Le propriétaire de la semaine  Denys Audouard : « Paradiso, c’est un aboutissement »

Courses / 17.06.2021

Le propriétaire de la semaine Denys Audouard : « Paradiso, c’est un aboutissement »

Le propriétaire de la semaine

Denys Audouard : « Paradiso, c’est un aboutissement »

Au travers de Génétique Obstacle, Denys Audouard est le copropriétaire de la nouvelle sensation de l’obstacle français, Paradiso (Kapgarde). Quelques jours après le Prix Aguado (Gr3), il s’est confié… Voici un extrait de son interview. Pour le retrouver en intégralité, cliquez ici

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Jour de Galop. – Que ressent-on quand on voit son cheval s’imposer dans un style ?

Denys Audouard. – On crie ! C’est un aboutissement. On le fait pour ces moments-là. Nous essayons vraiment d’avoir des chevaux comme lui. Et parfois, on passe à côté. Ce fut un superbe après-midi. Nous ne sommes pas allés le voir lors du Wild Monarch (L) car nous avons eu peur des retours à la maison difficiles, même si David Cottin nous avait dit que c’était un super cheval.

Vous avez débuté dans les sports équestres.

J’ai monté à cheval dans mon enfance. Dans les années 1990, j’ai acheté une première jument anglo-arabe. Elle a fait la finale de Pompadour en concours complet avec Nathalie Desoutter… qui avait 15 ans ! J’ai élevé une championne Pottock au Pays basque. J’ai par ailleurs été l’éleveur ou le propriétaire d’un certain nombre de chevaux de sport. Le dernier étant Shamadala de Buissy (Laurier de Here) [lauréate de 77 épreuves, dont plusieurs 1m35, ndlr]. Depuis, j’ai arrêté… Aujourd’hui, elle est poulinière. J’ai eu quelques satisfactions, mais pas que… car c’est un métier très ingrat que celui de l’éleveur de chevaux de sport.

Mais j’adore l’élevage. Ma première poulinière de course – Ma Melissa (Fabulous Dancer) – nous l’avons achetée à trois. C’était une gagnante du Prix de Navarrenx. Elle nous a donné trois ou quatre chevaux. Pour son fils Melissanto (Saint des Saints), j’avais appelé Guillaume Macaire que je ne connaissais pas et il m’avait dit : « Un Saint des Saints (Cadoudal) qui ne gagne pas, je ne connais pas. Envoyez-le-moi. » Et il a gagné deux petites courses. Jusqu’à Ramina (Shirocco), l’élevage de course n’a pas été une grande réussite [Ramina, l’unique poulinière de Génétique Obstacle, a donné le deuxième de Gr1 Nassalam, ndlr].

Vous êtes associé sur la carrière de poulinière de Kayanoura avec Nathalie Desoutter. Quelle est son histoire ?

Kayanoura (Kahyasi) c’est l’essence même de ma présence dans les courses. Nathalie Desoutter m’avait suggéré de m’associer sur cette jument à réclamer. J’aime bien les associations et les histoires d’amitiés ! Entraînée par Philippe Sogorb, elle nous a fait vivre une aventure extraordinaire [deuxième du Prix Camille Duboscq, Listed, ndlr].

À l’élevage, nous sommes trois associés : Nathalie, Jacques Crouzillac et moi-même. Son premier partant est Riskaya (No Risk at All). Après une course à réclamer, Frédéric Rault en a acheté une partie.

Nathalie, c’est le fil conducteur de mon activité hippique. Nous partageons de bons moments.

Le 5 avril 2013 restera une journée à part pour vous…

Ce jour-là, Kayanoura s’est classée deuxième du Prix Guy Hunault à Auteuil. Ce fut l’une des plus belles journées de courses de ma vie. En effet, lors de la même réunion, Bébé Star (Saint des Saints) remportait le Prix Champaubert. Les deux sous mes couleurs. C’était extraordinaire.

Au-delà des courses, vous êtes impliqué dans d’autres sports. Quel est votre rôle au niveau de la Ligue nationale de rugby ?

J’ai été trésorier de l’US Tyrosse. À cette période, nous avions failli monter en Pro D2. Des moments magiques. Le parrain de mon fils, Jean-Christophe Rougé était un peu l’éminence grise de Serge Blanco au Biarritz Olympique. Il était l’un des responsables de la direction nationale d’aide et de contrôle de gestion de la Ligue nationale de Rugby. J’ai proposé d’y participer, étant expert-comptable. On m’a demandé de faire partie de la commission de contrôle des agents de joueurs il y a un peu plus d’un an…

Vous vivez dans une région formidable…

J’ai habité à Paris de 1953 à 1965. Quand mon grand-père venait à Hossegor, il n’y avait qu’une seule maison. Nous y allions à toutes les vacances. C’était notre raison d’être. J’ai beaucoup pratiqué la moto, décrochant le championnat de ligue d’endurance. Je vis dans un pays extraordinaire. J’ai pratiqué le surf aussi. Les Américains et les Australiens, qui ont un certain ego, viennent ici pour cela. Et ils s’y installent. C’est bien qu’il doit y avoir quelque chose ! C’est une région extraordinaire…

Qui sont les chevaux qui vous ont le plus marqué au sein de Génétique Obstacle ?

Pour moi, LE cheval, c’est Bébé Star. Il fait partie de la première génération de huit chevaux que Paul Basquin a achetés pour Génétique Obstacle. L’objectif est d’avoir du pedigree pour pouvoir atteindre un certain niveau de performance par la suite. Même si parfois il faut savoir vendre. Car certaines offres sont trop élevées pour être refusées. Après la victoire de Bébé Star dans le Champaubert, sous mes couleurs, Guillaume Macaire nous a dit : c’est un cheval de Grand Steeple. L’été, nous avons eu une grosse offre irlandaise. Il m’a proposé une nouvelle association au moment où Paul Basquin et Marie-Thérèse Dubuc-Grassa voulaient vendre. Le cheval a gagné le Prix Congress (Gr2) et décroché de très belles places, avant de disparaître accidentellement à la rivière des tribunes. Une grande tristesse.

Et les autres ?

Dans le désordre, il y a bien sûr Abbyssial (Beneficial). Je l’avais vu chez Paul Basquin. Il a une place un peu à part. Chez Paul Basquin, il avait déjà un abattage terrible et il me plaisait beaucoup. Le cheval termine troisième en débutant à Auteuil après avoir animé [exporté, il a gagné deux Groupes, dont un Gr1 en Irlande, ndlr].

Je garde aussi un grand souvenir de Burrows Saint (Saint des Saints). Après que je l’ai vendu, il est revenu courir le Grand-Steeple Chase de Paris (Gr1), terminant cinquième.

Let’s Dance (Poliglote) était une petite chose. Et ce qu’elle a fait – cinq victoires de Groupe – c’est extraordinaire. Je suis allé en voir certains courir en Angleterre.

On veut du plaisir aux courses, mais il faut aussi savoir vendre pour assurer le côté économique. Cela a toujours été très clair avec Paul Basquin.

Pour assurer la trésorerie, il faut jongler entre courses et ventes. Sauf si vous tombez sur un cheval exceptionnel. Des Paradiso, il n’y en a pas beaucoup... Le mérite revient à Paul Basquin. Car je n’étais pas très chaud pour acheter un yearling à 150.000 € à Deauville. Il a eu le nez creux.

À ce jour, j’ai été associé sur deux gagnants de Groupe en obstacle. Avec ma mise de fonds limitée, ce serait inimaginable en plat.

En obstacle, la main de l’homme est plus apparente. Avec une routine d’entraînement qui est extraordinaire. Et l’adrénaline est encore plus forte. Le ventre se serre à chaque obstacle ! C’est quand même aussi pour ça qu’on va aux courses... Avec les chevaux de sport, il faut attendre 80 numéros pour savoir si on a gagné. Les courses, c’est une adrénaline puissance 10. Le sport, c’était plutôt une histoire d’amitiés, de copains. Mais les courses – comme l’élevage – réclament plus de patience. En comparaison, il y a des concours toutes les semaines...

Je passe aussi beaucoup de bons moments avec Paul Basquin. Désormais, c’est surtout lui qui est en contact avec les entraîneurs...

Que préférez-vous dans les courses ?

À la fois, l’aventure humaine et les chevaux. Dans le cas de Génétique Obstacle, j’ai un lien quasi quotidien avec Paul Basquin. J’ai aussi un lien fort avec Nathalie. Je regarde tous les jours ce qu’elle a fait dans Jour de Galop. En obstacle, comme au trot, j’aime le côté "campagne". Je suis allé à Cheltenham avec Jean-Pierre Rivière. Et puis, j’aime les chevaux. J’ai passé beaucoup de temps avec Bébé Star. Ce sont des moments privilégiés. Quand on vend un cheval, c’est pour acheter le suivant. Et lancer de nouvelles aventures de copains !