King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1) : Adayar au nom du… grand-père

International / 24.07.2021

King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1) : Adayar au nom du… grand-père

King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1)

Adayar au nom du… grand-père

Le gagnant du Derby Adayar (Frankel) a réussi le doublé classique d’Epsom et du King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Grs1). On retrouve peu de Galileo dans l’élève Godolphin, un poulain au fort gabarit, à la limite trop grand et puissant. C’est la force brute, mais le travail de Charlie Appleby, obligé de regarder la course de son fauteuil car en autoconfinement, et celui de son équipe ont permis de canaliser la puissance d’Adayar. L’entraîneur avait annoncé cette semaine que son pensionnaire avait progressé au niveau physique et mental après le succès d’Epsom. Il avait raison. Le temple du classique peut faire mal aux 3ans, mais parfois, il donne de bonnes leçons. Adayar nous rappelle la progression d’Enable (Nathaniel) dans les cinquante jours qui séparent Epsom d’Ascot. Son rating affiché dans le Derby était de 121. Mardi, on le retrouvera fort probablement en 126 ou 125.

Une course limpide ; Love déçoit. William Buick ne s’est pas inquiété quand Lanfranco Dettori l’a empêché de se rabattre à la corde, dans le sillage de l’animateur, Broome (Australia). Le pilote a gardé Adayar nez au vent, un peu allant mais sans trop tirer, et il a attendu la ligne droite, marqué à la culotte par la favorite Love (Galileo). C’est avant le poteau des 400 derniers mètres qu’Adayar a placé un uppercut. Love n’a pas répondu à la première accélération du poulain qui en a mis une autre quand Mishriff (Make Believe) est venu en pleine piste après avoir patienté en dernière position. Le pensionnaire de John Gosden est arrivé à une longueur, mais il a dû rendre ses armes dans le dernier furlong, là où les chevaux de 2.400m font la différence. C’est par presque deux longueurs qu’Adayar a passé le grand test face aux chevaux d’âge, alors que Mishriff a fait sa valeur, contrairement à Love qui a couru mollement.

La puissance sans limites. William Buick était très ému et il a déclaré, encore en selle : « Je suis sans voix. Il donne une sensation de puissance sans limites ! C’est un privilège de le monter car tomber sur des chevaux comme lui n’arrive pas souvent. Charlie n’était pas inquiet par le terrain léger puisque les bons chevaux s’adaptent à tout et Adayar l’a démontré. La course n’a pas été compliquée, quand il baisse sa tête et commence à galoper, il ne faiblit jamais. » Hugh Anderson, directeur de Godolphin, a dit : « Malheureusement, Charlie n’est pas ici, mais dimanche il sortira de sa quarantaine. La saison ne pouvait pas nous donner plus. C’est la victoire dans le Derby qui a tout changé. »

Appleby a déjà son plan. Charlie Appleby n’était pas sur l’hippodrome mais il a déjà son programme dans la tête : « Nous sommes heureux pour le cheikh Mohammed et toute l’équipe. J’étais persuadé de le voir dans les trois premiers pour deux raisons : l’avantage au poids et surtout parce que c’est un très bon cheval ! Adayar rentre dans l’Histoire et il est le premier après Galileo qui a réussi le doublé Derby - King George. Je pense qu’on va le préparer pour le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Hurricane Lane (Frankel) prendra le chemin du St Leger (Gr1) avant l’Arc et Adayar celui du Prix Niel (Gr2). Nous travaillons pour avoir un crack, les prochains Enable ou Frankel. On peut rêver l’avoir trouvé avec Adayar ou Hurricane Lane. »

Mishriff se retrouve. Mishriff a redoré son blason après une rentrée décevante. Son entraîneur John Gosden a dit : « On a assisté à une très belle course. J’ai gagné les King George avec les 3ans Nathaniel (Galileo), Taghrooda (Sea the Stars) et Enable (Nathaniel). Les 3ans bénéficient d’un gros avantage au poids. Le gagnant est un magnifique poulain, en pleine progression. Déjà au rond de présentation j’avais compris qu’il serait dur à battre, mais Mishriff a très bien couru et il ira sur les Juddmonte International où il croisera un autre 3ans de classe [St Mark’s Basilica, ndlr]. »

Il est à 5/1 dans l’Arc de Triomphe. L’entourage d’Adayar peut prendre tout son temps avant de tracer le programme du poulain. Il n’est pas engagé dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), tout comme la championne des pouliches Snowfall (Deep Impact), mais sa cote dans la course phare de ParisLongchamp a été divisée par deux et il est à 5/1, deuxième favori derrière la pouliche Coolmore. Adayar est le favori à 2/1 du St Leger (Gr1), mais le score des gagnants du classique de Doncaster dans l’Arc est lamentable et Charlie Appleby l’a bien compris…

Le dernier coup de trois remonte à Lammtarra. Le doublé King George - Arc de Triomphe est très rare. Les derniers qui ont réussi sont Enable en 2017, Dylan Thomas (Danehill) en 2007, Lammtarra (Nijinsky) en 1995 et Dancing Brave (Lyphard) en 1986. Le coup de trois Derby - King George - Arc est encore plus difficile. Parmi les treize auteurs du doublé Ascot – Epsom, ils sont cinq à avoir couru à Longchamp. Deux ont gagné : Mill Reef (Never Bend) en 1971 et Lammtarra en 1995. Le grandissime Nijinsky (Northern Dancer) qui, après Ascot, était passé par Doncaster en décrochant la Triple couronne avait dû baisser pavillon dans l’Arc face à Sassafrass (Sheshoon) et un magnifique Yves Saint-Martin.

Les auteurs du doublé Derby - King George et leur performance dans l’Arc

Année Cheval Père Propriétaire Entraîneur Jockey Perf. Arc (Gagnant)

1952 Tulyar Tehran S.A. L’Aga Khan III Marcus Marsh Charles Smirke pas couru

1953 Pinza Chanteur II Sir Victor Sassoon Norman Bertie Sir Gordon Richards pas couru

1970 Nijinsjy Northern Dancer Charles Engelhard Vincent O’Brien Lester Piggott 2 (Sassafras)

1971 Mill Reef Never Bend Paul Mellon Ian Balding Geoff Lewis gagnant

1975 Grundy Great Nephew Dottor Carlo Vittadini Peter Walwyn Pat Eddery pas couru

1977 The Minstrel Northern Dancer Robert Sangster Vincent O’Brien Lester Piggott pas couru

1979 Troy Petingo Sir M. Sobell & Lord Weinstock Dick Hern Willie Carson pas couru

1981 Shergar Great Nephew S.A. l’Aga Khan IV Michael Stoute Walter Swinburn pas couru

1987 Reference Point Mill Reef Louis Freedman Henry Cecil Steve Cauthen 7 (Trempolino)

1989 Nashwan Blushing Groom Hamdan Al Maktoum Dick Hern Willie Carson pas couru

1991 Generous Caerleon Fahd Salman Paul Cole Alan Munro 8 (Suave Dancer)

1995 Lammtarra Nijinsky Saeed Maktoum Al Maktoum Saeed bin Suroor Lanfranco Dettori gagnant

2001 Galileo Sadler's Wells Sue Magnier & Michael Tabor Aidan O’Brien Mick Kinane pas couru

2021 Adayar Frankel Godolphin Charlie Appleby William Buick ?

Le croisement Frankel - Dubawi. Adayar appartient à la cinquième génération du crack Frankel (Galileo) qui a donné cinquante et un gagnants de Groupe, dont dix-sept de Gr1. Le croisement avec une poulinière par Dubawi (Dubai Millennium) avait déjà donné un gagnant de Gr1, Dream Castle, lui aussi élevé par Godolphin. Parmi les pères de mères qui figurent dans la liste des gagnants de Gr1 par Frankel, Dubawi est en deuxième place derrière Pivotal (Polar Falcon) qui en compte trois.

La mère et la deuxième mère gagnantes de Groupe en France. La mère, Anna Salai (Dubawi), a gagné le Prix de la Grotte (Gr3) sous la férule d’André Fabre et avait une chance dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), mais elle a quitté Chantilly et a couru les 1.000 Guinées irlandaises (Gr1) sous l’entraînement de Mahmoud Al Zarooni en se classant deuxième, battue dans la dernière foulée par Bethrah (Marju). Adayar est son troisième produit et le premier gagnant. La deuxième mère, Anna Palariva (Caerleon), a gagné le Prix d’Aumale (Gr3) en s’alignant grande favorite dans le Prix Marcel Boussac (Gr1). Elle a terminé avant-dernière et n’a plus couru. Elle a donné dix gagnants dont les black types Iguazu Falls (Pivotal), et Advice (Seeking the Gold. Anna Palariva a aussi produit l’inédite Angel Falls (Kingmambo), mère du lauréat du Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1) et étalon National Defense (Invincible Spirit).

Anna Salai a une 2ans par Teofilo (Galileo), un yearling par Frankel et une foal par Exceed and Excel (Danehill).