L’avocate de Pierre-Charles Boudot contre-attaque

Autres informations / 13.08.2021

L’avocate de Pierre-Charles Boudot contre-attaque

L'avocate de Pierre-Charles Boudot contre-attaque

Exclusif JDG. Son avocate a déposé une requête en annulation de la mise en examen devant la chambre d’instruction de la cour d’appel d’Amiens. Et elle poursuit aussi, au pénal et au civil, les médias et les journalistes ayant porté atteinte à la présomption d’innocence de Pierre-Charles Boudot.

Par Mayeul CAIRE.

Directeur de la publication

Vendredi matin, France Galop a envoyé à la presse un communiqué annonçant que la suspension de Pierre-Charles Boudot – et de Pierre Bazire – était prolongée de six mois. Pour la société mère, ce vendredi 13 (sic) était la date limite pour allonger dans le temps la mesure initiale… puisque celle-ci avait été prise à l’encontre des deux jockeys le 14 mai pour une durée de trois mois.

D’après nos informations, les commissaires de France Galop ont contacté en amont les deux suspendus pour « prendre connaissance de leurs observations ». Cela a donné à Me Florence Gaudillière qui défend "PC" l’occasion de faire connaître aux juges du galop deux éléments de défense importants, dont personne n’avait jamais eu connaissance jusqu’à présent : le dépôt d’une requête en annulation de la mise en examen de son client et une plainte en diffamation contre plusieurs médias nationaux généralistes.

L’entourage du jockey a le sentiment – assez compréhensible au demeurant – d’avoir été jugé et condamné par le tribunal médiatique et par le tribunal des réseaux sociaux, alors que la vraie justice, elle, n’est pas encore passée… ce qui signifie que le mis en examen est toujours présumé innocent.

Du côté de France Galop, on est dans le très macronien : "et en même temps"… Et en même temps, les deux pilotes « demeurent présumés innocents » ; et en même temps, « au vu des poursuites pénales en cours dont ils font toujours l’objet, de la gravité des faits supposés et de leur atteinte à l’image des courses, à la régularité et à la sécurité de celles-ci, ainsi qu’à l’organisation des paris afférents, les commissaires »… De la main gauche, je reconnais la présomption d’innocence des jockeys et de la main droite, je les suspends au nom de l’image des courses – ce qui revient, qu’on le veuille ou non, à aller dans le sens du tribunal médiatique et populaire.

Vous vous poserez sans doute la question que nous nous sommes nous-mêmes posée : sur quel fondement juridique ou réglementaire peut-on aller contre l’esprit de la Constitution (on parle de celle de la Ve République, pas du Code des courses) quand elle évoque la présomption d’innocence ? Les commissaires de France Galop ont la réponse. Ce qu’ils ont prononcé, c’est une "suspension" "à titre conservatoire" et non une "sanction" (chaque mot a son importance) "définitive" (bis idem). La dimension "provisoire" et "non disciplinaire" leur permet – du moins est-ce leur lecture – de ne pas bafouer la présomption d’innocence. Chacun jugera si le fait d’empêcher quelqu’un de travailler bafoue ou non une présumée innocence.

Il y a un autre paradoxe dans le texte pondu par France Galop. C’est au sujet de la durée de la suspension – et par extension, au sujet de la suspension elle-même. Le texte évoque une suspension de six mois. Mais (nous citons France Galop) : « ces mesures pourront être levées à tout moment ou renouvelées en fonction des éléments qui seront portés à la connaissance des commissaires de France Galop. » Donc, si un ami vous pose la question, répondez-lui ceci : Pierre-Charles Boudot et Pierre Bazire sont suspendus pour un jour ou pour dix ans. Ou, comme le disait Fernand Reynaud au sujet de la durée de refroidissement du canon* : ils sont sur la touche « pour un certain temps… » Tout dépendra de la manière dont la Justice (de la République) avancera et de ce qu’elle décidera.

Bref, tout cela montre la "gêne" qu’inspire ce dossier à tous ceux qui sont contraints de l’aborder… La filière est en majorité derrière les deux jockeys ; mais personne ne leur donnera raison s’il s’avère que ce que les plaignantes leur reprochent s’est réellement passé. En d’autres termes : beaucoup d’acteurs des courses auraient préféré que la présomption d’innocence soit respectée et que les jockeys puissent continuer à monter… mais ne leur pardonneront rien si la Justice les déclare coupables.

Dans un monde idéal, c’est toujours comme cela que les choses devraient se passer.

Mais ce monde n’existe pas. Songez à la dinguerie dans laquelle nous vivons. D’une part, la Justice est de plus en plus longue. Elle l’a toujours plus ou moins été et c’est précisément de ce décalage temporel entre les faits et le jugement qu’est née la présomption d’innocence. La présomption d’innocence n’existerait pas – personne n’en aurait besoin – si le jugement était extrêmement proche de l’action. Et d’autre part, alors que les délais judiciaires s’allongent, la société civile accélère – en particulier du fait de la concurrence entre les médias traditionnels et les réseaux dits “sociaux”. La Justice est de plus en plus lente à juger ; la société est de plus rapide à le faire, et de plus en plus tranchée dans ses verdicts (le gris n’a pas sa place en ligne). Pris entre le marteau du juge et l’enclume du tribunal populaire, le présumé innocent est toujours coupable à 100 % ou innocent à 100 %.

* Le génial comique imaginait une scène d’instruction militaire, lors de laquelle un "sous-off" vraiment bas de plafond soumettait ses bidasses à un contrôle de connaissance assez ubuesque : "Combien de temps met le fût du canon pour refroidir une fois que l’obus est sorti du canon ? Réponse : un certain temps…"

Le texte complet de France Galop

« Les commissaires de France Galop ont pris connaissance des observations apportées par les jockeys Pierre-Charles BOUDOT et Pierre BAZIRE, mis en examen par un magistrat instructeur du tribunal judiciaire de Senlis, dans la perspective d’une reconduction éventuelle des mesures conservatoires adoptées à leur encontre le 14 mai 2021. Bien que ces deux jockeys demeurent présumés innocents, au vu des poursuites pénales en cours dont ils font toujours l’objet, de la gravité des faits supposés et de leur atteinte à l’image des courses, à la régularité et à la sécurité de celles-ci, ainsi qu’à l’organisation des paris afférents, les commissaires ont suspendu, à titre conservatoire, et pour une durée de 6 mois l’autorisation de monter desdits jockeys et ce en application des dispositions de l’article 216 du Code des courses au galop. Ces mesures pourront être levées à tout moment ou renouvelées en fonction des éléments qui seront portés à la connaissance des commissaires de France Galop. »