Stéphane Cérulis, à trois mille à l’heure

Courses / 22.07.2021

Stéphane Cérulis, à trois mille à l’heure

Stéphane Cérulis, à trois mille à l’heure

Fin 2013, Stéphane quitte Mons, en Belgique, et s’installe à Deauville. En 2019, il remporte son premier Groupe avec Trois Mille. Dimanche dernier, il en ajoute un deuxième à son palmarès grâce à Océan. Et le 8 août prochain, il pourrait seller son premier partant dans un Gr1, le Larc Prix Maurice de Gheest.

Par Salomé Lellouche 

Le 3 juin, sur l’hippodrome de ParisLongchamp, Océan (Exosphere) remporte un handicap Classe 1 support d’événement. Qui aurait pu imaginer que ce poulain de 3ans, pris en valeur 42, aurait pu rivaliser avec de vieux sprinters aguerris au niveau Groupe dans le Prix de Ris Orangis (Gr3) ? Pourtant, il l’a fait ! Océan a permis à Stéphane Cérulis, son entraîneur, de remporter le deuxième Groupe de sa carrière. Il nous a confié : « Après sa victoire dans le Quinté de ParisLongchamp, il a montré qu’il avait énormément de vitesse. En fouillant dans les engagés du Prix de Ris Orangis, je me suis dit que c’était quand même une bonne opportunité sachant que Mariannafoot (Footsteepsinthesand) et Elusive Foot (Footsteepsinthesand) ne seraient pas de la partie [les deux ont participé au Prix de la Porte Maillot, ndlr]. J’ai donc appelé Stephan Hoffmeister pour inscrire le cheval lors du second engagement. Il y avait quand même un bel avantage au poids pour les 3ans et Stephan Hoffmeister aime les coups de poker. Je me suis donc dit qu’il fallait tenter un truc... Finalement, il a gagné avec autorité. »

Oui pour le Maurice de Gheest, s’il n’y a pas trop d’étrangers. La suite logique pour Océan serait de prendre part au Larc Prix Maurice de Gheest (Gr1) le 8 août lors du meeting de Deauville : « Océan est sur la montante et il a encore mieux pris sa course que les autres fois, donc nous allons l’engager dans le Maurice de Gheest. De plus, nous sommes sur place, il a l’avantage de bien faire la ligne droite et les 100m de plus ne devraient pas lui poser de problèmes. Surtout que dans les Grs1, le train est plus sélectif. Cela va lui plaire. S’il a un bon numéro et qu’il ne se retrouve pas trop loin, il est capable de nous faire plaisir… Le rêve continue mais c’est déjà une victoire pour le propriétaire et l’écurie d’avoir la prétention de courir une course comme celle-là. » S’il y avait trop d’étrangers ou trop de gagnants de Gr1 dans le Maurice de Gheest, une autre course pourrait convenir au poulain en fin de meeting, comme nous l’indique son entraîneur : « Le Prix de Meautry (Gr3) serait une bonne deuxième option. Océan devra porter 1,5 kg de plus, vu qu’il est gagnant dans cette catégorie. »

Océan aurait pu ne pas se remettre de sa castration. À 2ans, Océan a couru quatre fois pour une troisième place sur les 1.700m de Pornichet-La Baule. Ces résultats s’expliquent par un souci à un testicule l’empêchant de donner sa pleine mesure. Stéphane Cérulis nous précise : « Océan est un cheval que j’aimais beaucoup à 2ans, bien qu’il soit plus prêt mentalement que physiquement. L’un de ses testicules remontait pendant l’effort. Il n’a sans doute pas gagné à cause de ça. » Durant l’hiver, Océan a si mal pris sa castration que son entourage ne lui voyait plus grand espoir de revoir un jour un hippodrome, comme nous l’explique son entraîneur : « L’opération s’était bien passée, mais il a eu du mal à s’en remettre, ce qui est rare. Il a commencé à aller mieux un peu avant sa rentrée, qu’il a réalisée dans un maiden sur 1.800m. Et Aurélien Lemaître m’avait dit que c’était le bout du monde pour lui. Après il a gagné un maiden de faible qualité assez facilement sur 1.600m à Chantilly. C’est à ce moment-là qu’il s’est déclenché. »

Tout a commencé en 2017. Cela fait quatre ans que Stéphane Cérulis collabore avec Stephan Hoffmeister. Ensemble, ils ont monté l’écurie Trois Mille. L’entraîneur nous a confié : « Je suis le gestionnaire de l’écurie Trois Mille qui a été créée par Christophe Leblanc, notre avocat fiscaliste. Avec Stephan Hoffmeister, nous nous sommes rencontrés via un ami que nous avons en commun. C’est quelqu’un qui travaille beaucoup sur l’intuition mais nous arrivons toujours à trouver un accord. Au départ, il avait des chevaux chez Cédric Boutin, puis chez Fabrice Vermeulen. C’est une personne qui a les moyens d’investir dans de bons chevaux et je suis certain que ses couleurs peuvent briller à un bon niveau. Il aime acheter à réclamer, comme ce fut le cas pour Trois Mille, mais maintenant, nous achetons de plus en plus de chevaux aux ventes, notamment des jeunes chevaux. Il n’y a que de cette manière-là qu’il pourra toucher l’excellence. » Le 24 avril 2019, Stephan Hoffmeister a déboursé 19.888 € pour acquérir Trois Mille (Evasive), le futur lauréat du Prix de Seine-et-Oise (Gr3) et premier gagnant de Groupe de Stéphane Cérulis. Quant à Océan, il a été déniché aux ventes de yearling d’août pour 27.000 €. Stéphane Cérulis se souvient : « C’est aussi une belle histoire car c’est un rachat des ventes. Il lui a été proposé par son fidèle ami avec qui il avait acheté son premier cheval. Par la suite, j’ai été appelé pour valider le poulain qui était sain et net. »

Vers un beau meeting de Deauville. Le meeting de Deauville fait partie des dates clés de Stéphane Cérulis. Et déjà, lors des quelques réunions organisées au début du mois de juillet, il a montré qu’il fallait compter sur lui. Trois de ses six partants (dont Océan) se sont imposés. Il nous a dit : « Cette année, j’ai déclenché mes chevaux un peu tôt pour essayer de faire un gros meeting. Et peut-être qu’ils sont venus trop vite en forme. Nous allons quand même essayer de bien faire pour ce meeting. Cela va dépendre de la marge de mes chevaux. »

Une très belle saison 2021. Bien qu’il ait brillé au niveau Groupe avec des sprinters, Stéphane Cérulis ne se voit pas plus mal loti avec les chevaux de tenue : « Ma réussite avec les chevaux de vitesse est le fruit du hasard. En début d’année, mon écurie a brillé avec Aspirante (Myboycharlie), qui s’est classée troisième du Prix Caravelle (L), mais aussi avec le bon Panjaman (Lawman). » Poulain tardif, Panjaman s’est révélé en fin d’année de 3ans à Pornichet-La Baule. Cette année, il a remporté trois courses et reste notamment sur une victoire de Quinté sur 2.200m acquise à Chantilly le 18 juillet. « Il a le niveau pour faire un bon cheval de Défi du Galop l’année prochaine. J’ai toujours dit à ses propriétaires que c’était l’un de mes meilleurs éléments », précise l’entraîneur. Dans ses boxes, Stéphane Cérulis dispose aussi d’Azuréen (Siyouni), lauréat de deux de ses trois sorties. Le concernant, l’entraîneur nous a dit : « C’est un cheval qui pourrait être black type. En débutant, il a quand même battu le deuxième du Derby Allemand, Alter Adler (Adlerflug). Il pourrait courir le Grand Prix de Clairefontaine (L). Et pourquoi pas le Prix Guillaume d’Ornano (Gr2) même si c’est un petit peu prétentieux, mais nous verrons ! Nous allons y réfléchir à tête reposée. » À ce jour, Stéphane Cérulis a remporté vingt-cinq courses en 2021. Il n’est qu’à dix victoires d’égaler son score de l’année dernière. Ce succès grandissant, il le doit notamment à son équipe : « Je remercie l’équipe, les courtiers, les clients, mes mentors Fabrice Chappet et Christiane Head, et tous les jockeys qui ont monté les chevaux… Moi, je ne suis que l’homme qui valide les engagements ! »

Merci France Galop et Jean-Claude Rouget. Stéphane Cérulis est installé à Deauville et il apprécie particulièrement ses conditions de travail : « Tous les ans, des travaux sont mis en place. L’éclairage qui va être installé est une très bonne chose. Quand nous voyons la réussite des semi-nocturnes à Cabourg ou Vincennes, cela va forcément mettre encore plus en avant Deauville. Je suis très content de tous les directeurs qui se sont succédé sur le centre. Ils ont tous leurs qualités et ont réalisé des choses. Le nouveau, Guillaume Flavigny, est quelqu’un que j’apprécie énormément. Il est jeune et dynamique, un peu dans mon esprit. J’apprécie aussi beaucoup Mathieu Vincent. Ce sont des professionnels. » Pour l’entraîneur, l’une des grandes mises en valeur du centre d’entraînement est aussi l’arrivée de Jean-Claude Rouget en 2018 : « Son arrivée a boosté le centre d’entraînement. Cela nous a apporté beaucoup de sérénité. Jean-Claude a prouvé qu’il était possible d’avoir un gagnant d’Arc de Triomphe en étant installé à Deauville. C’était un peu la critique que tous les gens avaient. Je suis content que lui et son équipe aient gagné l’Arc l’année dernière. Quand un entraîneur deauvillais gagne, c’est tout le monde qui gagne. Je pense aussi que les clients sont de plus en plus en demande d’un centre d’entraînement comme celui de Deauville. »

 Magnifique Deauville. Même s’il est belge, Stéphane Cerulis pourrait se reconvertir en guide touristique de la station normande : « Deauville, c’est un peu tout ! C’est le deuxième endroit qui organise le plus de courses après Chantilly. Tous les haras sont à côté et nous sommes à une heure et demie de Paris. Je pense que les coûts financiers sont moins importants que ceux de Chantilly et la mer est un avantage : nous y allons de temps en temps. Cela fait du bien aux chevaux, surtout maintenant avec les grosses chaleurs. » Quand Stéphane Cérulis parle de Deauville, sa voix s’anime : « En dehors du travail, notre cadre de vie est exceptionnel ! Nous avons notre petit bar à huîtres à Trouville, le marché aux poissons, le Meeting, qui est une très bonne adresse tenue par Olivier Pasquier, tout comme la Cabane Perchée l’est par Miguel Blancpain. C’est magnifique de pouvoir amener les clients dans ce genre d’établissements. Il y a aussi La Terrasse des Ammonites chez Louis Armand Jolly et la belle brasserie Chez Marion (anciennement le Garage) qui vient d’ouvrir, Le Cyrano, pour prendre son café le matin… » Cette année, le plus gros regret de l’entraîneur sera de ne pas pouvoir se rendre au Brok Café, dont la façade a été victime d’un accident de voiture et qui ne peut accueillir de client sans risquer de voir une partie de l’immeuble s’écrouler.