Tous responsables

Autres informations / 20.07.2021

Tous responsables

Tous responsables

Par Adeline Gombaud

L’émission Panorama de la BBC, diffusée lundi soir à 20 h 30, a vivement fait réagir l’univers des courses anglaises et irlandaises. Pour nous, Français, c’est une piqûre de rappel sur ce qui nous menace si nous ne prenons pas les bonnes décisions.

Ce que montre ce documentaire

Le documentaire, intitulé The dark side of racing (la face sombre des courses), s’appuie sur des vidéos livrées par une association animaliste, Animal Aid (qui prône l’arrêt des courses et la fin de l’abattage des animaux pour la consommation humaine). Elles ont été réalisées dans un abattoir anglais habilité pour abattre des chevaux. Le documentaire assure qu’il s’agit d’anciens chevaux de course, dont certains ont parcouru des kilomètres en bateau et en camion, depuis l’Irlande, alors même qu’ils étaient accidentés. Les chevaux sont abattus dans des conditions indignes, causes de souffrances inutiles. Cerise sur le gâteau, certains des chevaux irlandais abattus en Grande-Bretagne venaient de l’écurie de Gordon Elliott, et la tristement fameuse photo de l’entraîneur sur un cheval mort a ressurgi…

La réaction des instances des courses

La BBC est l’une des chaînes télévisées les plus populaires en Grande-Bretagne, et Panorama en est l’une des émissions phares, diffusée à une heure de grande écoute. En 1995, c’est à l’occasion de cette émission que la princesse Diana avait fait des révélations fracassantes sur son couple… On comprend mieux la portée du documentaire The dark side of racing, et les réactions des instances des courses anglaises et irlandaises n’ont pas traîné. La BHA et le Horse Welfare Board ont annoncé la programmation d’une réunion dès mardi pour discuter de ce sujet. Dans un communiqué, la BHA a déclaré : « Personne dans les courses ou personne qui aime les chevaux n’a envie de les voir souffrir à la fin de leur vie. S’il y a eu une infraction par rapport aux bonnes pratiques des abattoirs et que le bien-être des chevaux en a pâti, c’est un sujet qui doit être traité de manière urgente. Cela inclut le transport de chevaux sur de longues distances vers les abattoirs, surtout s’ils sont blessés. Ce n’est pas acceptable. La Food Standards Agency, qui réglemente les abattoirs, est responsable du maintien des normes de bien-être animal. Nous les soutiendrons s’ils estiment qu’il existe des preuves de mauvais traitements infligés aux animaux qui nécessitent une enquête, étant donné l’inquiétude du public pouvant découler de ce programme. L’industrie britannique des courses et les 7.000 employés qui s’occupent de nos chevaux jour après jour sont fiers des soins, de l’attention et du respect que nos chevaux reçoivent. Lorsque des décisions concernant la fin de vie sont envisagées, nous souhaitons qu’elles soient prises conformément aux directives d’euthanasie élaborées par le Horse Welfare Board au cours des douze derniers mois. Celles-ci visent à garantir que le bien-être des chevaux est protégé et que toutes les options disponibles pour leur placement sont examinées. Notre sport a défini son approche du bien-être équin dans une stratégie publiée en 2020. Le programme a choisi de ne pas mettre en avant cette stratégie. L’un des aspects essentiels est la responsabilité collective à vie, et le rapport a identifié la nécessité d’améliorer encore notre bilan dans les domaines du suivi et de la traçabilité de nos chevaux. »

Une responsabilité collective à vie

Il est rare que les opposants aux courses s’attaquent à la façon dont sont traités les chevaux pendant leur carrière de courses, même si l’utilisation de la cravache, ou les accidents, notamment en obstacle, sont pointés du doigt. Le maillon faible de notre univers, c’est le devenir des chevaux une fois qu’ils ont quitté le circuit des courses. Il n’est plus possible de se dire qu’une fois que le cheval a été réformé, son sort ne nous concerne plus. C’est là qu’une association comme Au-delà des pistes entre en jeu. Son rôle va plus loin que le placement du cheval – une démarche que beaucoup effectuaient individuellement depuis des années, "pariant" sur le fait que le cheval tomberait dans la maison, et ce, pour toujours. Ce pari, on ne doit plus le faire. Au-delà des pistes garantit la traçabilité de votre équidé. Le cheval est ainsi protégé pour sa deuxième vie avec une restriction d’exploitation, une interdiction d’abattage et une exclusion de la consommation. Un suivi du cheval dans sa nouvelle vie est assuré par la structure. Tout cela a un coût. Et ce coût, ce sont les acteurs de la filière qui doivent l’assurer, par le financement de l’association. C’est le coût de la responsabilité !

La bataille de la communication

Le communiqué de la BHA met le doigt sur le défi que doivent relever les courses. Il est évident que, dans leur grande majorité, les chevaux de courses sont bien traités, que ce soit en France, en Grande-Bretagne, et en Irlande. Il est tout aussi indéniable que de rares cas d’abus ou de maltraitance existent. Et c’est (toujours) cette facette qui est montrée dans les documentaires chocs. Pourquoi ? Parce que les associations animalistes ont gagné le combat de la communication. Les courses ont toujours réagi a posteriori aux attaques. Elles ont un train de retard, et elles l’ont toujours, malgré les nombreuses initiatives qui fleurissent ces derniers mois. Oui, en France, la FNCH s’est mise à produire des films sur le bien-être. Oui, les professionnels se sont emparés (petit à petit) du hashtag #raceandcare sur les réseaux sociaux. Oui, si l’on est proche du milieu des courses, on sait à quel point les chevaux sont bien traités. Mais qu’en est-il du grand public ? Pourquoi une émission de télévision va-t-elle répondre positivement aux demandes des animalistes, sans "instruire à décharge" ? Parce qu’il nous manque de vrais lobbyistes, des professionnels de la communication qui connaissent les codes des grands médias, qui savent comment les toucher, quelles histoires peuvent les intéresser… Vous pensez que c’est un luxe que les courses ne peuvent pas se permettre ? C’est tout le contraire. Pour ne parler que de la France, une vraie prise de conscience sur le bien-être animal s’est mise en place ces dernières années, et le travail d’une association comme Au-delà des pistes est formidable.

La prochaine étape, c’est de le faire savoir. Et pas que dans notre microcosme.

Tous dans le même bateau

Il serait faux de penser que, parce que ce documentaire est passé en Grande-Bretagne, c’est un problème qui ne concerne que les Anglais et les Irlandais. Peut-être que les associations animalistes sont plus virulentes de l’autre côté de la Manche. Peut-être que les médias y sont plus sensationnalistes… Mais dans ce domaine, les frontières n’existent pas. Les réseaux sociaux se sont déjà emparés de l’affaire Panorama. France, Grande-Bretagne, Irlande, États-Unis, Australie… Trop, galop, sports équestres… Nous sommes tous dans le même bateau ! Il va falloir ramer dans la même direction. Et fort.

L’éclairage de Lisa-Jane Graffard, secrétaire générale de l’association Au-delà des pistes

« L’émission Panorama a mis en lumière, une fois de plus, les problèmes extrêmement troublants et pénibles liés aux abattoirs. Malheureusement, les pratiques employées, y compris le transport sur de longues distances, l’échange douteux de puces électroniques et les procédures inhumaines de fin de vie sont inacceptables, et en tant qu’amoureux des chevaux, nous devrions tous mépriser ces pratiques.

Chez ADDP, nous rencontrons régulièrement des propriétaires de chevaux de course reconvertis sur les réseaux sociaux, qui disent avoir "sauvé leur cheval de l’abattoir". Mais nous entendons rarement (voire jamais) des histoires de chevaux passant directement d’une écurie de course à un abattoir. Effectivement, ces chevaux pointés du doigt ont souvent changé de mains au moins une ou deux fois avant d’arriver au pire, et pourtant c’est notre filière qui en est toujours tenue pour responsable. Au-delà des pistes s’efforce de garantir le meilleur résultat possible pour chaque cheval que nous plaçons. Cependant, les défis sont nombreux, notamment les coûts impliqués et le manque de traçabilité officielle des chevaux lorsqu’ils quittent la filière. Un système de suivi officiel serait le bienvenu, mais en attendant, il s’agit d’un travail manuel.

Au sein de la filière, nous savons que nous avons tous une responsabilité individuelle envers chaque cheval dont nous nous occupons, ainsi qu’une responsabilité collective envers notre sport, afin de garantir le respect des meilleures pratiques et de nous engager à fournir des soins à vie à tous les chevaux élevés pour les courses ; tout cela pour les chevaux bien sûr, mais aussi pour les nombreuses personnes qui vivent grâce à notre filière et qui méritent d’être fermement défendues. »