King George Qatar Stakes (Gr2) : Suesa, un sprint historique pour la France

International / 30.07.2021

King George Qatar Stakes (Gr2) : Suesa, un sprint historique pour la France

King George Qatar Stakes (Gr2)

Suesa, un sprint historique pour la France

Dernière victoire française dans les King George (Gr2), Palariva (Palestine) en 1956 : casaque Aga Khan, entraînement Alec Head. Soixante-cinq ans se sont écoulés ! Mais en 2021, une flèche venue de France a brillé dans ce qui constitue l’un des plus beaux sprints du programme anglais. Son nom est Suesa (Night of Thunder) ! Elle est entraînée à Pau par François Rohaut pour la casaque de George Strawbridge. Les 1.000m de Goodwood sont un sport à part : il faut aller vite, très vite et toujours plus vite. C’est exactement ce qu’a fait Suesa qui a bien profité de son couloir au centre de la piste pour se cacher derrière les outsiders qui ont animé la course. À 250m du but, les chevaux les plus en vue sont entrés en scène. Mais la pointe de vitesse de Suesa les a tous éclipsés. Le favori Battaash (Dark Angel) a cédé. Arecibo (Invincible Spirit) a plafonné. Et la lauréate de la Breeders’ Cup Turf Sprint (Gr1) Glass Slippers (Dream Ahead) a manqué du dernier coup de reins tout en prenant la troisième place. Le dernier qui a rendu ses armes est l’autre 3ans de la course, Dragon Symbol (Cable Bay), lui qui avait passé en tête le poteau dans la Commonwealth Cup (Gr1). Il termine deuxième à trois longueurs de la française.

Trois longueurs, presque un record. Trois longueurs dans un sprint sur 1.000m, c’est énorme. Un seul cheval a gagné les King George par plus de trois longueurs dans les cinquante dernières éditions : Battaash. Le plus grand spécialiste du sprint Goodwood s’est imposé par quatre longueurs en 2018. François Rohaut était aux anges après la démonstration de sa pouliche. Il nous a confié : « Suesa fait un truc extraordinaire. Elle avait déjà gagné par trois longueurs, mais (rires)… c’était face à une autre compagnie ! Avant la course, j’étais assez confiant car elle était en très belle condition et le terrain plutôt bon, souple. Si elle a gagné dans le lourd et dans le souple, c’est néanmoins une pouliche de bon terrain. »

La formule : 1.000m et bon terrain. Goodwood réussit bien à François Rohaut qui a remporté trois fois consécutives les Oak Tree Stakes (Gr3) et la grande course des pur-sang arabes. La déception de Royal Ascot a été vite oubliée. L’explication de l’entraîneur palois est très simple : « Il ne faut pas aller trop loin : dans la Commonwealth Cup elle était sur 1.200m et en terrain lourd. Elle a été battue par ces deux facteurs. C’est la combinaison terrain et distance qui a tout changé. Suesa peut tenir 1.100m, mais les 1.000m, c’est sa spécialité. C’est dommage qu’en France il n’y ait pas assez de programmes sur cette distance. Alors qu’à l’étranger les bonnes courses ne manquent pas. »

Elle est favorite des Nunthorpe. La performance de Suesa, jugée sur le 116 de Dragon Symbol, fait exploser le rating de la pouliche. Sans tenir compte de la facilité du succès, on peut l’estimer à 122. Les bookmakers ont fait tomber à 2/1 sa cote dans les Nunthorpe Stakes (Gr1). Dans ce sprint de York, elle détrône l’américain Golden Pal (Uncle Mo) du rôle de favori. François Rohaut nous a confié : « La pouliche va rentrer à Deauville, où elle avait passé quelques jours pour couper le voyage. Et on discutera de l’avenir. Elle voyage comme une valise, il suffit de la mettre dans le camion. C’est son caractère, elle est toujours calme, elle mange, fait son travail et dort. York, c’est dans trois semaines. Ce sera à la pouliche de nous dire si elle veut y aller ou rester en France pour préparer l’Abbaye de Longchamp (Gr1). »

Le talent bat le pedigree. Élevée en Irlande par Thomastown Farm (soit Tom Cooke), Suesa a été dénichée pour 17.000 € par Johnny McKeever chez Goffs November Foal Sale. Son père Night of Thunder (Dubawi) a donné treize gagnants de Groupe en deux générations de 3ans et plus. Alors que sa mère Sally Is the Boss (Orpen) n’a pas couru et a donné Valle Inclan (Elusive Pimpernel) qui a gagné trois courses en France et en Espagne. La deuxième mère White Satin (Fairy King) est placée black type et remonte à la souche du champion miler Barathea (Sadler’s Wells). La meilleure explication de sa vitesse et de son talent vient de François Rohaut : « On peut dire que son grand-père maternel Orpen (Lure) était très vite. Mais franchement, c’est la nature qui décide. Parfois, on arrive à toucher un cheval sortant de l’ordinaire et elle est dans cette catégorie. Il faut en profiter sans se poser des questions. »

Sally Is the Boss a une pouliche de 2ans par Estidhkaar (Dark Angel) et un yearling par The Last Lion (Choisir).

Battaash proche de la retraite

Le vétéran Battaash (Dark Angel) prendra fort probablement sa retraite après avoir raté le coup de cinq historique dans les King George Qatar Stakes (Gr2). Angus Gold, racing manager de Shadwell, a déclaré à la presse anglaise : « J’ai discuté avec la cheikha Hissa à Royal Ascot. Et elle m’a dit qu’elle ne veut pas abuser avec ce cheval. On reviendra sur le sujet, mais je pense que l’annonce arrivera bientôt. Il nous a tout donné et il a connu beaucoup de problèmes. Son jockey Jim Crowley m’a dit que le cheval n’a pas du tout aimé le terrain. Mais ce n’est pas à cause de ça qu’il a été battu. » Battaash a gagné onze Groupes en quatre saisons dont le Prix de l’Abbaye de Longchamp (Gr1) en 2017, les Nunthorpe Stakes (Gr1) à deux reprises et les King’s Stand Stakes (Gr1) l’année dernière.