Matthieu Vincent : « Pour une piste, la densité en course d’un meeting de Deauville n’a pas d’équivalent »

Courses / 30.07.2021

Matthieu Vincent : « Pour une piste, la densité en course d’un meeting de Deauville n’a pas d’équivalent »

MEETING DE DEAUVILLE

Matthieu Vincent : « Pour une piste, la densité en course d’un meeting de Deauville n’a pas d’équivalent »

Alors que le meeting de Deauville approche à grands pas, Matthieu Vincent, le directeur des hippodromes et centres d’entraînement de France Galop, a fait un point sur la gestion de la piste.

Vendredi matin, Matthieu Vincent nous a confié : « Je travaille avec le responsable de chaque site et leurs équipes : ils sont très compétents. Chaque piste à ses particularités. Le meeting de Deauville, pour les agronomes et les hommes de piste, c’est un véritable challenge. Il y a quatre réunions de courses par semaine. Une telle densité d’épreuves sur une seule et même piste n’a pas d’équivalent, y compris en Angleterre. L’ambition est donc d’avoir une piste qui dure, tout en composant avec les aléas de la météo. Et elle est de plus en plus imprévisible compte tenu du changement climatique. Les orages ou chaleurs extrêmes ne favorisent pas le gazon : il n’aime pas les excès. Et ce type de conditions a tendance à être de plus en plus présent vu l’évolution climatique. On compose avec la nature, mais il n’est pas possible de la maîtriser. »

Évoluer techniquement et partager les connaissances. « En amont, nous avons travaillé avec l’aide d’un expert du gazon, Stéphane Rouen. Nous sommes très ouverts aux conseils des techniciens du monde sportif. Tout l’hiver et tout l’automne, la piste a été travaillée mécaniquement. Les jockeys ressentent déjà le gain en régularité. Les pluies diluviennes de juin et juillet ne nous ont pas aidés. Et les grandes marées ont ralenti l’évacuation des eaux de pluie. Au niveau du couvert végétal, nous avons dû composer avec une attaque de champignons durant cette période très humide, comme dans beaucoup d’endroits en Normandie. Depuis, la piste est bien revenue et la densité végétale est bonne : c’est important pour la régularité. Le plan de fumure est optimal. On donne au gazon tout ce dont il a besoin pour tenir tout le mois et se régénérer en permanence. Après un passage d’engrais de synthèse, nous avons opté pour des biostimulants à base d’algues et de betteraves. »

Assurer la sélection. « La gestion du lissage est importante. Nous démarrons à zéro. Les prévisions sont difficiles à faire, mais on devrait débuter à 3,1 ou 3,2. Hier, le terrain était à 3,5 et il n’y a pas de pluie prévue. Par le passé, nous bougions la lice d’un à deux mètres par réunion. Nous allons désormais prendre plus. Et ainsi revenir à zéro pour le dernier week-end, celui du Grand Prix de Deauville (Gr2). Par le passé, on courait moins de courses et la piste en gazon était bien plus large, du fait de l’absence de P.S.F. Les professionnels sont exigeants et nous allons dans leur sens, en améliorant les capacités techniques des équipes. Comme sur les terrains de sport d’ailleurs. Nous avons beaucoup d’échanges avec ce qui se fait en Angleterre. Et à notre tour, nous partageons nos connaissances avec beaucoup d’hippodromes français. C’est positif : nous progressons tous ensemble, dans le dialogue et le partage. J’ai commencé ce métier en 1989, on voit vraiment une grande évolution dans la qualité des pistes et dans le niveau de technicité. Les chevaux sont peut-être aussi plus fragiles aujourd’hui. Nos pistes doivent être à la hauteur. Et les jockeys nous aident vraiment à évoluer en partageant leur ressenti. C’est très important d’être à leur écoute. D’une manière générale, je pense qu’il ne faut pas standardiser le gazon comme cela existe parfois en Asie. La force de la sélection européenne, c’est de proposer aux bons chevaux une réelle diversité de profils de pistes et de terrain, du bon au souple. Ces derniers jours, Goodwood illustre bien cela. Il est dommage, par exemple, de constater que le concours hippique est totalement passé sur les pistes synthétiques. »