Qatar Prix du Jockey Club - J-4 : Stéphanie Nigge : « Un privilège et un honneur »

Courses / 01.06.2021

Qatar Prix du Jockey Club - J-4 : Stéphanie Nigge : « Un privilège et un honneur »

Dans la carrière d’un jeune entraîneur, avoir un partant dans le Prix du Jockey Club (Gr1), c’est un grand moment. Mais en avoir deux, c’est exceptionnel !  C’est le cas de Stéphanie Nigge, qui va présenter Normandy Bridge ** et Millebosc dimanche à Chantilly.

Par Adrien Cugnasse

Stéphanie Nigge nous a expliqué : « La course est très ouverte, avec beaucoup de partants, et le facteur chance aura aussi sa place. C’est un privilège et un honneur d’y participer. » Mardi, il faisait chaud sous le soleil de Chantilly. Mais des précipitations sont attendues pour la fin de semaine. Dans l’éventualité où le terrain serait malgré tout bon, l’entraîneur détaille : « Les deux poulains préfèrent le souple. Mais ils ont déjà été performants dans le bon terrain. Tant que ce n’est pas "de la route", ils seront compétitifs. »

Un test pour Millebosc. Millebosc (Le Havre) n’a couru que trois fois et il reste sur une bonne deuxième place dans le Prix de Guiche (Gr3, 1.800m) de Makaloun (Bated Breath). Pas facile de prévoir si le poulain va aisément dépasser les 2.000m, lui qui n’a encore été testé au-delà de 1.800m. La distance moyenne de victoire des produits de son père, Le Havre (Noverre), est 1.937m. Mais la mère de Millebosc, Mixed Intention (Elusive City), n’a jamais franchi le mile avec succès en compétition. Pour compliquer encore un peu les choses, sa propre sœur, La Houblonnière, avait gagné une Classe 1 sur 2.400m ! L’entraîneur explique : « Millebosc va très bien. On y va ! Il y a beaucoup de vitesse dans son origine. Mais il vient de bien courir sur 1.800m à Chantilly. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de cette course qu’un poulain se présente sans avoir de certitudes sur sa tenue. En Australie, les chevaux courent et gagnent sur une large variété de distances. Il faut donc l’essayer, tout en sachant que les chevaux évoluent avec le temps. Nous allons plutôt le monter pour lui, à l’arrière-garde. Et le Prix de Guiche est une bonne préparatoire. D’ailleurs, les quatre premiers seront au départ, dimanche à Chantilly ! » Stéphanie Nigge entraîne aussi Milly (Le Havre), une propre sœur de Millebosc : « Parmi mes femelles de 2ans, elle fait partie de mes préférées. Elle montre déjà de bonnes choses. Mais physiquement, elle n’a rien à voir avec son frère. » Millebosc et Milly portent les couleurs de leur éleveur, Gérard Augustin-Normand. Un propriétaire dont la réussite dans le Derby français est assez extraordinaire, avec trois victoires en un peu plus d’une décennie, grâce à Le Havre (en 2009), Almanzor (en 2016) et Brametot (en 2017).

Normandy Bridge, un cheval de tenue en devenir. Normandy Bridge ** (Le Havre) a montré de très grands moyens à 2ans. Il s’est classé quatrième du Prix Djebel (Gr3) pour sa rentrée. Il a ensuite été fortement bousculé dans l’Emirates Poule d'Essai des Poulains (Gr1). Stéphanie Nigge poursuit : « Bizarrement, la Poule d’Essai a vraisemblablement fait du bien à Normandy Bridge. Il a bien pris sa course et a bien changé. Physiquement, il a pris de l’état. C’est plutôt bon signe. Il n’a pas eu une course dure et n’a couru que 200m. Après avoir enclenché à 200m du poteau, il est revenu sans souffler. Gérald Mossé l’a monté pour l’avenir, sans être dur. Normandy Bridge va tenir les 2.100m sans aucun problème. C’est un grand cheval, avec une grande action et qui a besoin de courir. Je ne pouvais le rallonger trop tôt. Dans le Prix Djebel, j’aurais bien sûr préféré qu’il puisse avoir une course différente. En venant finir. Avec la maturité, en se posant, il finira sûrement sur 2.400m un jour ou l’autre. Il les origines, l’action et le physique pour cela… »

Une ambition internationale. Normandy Bridge court pour Gérard Thomas Ryan. Ce propriétaire a un palmarès enviable dans l’hémisphère Sud où le niveau des allocations est très supérieur à celui de la France. Pour un Australien, faire courir en France, c’est donc en quelque sorte ne pas profiter de gains potentiels plus élevés à domicile. Gérard Thomas Ryan a pourtant confié huit chevaux à Stéphanie Nigge, laquelle explique : « L’élevage australien produit peu de chevaux pour aller au-delà de 1.600m.  L’idée de ce propriétaire est d’avoir des chevaux en France dans l’espoir d’en faire éventuellement venir un pour la Melbourne Cup (Gr1). Le timing est très bon pour ce déplacement avec les chevaux européens. Comme ce fut le cas avec Américain (Dynaformer) pour ce propriétaire. Un cheval que j’ai bien connu… Normandy Bridge sera-t-il un jour ce cheval de Melbourne Cup ? Peut-être. » Polyglotte, Stéphanie Nigge n’a pas encore eu de partants dans des Groupes à l’étranger. Mais les mois à venir pourraient lui offrir une possibilité avec le 3ans San Isidro (Power), brillant en début de carrière à 2ans et qui vient de gagner le Prix d'Éventard (Classe 1). Elle explique : « Suite à sa victoire de Classe 1, son programme est un peu bloqué. Parmi ses possibilités, il y a le Prix de Saint-Patrick (L, 1.600m), début juillet à Chantilly, et le Prix Daphnis (Gr3), fin août. C’est un poulain en progrès, mais il est encore entre deux niveaux. Aussi, il serait peut-être intéressant de viser un Gr3 à Düsseldorf au début du mois de juillet. Sur 1.600m, la concurrence est plus accessible en Allemagne. En sachant qu’on voyage souvent hors de France avec des chevaux d’âge. Or, pour l’instant, j’ai surtout des 2ans et 3ans. »

Des Françaises qui ont de l’ambition. On sait que les femmes jockeys sont plus nombreuses à haut niveau outre-Manche. Mais chez les entraîneurs, c’est le contraire. Elles sont deux à avoir gagné le Prix du Jockey Club (Gr1) en tant que metteur au point. Mais aucune le Derby d’Epsom (Gr1). Il y a presque neuf femmes dans le top 100 des entraîneurs français en plat, selon les données mardi matin. Contre sept dans l’équivalent anglais et six en Irlande. Des données un peu en trompe-l’œil car certaines apparaissent dans les deux classements outre-Manche. Stéphanie Nigge poursuit : « Je n’ai pas d’explications à cela. Peut-être que le fait d’avoir eu des exemples positifs a incité d’autres de se lancer. Quand on voit ce qu’ont réalisé Isabelle Pacault et Louisa Carberry, ça fait rêver. En plat, Pia Brandt, Myriam Bollack-Badel et Christiane Head nous ont donné de l’espoir ! »

Ce week-end, Stéphanie Nigge va présenter ses neuvièmes partants au niveau Groupe en 2021, ce qui est remarquable compte tenu de la taille de son effectif. L’entraîneur détaille : « La plupart ont fait l’arrivée. Mais bien sûr, dans le Prix Saint-Alary (Gr1) et dans la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), nous sommes un peu restés sur notre faim. J’espère avoir plus de réussite dimanche ! C’est comme ça, c’est le sport. Il faut toujours se projeter vers l’avenir, en pensant à ses chevaux, à ses propriétaires et à son équipe. » Cette année dans les Groupes, les trois meilleurs chevaux de l’écurie sont Millebosc, Normandy Bridge et Karlarina. Trois produits de Le Havre. Mais pour trois propriétaires différents, et issus de trois élevages bien distincts. Au sujet de l’étalon du haras de Montfort & Préaux, elle explique : « Ses produits vont dans tous les terrains et ils font toutes les distances. Ce sont des chevaux très généreux. Cela fait de nombreuses années que sa production est représentée à haut niveau. »

Deauville et ces avantages. La bonne fin de saison 2020, avec notamment la deuxième place de Normandy Bridge dans le Critérium International (Gr1), a eu des conséquences bénéfiques pour l’écurie. Elle accueille d’ailleurs cette année de nouveaux clients, comme Thomas Lines très récemment. Stéphanie Nigge nous a dit : « Je suis un peu limité en place. Et ma priorité est vraiment de consolider mon équipe, pour pouvoir essayer les chevaux qu’on me confie dans de bonnes conditions. Il faut faire attention à ne pas agrandir l’effectif plus vite que l’équipe. Sinon, on passe à côté de certains sujets, et c’est contre-productif. Or le problème majeur des entraîneurs, c’est le manque de personnel. Deauville apporte une vraie qualité de vie aux personnes qui travaillent le matin. C’est aussi très pratique pour envoyer les chevaux au haras. Cela leur fait du bien, mentalement et physiquement, ce qui est très important. Tout comme le fait de pouvoir aller à la plage. Les chevaux qui ont travaillé hier en ont profité ce matin… C’est le cas de Normandy Bridge et Millebosc. »