Gianluca Bietolini : « Depuis 2016, j’ai réussi à gagner une course de Groupe chaque année »

Courses / 31.07.2021

Gianluca Bietolini : « Depuis 2016, j’ai réussi à gagner une course de Groupe chaque année »

Gianluca Bietolini : « Depuis 2016, j’ai réussi à gagner une course de Groupe chaque année »

Venu d’Italie, Gianluca Bietolini a vraiment trouvé sa place à Maisons-Laffitte où il entraîne avec succès. Alors qu’il vient de recevoir les quinze chevaux du propriétaire italien Luigi Roveda, il a répondu à nos questions, avec franchise et humour. Voici un extrait de son entretien. Pour le retrouver en intégralité, cliquer ici

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Jour de Galop. - Alastor est tombé sur le bon Caprice des Dieux dans le Prix Pelleas (L). Êtes-vous tout de même satisfait de cette course ?

Gianluca Bietolini. - Je suis très satisfait. Alastor (Helmet) a très bien couru et il est battu par un poulain qui était tout simplement meilleur que lui. C’était la première fois qu’il se produisait sur un terrain aussi pénible, mais il s’est tout de même bien comporté et a encore selon moi, une petite marge de progression.

Depuis 1979, le Prix de Cabourg (Gr3) n’avait jamais rassemblé autant de partants. Cette année, ils sont dix et comment jugez-vous l’opposition pour Anterselva ?

Les concurrents anglais s’annoncent une nouvelle fois redoutables. La pouliche s’est toujours bien comportée et affiche actuellement une très belle forme. Son jockey, Cristian Demuro a effectué un bon travail avec elle et il lui sera associé, ce mardi 3 août. J’espère qu’elle va courir sur une piste bien souple, car c’est vraiment ce qu’elle préfère. Bien évidemment, la concurrence étrangère est très forte. Mais Anterselva (Fast Company) est assurément compétitive face aux français.

Colosseo a terminé récemment cinquième du Haras d’Étreham - Prix Jean Prat (Gr1). Quelle sera la suite de son programme ?

Colosseo (Street Boss) est engagé dans le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard Jacques le Marois (Gr1), mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment un poulain fait pour les parcours en ligne droite. J’ai encore besoin de discuter avec son propriétaire, mais s’il ne venait pas à courir le Gr1, il se dirigerait vers le Shadwell Prix Daphnis (Gr3), le 21 août à Deauville.

Grand Glory s’est imposée la semaine dernière dans le Grand Prix de Vichy (Gr3). Qu’est-ce qui vous a poussé à la garder à l’entraînement à 5ans ?

Grand Glory (Olympic Glory) est une jument magnifique. L’an dernier, elle a beaucoup joué de malchance et à la fin de l’année, les propriétaires n’étaient pas sûrs de continuer l’entraînement. Après les avoir incités à la garder à 5ans, Grand Glory m’a donné raison. Elle est gagnante et placée de Gr3 cette année. Il lui reste désormais deux courses : le Darley Prix Jean Romanet et le Prix de l’Opéra Longines (Grs1). C’est assurément une jument qui mérite de remporter un Gr1.

Qui sont ses propriétaires ?

Ce sont trois associés. Ils se nomment Albert Frassetto, John d’Amato et Mike Pietrangelo. Ils sont américains. La seule chose que nous avons en commun – tous les quatre – ce sont nos origines italiennes. La collaboration se passe très bien et nous avons également Colosseo ensemble.

Vous aimez beaucoup les États-Unis. Avez-vous songé à vous installer là-bas ?

Lorsque j’ai proposé à M. Ramsey de transférer ses chevaux d’Italie en France, il m’a demandé de justifier ce choix. Pour moi, la réponse était simple. Je ne me vois pas entraîner à l’américaine. C’est très différent de mon système d’entraînement actuel.

Récemment, vous avez reçu une quinzaine de pensionnaires en provenance d’Italie. Pouvez-vous nous les présenter ?

C’est un peu prématuré. Je me laisse encore du temps pour bien apprendre à tous les connaître. En revanche, ce sont des chevaux qui ont dans l’ensemble un bon papier et qui porteront les couleurs d’un propriétaire passionné, Luigi Roveda. Ce dernier avait déjà eu des chevaux en France et notamment Affaire Solitaire (Danehill Dancer), qui est gagnant d’un Prix Exbury (Gr3) et deuxième d’un Prix d’Harcourt (Gr2). Dans le lot de poulains que j’entraîne, il y a les premiers produits de ce nouvel étalon. Cette année, M. Roveda a de nouveau transféré son effectif en France. Parmi ses pensionnaires que j’entraîne, Agnes (Planteur) et Elisa Again (Champs Élysées) laissent entrevoir de belles choses le matin. Fayathaan (Mehmas) est un lauréat de la Poule d’Essai des Poulains Italienne (Gr3). Nous verrons avec le temps comment tous ces chevaux se comportent et ce que nous allons faire avec.

Les jeunes entraîneurs italiens sont doués avec les 2ans. N’avez-vous jamais pensé à vous spécialiser dans ce créneau ?

Mon système d’entraînement est grandement basé sur le mental. Pour moi, les 2ans méritent beaucoup de respect. En Italie, nous avons des entraîneurs spécialisés pour dresser cette tranche d’âge. Mais après une carrière précoce, peu arrivent à continuer l’année d’après. Tous les chevaux ont besoin qu’on leur laisse une chance. Et me concernant, les meilleurs chevaux sont les 3ans.

Si un client italien vous proposait d’acheter quarante yearlings en investissant deux millions et en payant les pensions par avance, feriez-vous votre retour en Italie ?

La réponse est non. Aujourd’hui, malheureusement, dans mon pays, ce ne sont plus les courses que j’ai tant aimées. Je ne me vois pas rentrer en Italie pour faire ce métier. En France, je suis très bien et il est donc préférable de rester ici. Mon souhait est d’entraîner de bons chevaux à Maisons-Laffitte. Et avec eux, d’aller courir toutes les belles épreuves du monde.

Quel est votre rapport avec les autres Italiens installés en France ?

Lorsque je suis arrivé ici, je me suis fait aider par deux professionnels installés ici depuis assez longtemps, à savoir Alessandro Botti et Simone Brogi. J’en profite pour les remercier une nouvelle fois. Concernant les autres, je n’ai pas beaucoup de contact avec Maurizio Guarnieri, mais je le connais bien et c’est un très bon entraîneur. Mario Baratti est un jeune entraîneur qui possède un grand avenir.

Avez-vous déjà pensé à déménager à Chantilly ? En région ? Pourquoi Maisons-Laffitte ?

Avant de m’installer à Maisons-Laffitte, j’ai commencé par Deauville en 2010. Mais là-bas, on entraîne les chevaux au milieu de l’hippodrome de La Touques et ce n’est pas ce que je recherche. En 2011, je me suis allé à Calas. C’est un bon centre d’entraînement, mais nous sommes loin de Paris. En 2013, Jacques Héloury m’a proposé de m’installer à Chazey-sur-Ain. Mais je rencontrais quelques difficultés pour m’adapter aux pistes. En 2014, Alessandro Botti m’a conseillé de venir m’installer sur le centre d’entraînement de Chantilly. Je ne savais pas qu’il existait un centre d’entraînement à Maisons-Laffitte avant de rencontrer M. Franck le Mestre. Ce dernier m’a fait découvrir toutes les pistes en tracteur et lorsque j’ai vu la ligne droite de Penthièvre et les autres pistes, j’en suis tombé amoureux ! J’imaginais déjà mes 2ans qui s’entraînaient là-bas (rires). Après avoir entraîné deux lots à Maisons-Laffitte, j’ai appelé Alessando Botti pour lui dire que je n’irais jamais à Chantilly. Cela fait six ans que je suis ici et je suis très content.

Quel est le plus grand regret professionnel de votre vie, votre plus mauvaise défaite ? On parle souvent des bons chevaux et à ce type de questions, on évoque leurs erreurs de parcours. Mais parfois, à mon sens, on ne donne pas leur chance à tous les chevaux, quel que soit leur niveau. Un détail qui nous échappe peut faire toute la différence. La plus grande désillusion de ma carrière est peut-être la sixième place de Real Solution (Kitten’s Joy) dans le Derby Italien (Gr2). C’est un cheval qui avait un potentiel énorme, mais il avait eu une infection au poumon. Ensuite, il est tout de même parvenu à remporter le Premio Botticelli (L) sous mon entraînement. Au final, le plus grand regret de ma carrière, c’est à chaque fois qu’un cheval ne parvient pas à être aligné en compétition. Ou encore pire, quand un souci physique vient entacher son potentiel…

D’où vient votre passion pour les tragédies et les comédies grecques ? On dit qu’un de vos amis d’école était le Lester Piggott du théâtre grec en Italie...

Cette passion est venue grâce un très bon ami qui se nomme Massimo Reale ! Il est devenu un acteur très populaire en Italie. Et après les courses, le dimanche, j’allais souvent voir des tragédies grecques et j’adore ça (rires). Massimo Reale avait ensuite pris sa licence de gentleman-rider et il a gagné de belles courses.

À la rédaction, nous avons également un journaliste italien. Mais selon vous, quel est le meilleur journaliste que vous ayez connu ?

À deux pas de Deauville, j’ai connu une expérience assez particulière avec un journaliste. Il s’était jeté avec moi dans une piscine, alors qu’il portait son plus beau costume. C’est lui. Il se reconnaîtra (rires).