Some Operator, la belle histoire du Grand Cross de Corlay

Courses / 21.06.2021

Some Operator, la belle histoire du Grand Cross de Corlay

Some Operator, la belle histoire du Grand Cross de Corlay

Par Christopher Galmiche

Le Grand Cross de Corlay est l’une des épreuves les plus emblématiques de la discipline sur l’un des hippodromes les plus bucoliques du territoire. Le parcours est exigeant avec ses 5.600m, son talus Barrat au milieu des champs et son authentique passage de route. Et l’ambiance est excellente avec des tribunes bien remplies. Louisa Carberry peut désormais se targuer d’avoir remporté ce Grand Cross breton avec un cheval novice dans la spécialité : Some Operator (September Storm). La jeune femme a tenté le coup alors que son protégé venait de débuter victorieusement en cross à Corlay, quinze jours auparavant. Son audace a payé puisque Some Operator est resté invaincu en cross en deux sorties, procurant une joie immense à ses trois jeunes copropriétaires, Alexandre Bedier, Dylan Robert et Jordy Lamy. Dimanche soir, deux heures après le succès de Some Operator, Louisa Carberry nous a raconté la belle histoire du cheval et de ses jeunes copropriétaires. Et c’est une vraie belle publicité pour les courses, digne d’un film !

Un premier gagnant en cross pour Louisa Carberry. Louisa Carberry n’a pas eu forcément beaucoup de chevaux de cross. On l’a vue obtenir de bons résultats dans la spécialité avec Surdoué de Ballon (Turgeon). Mais Some Operator est devenu son premier lauréat en cross le 6 juin à Corlay, avant de remporter le Grand Cross dimanche. D’abord avant-dernier, il a fait un bond superbe au talus Barrat où la réception est en contrebas. Il est alors passé quatrième. Impeccable dans ses sauts, il a perdu un rang quand la course s’est accélérée au dernier passage en face. Mais il s’est relancé dans le tournant final, venant avec beaucoup de gaz. Il a sauté la dernière haie sur la même ligne que Belhom de Juilley (Gris de Gris) avant de le dominer facilement sur le plat. Le lauréat de l’édition 2019, Fayas (Poliglote), a terminé troisième. Some Operator n’a donc pas devancé n’importe qui.

Son entraîneur, Louisa Carberry, nous a dit : « Some Operator a été mon premier gagnant en cross lorsqu’il s’est imposé le 6 juin à Corlay. Après, je n’ai pas engagé beaucoup de chevaux dans cette discipline. J’ai couru Surdoué de Ballon et un autre cheval en cross, mais c’est tout. Some Operator venait de gagner pour ses débuts en cross à Corlay et nous nous étions dit que ça valait la peine de tenter le coup dans le Grand Cross. C’était peut-être un peu culotté, mais Some Operator a quand même du métier. C’était un bon lot, mais je pensais qu’il allait bien sauter. C’est un cheval qui n’a que du fond. À la base, il a couru en Angleterre, mais son propriétaire trouvait qu’il n’avait pas le niveau. Il m’a envoyé le cheval pour essayer de lui faire faire carrière en France. Il a fait une première année en steeple en prenant beaucoup de places. Il manque juste d’un peu de vitesse, mais il est très bon sauteur et très maniable. Il a eu une année off à cause d’un souci. Ensuite, il a fait une rentrée correcte cette année puis il a été débordé à Dieppe. De ce fait, nous l’avons dirigé en cross car il ne tire pas, il saute bien et il est facile. C’est vraiment un three miler comme on dit en Angleterre. Sa victoire à Corlay, le 6 juin, nous a incités à participer au Grand Cross. Son jockey, Marc-Antoine Dragon qui remplaçait Romain Julliot ce jour-là, nous a dit qu’il avait gagné facilement et qu’il pouvait aller sur les Grands Cross assez vite. Deux semaines plus tard, nous avons donc couru ce Grand Cross de Corlay. Il connaissait le parcours et il avait plu, ce qui était bien car je ne voulais pas courir sur un terrain sec»

De jeunes copropriétaires passionnés. Dans les îles Britanniques, le film Dream Horse, sorti récemment, raconte l’histoire vraie d’une Galloise qui achète un cheval avec ses collègues ouvriers. Ce cheval va gagner le Grand National Gallois (Gr3). Eh bien, ce film, c’est un peu l’histoire des trois copropriétaires de Some Operator. Alexandre Bedier, Dylan Robert et Jordy Lamy sont de jeunes passionnés et ils habitent Senonnes. Difficile d’échapper au virus des courses dans cette contrée ! Par un concours de circonstances, Dylan Robert est allé voir Louisa pour prendre une part sur un cheval. L’entraîneur de Docteur de Ballon (Doctor Dino) nous a raconté : « Ses propriétaires [Alexandre Bédier, Dylan Robert et Jordy Lamy, ndlr] sont de Senonnes. Ils sont venus l’année dernière pour prendre un cheval en pension. Je leur ai proposé Some Operator qui est leur premier cheval. Ils ont loué 5 % chacun, c’est chouette pour eux ! Ce sont de jeunes propriétaires que l’on espère encourager, eux et leurs amis, à avoir des chevaux à l’avenir. Ils étaient très contents du succès de Some Operator il y a deux semaines et que ayons regagné ce dimanche… Ils sont aux anges ! C’est important d’encourager les jeunes. Ce ne sont pas des personnes de chevaux, c’est bien. Il y a un des propriétaires dont la mère est la nourrice de ma fille [Dylan Robert, ndlr]. Quand il cherchait à prendre une part d’un cheval, sa mère lui a soumis l’idée de voir cela avec moi. Ils sont venus et nous avons cherché un cheval sur lequel il y avait une possibilité de prendre une part. Cela tombe bien que ce soit Some Operator ! C’est un cheval que j’ai toujours aimé car il est honnête. Il fait ses courses, il est sympa et régulier. Je pensais que c’était une valeur sûre pour eux, pour aller aux courses et se faire plaisir. »

Un petit break. Some Operator va désormais avoir un petit break. Mais son mentor peut avoir de grandes ambitions avec ce cheval qui possède une bonne marge de progression dans la spécialité. « Je ne pense pas que vous reverrez Some Operator durant l’été. C’est un cheval qui a besoin de pistes au moins souples. D’ailleurs, il avait plu à Corlay. Il pourrait être barré après aujourd’hui dans les Grands Cross. J’aurais plus été tentée par l’automne avec lui. Il mérite deux ou trois semaines calmes avant de se concentrer sur le second semestre. Je ne sais pas s’il va convenir, nous verrons avec son jockey, mais j’ai aussi le rêve de courir Pardubice un jour. Sinon, il y a aussi Punchestown, Merano... Ce serait chouette de tenter autre chose un jour. Mais peut-être que c’est trop pour le moment»

Marc-Antoine Dragon, un nouvel employé modèle. Jockey de Some Operator, Marc-Antoine Dragon a été embauché par Louisa Carberry, il y a peu, et il a offert d’emblée une grande victoire à sa patronne qui nous a dit : « Je connais bien Marc-Antoine [Dragon, ndlr] qui est sur Senonnes. Nous cherchions un jockey pour dresser les chevaux le matin. Nous nous sommes mis d’accord et il a commencé chez nous. Romain Julliot devait monter Some Operator, mais il était accidenté. Nous avons donc sollicité Marc-Antoine. Il a monté cinq fois pour nous, il a gagné deux courses et pris des places. C’est très bien»

L’éloge de Corlay. Corlay est une piste de référence pour l’obstacle. Toujours bien entretenue, avec des obstacles bien faits, elle mériterait d’accueillir plus de réunions. Louisa Carberry, qui ne connaissait pas l’hippodrome, est tombée sous le charme : « Je n’étais jamais venue à Corlay et c’est vraiment très beau, très bien entretenu. Il y a beaucoup de monde, ça fait plaisir ! C’est vallonné, c’est vert, c’est un peu comme l’Angleterre. On a l’impression de voyager, on traverse les champs… Je comprends mieux pourquoi les gens ont envie de gagner à Corlay ! »