouliches et de poulinières achetées à l’amiable, comme Cœursamba, Incarville et Tahlie. La puissance des Yoshida et la réussite de l’élevage japonais n’ont rien du miracle. C’est un cercle vertueux, basé sur des allocations importantes, un marché sain, des formules qui marchent et un seul mot-clé : la qualité. Au Japon, il n’y pas de pétrole, mais il y a beaucoup d’idées…

LES ACHATS DE FEMELLES EN VENTES PUBLIQUES INTERNATIONALES DEPUIS 2011 PAR LES FRÈRES YOSHIDA

Année

Entité

Nombre femelles

CA ($)

Entité

Nombre femelles

CA ($)

2020

Northern Farm

14

10 982 960

Shadai Farm

9

6 011 971

2019

Northern Farm

16

16 744 599

Shadai Farm

12

7 562 434

2018

Northern Farm

22

20 269 803

Shadai Farm

18

8 757 034

2017

Northern Farm

15

14 010 496

Shadai Farm

13

8 181 082

2016

Northern Farm

9

6 547 809

Shadai Farm

9

9 626 064

2015

Northern Farm

12

13 592 275

Shadai Farm

16

7 190 430

2014

Northern Farm

11

14 019 528

Shadai Farm

11

9 820 464

2013

Northern Farm

8

8 809 350

Shadai Farm

9

9 245 505

2012

Northern Farm

16

17 162 441

Shadai Farm

19

13 175 216

2011

Northern Farm

12

11 058 663

Shadai Farm

10

8 069 121

Total

135

133 197 924

126

87 639 321

Tahlie reste chez Pascal Bary en vue du Prix Rothschild

La pouliche n’a pas quitté son box, chez Pascal Bary. Tahlie (Rio de la Plata), lauréate du Prix de Sandringham (Gr2), va donc finalement rester en France. Si tout se passe bien, elle sera au départ du Prix Rothschild (Gr1), le 3 août à Deauville. Une course pour étoffer encore davantage son CV de future poulinière pour Teruya Yoshida.