Galileo : une influence qui va durer des décennies

Élevage / 11.07.2021

Galileo : une influence qui va durer des décennies

Et maintenant… Le grandissime Galileo (Sadler’s Wells) nous a quittés et le scénario de l’élevage européen va changer. Pas tout de suite, car les étalons de légende ont une influence qui dure des décennies, mais dans un avenir lointain.

Par Franco Raimondi

La lutte avec son fils Frankel. La première question que l’on a le droit de se poser concerne le titre de Leading Sire des îles britanniques. Après son premier succès, en 2008, Galileo a cédé la couronne à Danehill Dancer (Danehill) pour la reprendre en 2010 et la garder dans son box. Il lui manque un titre pour égaler le score de Highflyer (Herod) et deux pour arriver à quatorze, comme son père, Sadler’s Wells (Northern Dancer), qui s’est imposé pour la dernière fois en 2004 et a eu quatre générations après sa dernière couronne.

Cette année, la défense du titre s’annonce plus dure que prévu. Lors des quatre dernières saisons, il n’a jamais vraiment risqué la défaite : il a terminé avec le double ou le triple des gains du plus proche de ses rivaux, qui a été par deux fois Dubawi (Dubai Millennium) alors que Dark Angel (Acclamation) et Sea the Stars (Cape Cross) l’ont suivi une fois mais sans jamais mettre en doute sa domination.

Cette année, après sept classiques courus, Frankel devance papa par 399.000 £ (466.500 €). Le fils a plus de gagnants mais moins de lauréats de Groupe (6 contre 8 pour Galileo) et onze placés à ce niveau contre vingt-cinq. Le titre se décide sur les grandes courses et il en manque encore beaucoup. Dans la génération des 3ans Galileo peut compter sur trois gagnants de Gr1 cette saison : Empress Josephine, Joan of Arc et Bolshoi Ballet qui, samedi, dans le Belmont Derby, est devenu le 92e de cette liste impressionnante. Parmi les chevaux d’âge, il a Love, Mogul, Search For a Song, Serpentine et Japan. Frankel a les deux Derby winners Adayar et Hurricane Lane, la pouliche Snow Lantern et d’autres jeunes sur la montante. Bref, après les King George on aura une idée plus claire mais, si vous avez une petite pièce, vous pouvez encore la mettre sur Galileo et, si un bookmaker vous offre une cote sur les cent gagnants de Gr1, n’hésitez pas, il va y arriver.

Pour retrouver la liste des gagnants de Gr1 produits par Galileo, cliquez ici. (avec ce lien : https://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/Docutheque/2021/Galileo-produits-Gr1.pdf)

Il a encore cinq années pour égaler Sadler’s Wells. Le quatorzième titre se jouera en 2022 et dans les années suivantes. D’après les chiffres de Global Stallions, Galileo compte sur une génération de 137 juniors, dont 61 à l’entraînement à Ballydoyle, 100 yearlings et, pour l’instant, une quarantaine de foals. Ses derniers produits, peu nombreux, sont attendus en 2022 et ils prendront 3ans en 2025. Frankel avait eu deux générations avec moins de cent produits en 2016 et 2017 mais il peut compter sur 159 sujets de 3ans, 149 juniors et 124 yearlings et il a déjà 82 foals déclarés. Si on fait quelques calculs, on peut penser que Galileo sera compétitif pour le titre jusqu’en 2026 et que Frankel a l’avenir devant lui. Il ne faut pas oublier que Dubawi et Sea the Stars ont déjà terminé à la deuxième place et ils ont des productions très fortes. Une chose est sûre : dans les prochaines saisons on ne verra pas un titre attribué sans suspense et avec le lauréat qui dépasse les dix millions de livres.

Combien a-t-il rapporté à Coolmore ? Galileo a fait gagner à Coolmore la bataille commerciale qui l’opposait à Darley. L’écart s’est réduit dans les dernières années mais un étalon dominant change les règles du jeu. Le tarif de Galileo est devenu privé en 2008, lors de sa dernière saison avec un prix affiché (150.000 €), il avait eu 161 foals. Au total, sur dix-sept générations de 2ans et plus Galileo a donné 2.356 foals, dont 1.609 conçus au tarif privé. Il est donc difficile de calculer combien il a rapporté à Coolmore mais, sans compter les plus de 500 produits dans l’hémisphère Sud, on est dans une fourchette comprise entre 600 et 700 millions d’euros en valeur de saillies. Ce n’est pas le vrai chiffre d’affaires car Coolmore a utilisé son étalon pour les juments maison et des saillies ont été négociées dans des foal sharings.

Ses yearlings ont produit 382 millions. Les statistiques fiables sont celles de ses yearlings aux ventes. Avec l’aide de la base de données de Bloodhorse, on a déniché 1.030 sujets vendus pour un chiffre d’affaires de 382,71 millions d’euros, c’est-à-dire un prix moyen de 371.562 €. Depuis 2015 l’offre des produits de Galileo sur les rings a logiquement baissé et les prix ont monté. Sur les six dernières années, le prix moyen des Galileo vendus est de 691.681 € pour 192 lots. On peut penser que ses yearlings seront désormais plutôt rares aux ventes. Cette année à Deauville ils sont quatre. L’année dernière, les yearlings par Galileo passés sur les rings ont été au nombre de 26, dont 23 vendus au prix moyen de 759.432 €. Il n’y a pas eu un foal offert en 2020 et le chiffre d’affaires historique des petites puces du grand étalon est de 28,37 millions pour 110 vendus.

Cinquante-quatre gagnants de Gr1 entraînés à Ballydoyle. Coolmore, comme on le sait, serait moins puissant sans Galileo et pas pour une simple question d’argent. Il a donné 54 gagnants de Gr1 à Ballydoyle, dont 25 femelles. C’est un cheptel de poulinières énorme et il faut ajouter à ça les femelles achetées pour aller à Galileo. Il ne sera pas facile de lui trouver un successeur. Les fils de Galileo qui ont produit au moins un gagnant de Gr1 sont au nombre vingt mais, dans la liste des étalons 2021 de Coolmore, on a Australia (25.000 €), Churchill (30.000 €), Circus Maximus (20.000 €), Gleneagles (25.000 €), Gustav Klimt (4.000 €), Highland Reel (10.000 €) et The Gurkha (5.000 €). Ils sont jeunes et leurs opportunités augmenteront maintenant que le patron galope heureux dans son paddock au ciel. Galileo n’est plus avec nous mais, ne vous inquiétez pas, sa domination sur l’élevage européen continuera encore pour des décennies.