LE PROPRIÉTAIRE DE LA SEMAINE  : Olivier de Seyssel : « Vauban était déjà vendu avant sa victoire de Listed à Vichy »

Courses / 23.07.2021

LE PROPRIÉTAIRE DE LA SEMAINE : Olivier de Seyssel : « Vauban était déjà vendu avant sa victoire de Listed à Vichy »

LE PROPRIÉTAIRE DE LA SEMAINE

Olivier de Seyssel : « Vauban était déjà vendu avant sa victoire de Listed à Vichy »

En une semaine d'intervalle, deux élèves et représentants d'Olivier de Seyssel, ancien vice-président et actuel membre du Comité du trot, ont gagné en plat. Vauban, en s'imposant lundi dans le Prix Jacques de Brémond (L), à Vichy, a apporté une première victoire black type. Pour retrouver en intégralité cette interview - et au format audio -, cliquez ici (avec ce lien https://www.jourdegalop.com/podcasts)

Par Thomas Guilmin

La victoire de l'amitié

« La victoire de Vauban (Galiway), c'est aussi celle de Philippe Decouz, son entraîneur et coéleveur. Comme pour Rubaud (Air Chief Marshal), c'est un cheval sur lequel nous sommes associés aussi bien en tant qu'éleveurs que propriétaires. Ce succès est donc un peu l'apothéose de notre travail d'élevage. Une récompense. Ce sont des chevaux qui se sont épanouis à 3ans et Philippe a bien fait de se montrer patient avec eux. Mais c'est aussi et surtout une victoire d'amitié, car Philippe, qui est Savoyard comme moi, est un ami de longue date. Nos familles se connaissaient avant les courses. »

Ses débuts dans les courses

« Ma passion est née à Aix-les-Bains. Mon grand-père était le président de la société et, dès mon plus jeune âge, je l'accompagnais aux courses. Comme j'étais passionné, il m'avait demandé d'y officier comme commissaire. Ensuite, je l'ai été à Lyon. Je suis devenu président de la société de courses de Lyon-Villeurbanne, puis de celle de Divonne-les-Bains. Le rôle de commissaire me passionne et j'ai donc continué. Et, il y a quelques années, je suis devenu commissaire du Cheval français. »

D'abord chez les trotteurs…

« Je suis agriculteur, à cheval sur deux départements, l'Ain et la Savoie. Je cultive des céréales et j'élève des bovins. Avec mon rôle de commissaire, j'ai été amené à rencontrer beaucoup de personnes, dont Maurice de Folleville, à l'époque vice-président du Cheval français et bien connu du monde du trot. Nous avons lié une grande amitié. Un jour, alors que je l'avais invité sur mon exploitation, il m'a soumis l'idée de mettre des chevaux pour tenir compagnie à mes vaches (rires). C'est comme cela que j'ai démarré avec deux poulinières pleines issues de l'élevage Levesque. »

Puis chez les galopeurs

« Quand Philippe Decouz est devenu entraîneur, nous avons acheté une jument ensemble. Actuellement, je possède trois poulinières de galop. La première, Fulgence (Cardoun), à l'origine de l'élevage, est issue d'une souche de Guy de Rothschild. Waldfest (Hurricane Run) est arrivée un peu plus tard. Nous avons ensuite gardé une fille de Fulgence, qui se nomme La Buisse (Spirit One). Elle avait connu quelques ennuis physiques. Une chose est sûre : je ne suis pas prêt pour avoir une grande structure d'élevage au sein de mon exploitation. Je préfère rester un petit éleveur et entretenir ma passion comme cela. »

Son point de vue sur les deux disciplines

« En réalité, il existe peu de différences entre les deux disciplines, si ce n'est la "rusticité". C'est beaucoup plus rustique au trot. Les trotteurs sont des chevaux relativement faciles. Pour nos galopeurs, nous avons fait le choix de nous orienter vers des origines à vocation "obstacle", afin de garder un peu cette "rusticité", que j'apprécie énormément. Nos poulinières au galop restent presque la totalité de l'hiver au haras de Maulepaire. Souvent, les saillies ont lieu en Normandie. Elles poulinent et les poulains restent assez longtemps à Maulepaire. Ils sont mieux équipés que moi. »

La vente de Vauban

« Pour être honnête, Vauban était vendu avant la course. Nous avions demandé à l'acheteur, en l'occurrence Willie Mullins, l'autorisation de courir cette Listed sous nos couleurs. Nous avions fixé cette condition. L'objectif était d'apporter du black type à la production de sa mère. Depuis sa victoire à Lyon-Parilly, nous étions en négociation. Lundi, après sa victoire, nous avons reçu encore plus d'offres ! Ma comptable va être contente, car elle me dit souvent que les chevaux ne me rapportent pas beaucoup. Elle va être rassurée, elle qui commençait à s'interroger… »

Son rêve accompli grâce à Vauban

« Avec les galopeurs, j'aurais tendance à dire que mon rêve est presque réalisé. Remporter une Listed avec un produit de l'élevage, c'est déjà un très bon pas. Cela me plairait beaucoup de voir Vauban au départ d'une grande course internationale. Rubaud est un propre frère de Francin (Air Chief Marshal), lequel avait de grandes capacités avant de connaître des soucis aux jambes. J'espère que son frère fera la même carrière et qu'on pourra aller voir de belles courses d'obstacles en France ou à l'étranger. »

Son regard sur l'Institution

« Je constate que nos dirigeants du trot et du galop ont géré la crise sanitaire de façon remarquable. Nous allons passer cette crise en limitant les dégâts, même s'il va falloir être vigilant durant de nombreuses années. En relation avec les différents acteurs, le travail de la Fédération nationale des courses hippiques a également été exemplaire durant cette crise. Nous avons évidemment perdu beaucoup d'argent, mais les meubles ont été sauvés. En revanche, sur le reste de la politique, j'ai un regard un peu plus critique. Cela fait quelque temps que nos dirigeants évoquent le rassemblement entre France Galop, LeTROT et le PMU au sein d'un bâtiment unique. L'idée est judicieuse, mais la tournure de l'événement n'est, à mon sens, pas la bonne. C'est très bien de trouver une structure ; en revanche, c'est nettement mieux de parler du projet en lui-même. Il aurait été plus intéressant de travailler un projet d'entreprise et de trouver ensuite un bâtiment. Nous ne savons pas grand-chose de ce qui se passera à l'intérieur de tout ça. En tant que connaisseur des deux disciplines, je sais que le fonctionnement technique est complètement différent. Sur l'économie des courses, je reste optimiste. J'espère que tout le travail d'optimisation qui est en train d'être accompli nous permettra de passer cette phase compliquée, qu'on arrivera à maintenir ces allocations qui font vivre la filière. »