MON CHEVAL GALOPE PLUS VITE QUE LE TIEN

Courses / 04.08.2021

MON CHEVAL GALOPE PLUS VITE QUE LE TIEN

MON CHEVAL GALOPE PLUS VITE QUE LE TIEN

– Où il est question de divorce, de fusée, de citations, de confiance… et de quatre mégamaidens de Deauville : Tancarville, Lisieux (jeudi), Marettes et Crèvecœur (dimanche). Une fable signée Franco Raimondi.

Alerte ! Le Prix de Tancarville peut conduire au divorce. Je peux en témoigner : le choix d’arriver à Deauville avec quelques jours d’avance sur le planning imaginé par mon (ex) femme pour assister aux grandes courses pour inédit(e)s avait fait naître chez elle la conviction qu’il valait mieux se séparer d’un idiot qui, en vacances, passait tout son temps à étudier les origines des poulains et pouliches et les regardait au rond de présentation comme des œuvres d’art… Elle avait raison, et est devenue riche. Moi aussi, en un sens, puisque j’ai suivi ma passion et que je me suis bien amusé avec mes courses, mes chevaux et mes voyages.

Le jour de Zafonic… Le Prix de Tancarville du scandale familial que je viens d’évoquer était celui de 1992. L’Italie avait un partant dans le Jacques le Marois (Gr1) et, sept jours plus tard, une pouliche et un poulain dans le Morny (Gr1). J’avais donc trouvé un accord avec mon patron pour passer toute la semaine à Deauville en notes de frais (« Sois sage, n’exagère pas… » m’avait-il dit), pour couvrir les deux événements. Malheureusement, cette – pourtant opportune – rallonge était trop aux yeux de (l’ex) Madame... Tant pis pour elle.

Bref. Dix jours avant le Morny, j’ai eu le privilège d’assister aux débuts d’un super poulain : Zafonic, casaque Abdullah, entraînement Fabre et monte de Pat Eddery, qui avait fait spécialement le déplacement d’Angleterre. Puis le Morny s’est approché avec, au départ de la course, la fusée italienne Secrage dont le titre de gloire était d’avoir battu un certain Kingmambo dans le Cabourg. La veille du Morny, je croise sur l’hippodrome Fabio Brogi et Bartolo Iovine, l’entraîneur et le jockey de Secrage. Hyperconfiants mes amis italiens ! Sans vouloir doucher leur enthousiasme, je les conduis quand même dans une petite salle où l’on pouvait regarder les vidéos des courses passées. Après avoir assisté aux débuts de Zafonic, comment dire… ? Quelque chose comme : « Bon, si on est deuxièmes derrière ce monstre, ça sera le meilleur résultat possible. »

Ils avaient raison et le jumelé Zafonic-Secrage a été réinvesti dans un cadeau d’apaisement. Inutile, certes. Mais cela, on ne le sait pas avant. Et même quand on le sait, c’est toujours tentant d’essayer.

Les quatre magiques et internet… Tancarville, Lisieux, Marettes et Crèvecœur sont les mots-clés du mois d’août à Deauville – encore plus que les Grs1 qui s’enchaînent et les champions qui arrivent de toute l’Europe. Un philosophe des courses vous dira que c’est la force du rêve, la base d’un sport qui n’est pas comme les autres. La découverte d’un futur champion donne encore plus de plaisir que la démonstration d’un crack. Une recherche sur le site internet de Jour de Galop nous offre une révélation : le Prix des Marettes a été cité dans 433 articles, et le Crèvecœur dans 402. Mon Tancarville chéri est à 190 et le Lisieux à 213. Les quatre courses en sont à 1.238 articles ! À titre de comparaison, Trêve pointe à 1.019 et Goldikova à 1.206.

Économie et fierté. En suivant une approche plus économique, ce serait enfoncer une porte ouverte que de rappeler ce fait évident (ou anodin… Anodin ayant fini deuxième du Crèvecœur 2012) : remporter l’un des quatre grands Maidens booste la confiance d’un propriétaire en son entraîneur quelques semaines avant la vente. Et quelle publicité pour un éleveur qui a le frère ou la sœur !

Ces courses sont tellement puissantes que le seul fait d’être au départ est un motif de fierté, même s’il ne s’agit que de lâcher, au détour d’une conversation, un évasif : « Je pense que nous pourrions avoir un partant dans le Tancarville et une partante dans les Marettes… »

Aux racines d’Adayar. Le palmarès des poulains et pouliches qui ont découvert les hippodromes dans ces courses est impressionnant, on le sait et dans Jour de Galop, nous en avons proposé l’étude détaillée à plusieurs reprises. Le plus récent champion lié aux mégamaidens de Deauville est Adayar. Ah bon ? Oui, car sa mère Anna Salai s’était classée deuxième d’une édition de légende des Marettes (2009), derrière Zagora qui a remporté ensuite la Breeders’ Cup Filly & Mare Turf (Gr1), mais devant les futures gagnantes de Gr1 Aruna et Lily of the Valley. Sans oublier Kartica, mère de la double lauréate de Gr1 Qemah… elle-même deuxième des Marettes 2015… L’élève du Cadran étant à présent la mère de Taihah, candidate dimanche aux Marettes 2021 ! Qui a dit que bon sang ne saurait mentir ?

Un rite magique. Jeudi, huit poulains s’aligneront au départ du Tancarville et dix pouliches au départ du Lisieux, puis vendredi, nous découvrirons les partants des Marettes et du Crèvecœur qui auront lieu dimanche. Notre rituel initiatique estival commencera alors avec l’étude des origines des impétrants, se poursuivra avec l’interception des bruits du matin (caractéristique des mégamaidens : tous les partants, même les non-partants volent à l’entraînement… ou pour le dire autrement : si vous avez dix partants, onze entraîneurs sont chauds !) et se terminera avec l’examen des stars au rond de présentation. À la recherche de la formule magique. Ni "Abracadabra" ni "Sésame ouvre-toi". Chez nous, on dit : mon cheval galope plus vite que le tien.