Tour des haras - Août 2021 : Andreas Putsch : « Les chiffres ne mentent pas »

Élevage / 13.08.2021

Tour des haras - Août 2021 : Andreas Putsch : « Les chiffres ne mentent pas »

Tour des haras - Août 2021

Andreas Putsch : « Les chiffres ne mentent pas »

Comme chaque année, les journalistes de JDG questionnent les haras qui présenteront des yearlings en août à Arqana. Rendez-vous avec Andreas Putsch, du haras de Saint Pair.

Jour de Galop. – Dans les années 1990, vous avez pratiqué avec succès le pinhooking aux États-Unis. Avec le lot 26, vous renouez donc avec l’exercice…

Andreas Putsch. – Trouver un bon foal, c’est un exercice intellectuellement intéressant ! En outre, au haras, nous produisons peu de chevaux et ils évoluent sur de grandes surfaces. Il est parfois très intéressant de compléter un lot de foals trop restreint par un achat extérieur. Notamment pour leur croissance et la stimulation de leur immunité. Nous avons par exemple pinhooké un foal de Profitable (Invincible Spirit) à Newmarket. Acheté 105.000 Gns, il a été revendu 150.000 Gns.

Votre effectif est volontairement réduit. Mais avec 35 foals de 2016 à 2018, vous avez obtenu sept black types soit 20 %, un taux de réussite exceptionnel. Comme l’expliquez-vous ?

Les chiffres ne mentent pas et nous les suivons avec attention. Le plus important, ce n’est pas la génétique : c’est l’élevage. C’est-à-dire la manière dont les poulains grandissent. Nous offrons une surface exceptionnellement élevée à chaque individu. Et ça, c’est le plus important.

Nos herbages sont impeccables : sans pollution, sans parasite. Et nous donnons aux terres du repos. Notre haras fonctionne bien grâce à la qualité de l’équipe.

Si vous regardez autour de nous, certains haras, malgré des moyens limités, produisent beaucoup de bons chevaux : ce n’est pas un hasard, c’est le fruit d’une bonne gestion et du travail de véritables gens de chevaux.

Vous élevez depuis 2007 à Saint Pair. Qu’avez-vous appris en quatorze années ?

C’est une somme de détails qui fait la différence. Nous ne procédons pas à de grands changements, mais à de nombreuses petites améliorations. Cela demande du temps et du travail. À Saint Pair, les équipes sont impliquées : ça bosse vraiment. Les chevaux ne connaissent pas les dimanches et les vacances. Il faut le personnel et les équipements pour travailler correctement. On doit poser des questions en permanence, se remettre en cause. Je suis très fier du haras, de l’équipe… mais je sais que nous avons encore une marge de progression.

Aux ventes, beaucoup de gens privilégient la page de catalogue plutôt que les performances des juments. Or 90 % de vos poulinières sont gagnantes et 60 % sont black types. Pourquoi ?

Chaque haras a ses préférences. Notre ambition, plus que d’élever des chevaux de vente, c’est de sortir des sujets performants. Avant Saint Pair, j’ai commencé en tant qu’éleveur sans terre, avec des juments très bien nées mais sans performances. Et je n’ai sorti aucun bon cheval de cette manière. Peut-être que cela fonctionne pour certains, mais pour moi cette expérience n’a pas été concluante. En ce qui concerne les pedigrees, je ne pratique pas l’ésotérisme. Je crois au fait de croiser un étalon de talent et une jument avec de la qualité. À mon sens, c’est la meilleure manière de sortir un cheval de course.

Un exemple de votre manière de procéder, c’est Via Milano. Une jument avec des performances, mais pas un très grand pedigree, à partir de laquelle vous avez bâti une souche de valeur.

Si vous remontez le pedigree de chaque pur-sang, vous tomberez toujours sur un bon cheval. La cinquième mère de Via Milano (Singspiel) est celle de Ribot (Tenerani)… Mais dans son cas particulier, c’était une lauréate du Prix des Réservoirs (Gr3), avec une bonne santé et un bon mental. Une véritable guerrière. Or elle a transmis ses qualités à sa descendance qui a de la vitesse et de la précocité [elle est l’aïeule de sept black types, ndlr].

Son petit-fils, le triple lauréat de Gr1 Admire Mars (Daiwa Major), était un champion à 2ans au Japon. Nous avons cependant eu besoin d’un peu de temps pour apprendre à croiser cette famille.

Sub Rose a une histoire peu ordinaire. Son fils Subway Dancer a été vendu 3.000 € à la fin de son année de 3ans. Et lorsqu’il est parti en République tchèque, il était difficile d’imaginer qu’il aurait un tel destin…

Sub Rose (Shamardal) avait beaucoup de qualité : elle avait remporté le Prix de Royaumont (Gr3) de trois longueurs pour sa deuxième sortie seulement. Son fils Subway Dancer (Shamardal) était un cheval très difficile. Et son histoire nous a appris à être plus patients avec les chevaux. Quand un cheval montre de la qualité, même s’il rencontre quelques problèmes, il faut lui laisser du temps. "Docteur temps", c’est le meilleur vétérinaire au monde et la famille Koplik a fait du très bon travail avec lui. Par ailleurs, on voit très souvent que les chevaux peuvent bénéficier d’un changement d’environnement. Ce fut le cas de Subway Dancer qui a gagné les Prix du Conseil de Paris (Gr2) et André Baboin (Gr3), tout en se classant troisième des Champion Stakes (Gr1).

Pourquoi avoir mis Pearls Galore, gagnante des Brownstown Stakes (Gr3), à l’entraînement en Irlande ?

Paddy Twomey est un ami. Il est jeune, extrêmement talentueux et entraîne un petit effectif sur sa propre piste, en pleine campagne. C’est parfait pour une jument nerveuse comme Pearls Galore (Invincible Spirit). J’aime travailler avec des hommes de chevaux, des entraîneurs qui sont proches de leurs animaux. Et c’est son cas. Paddy Twomey est un professionnel qui a réussi tout ce qu’il a entrepris avec les chevaux : les pinhookings, l’élevage et désormais l’entraînement. Il n’avait que 15 ans lorsque son élève Tagula (Taufan) a remporté le Prix Morny (Gr1).

Pour en revenir à Pearls Galore, je pense qu’il est important pour nous de gagner en Irlande, un pays où les victoires sont très difficiles à décrocher. En plaçant des chevaux à l’étranger, nous essayons de bâtir des familles internationales. Tous les Irlandais qui ont fait le déplacement à Deauville savent qui est Pearls Galore. De même la réussite d’Admire Mars, le fils d’une jument que nous avons vendue, a représenté une belle publicité pour sa souche au Japon.

Quel regard portez-vous sur la situation des courses européennes ?

Je ne suis pas très optimiste. Les courses européennes sont mal gérées. Et les allocations sont trop faibles, même en France, en comparaison avec Hongkong, les États-Unis, le Japon, l’Australie… Le niveau de nos courses et de notre élevage est encore bon. Mais cela ne va pas durer éternellement avec des allocations faibles : les bons chevaux vont là où l’argent se trouve. La faiblesse des gains de course en Europe est un frein à l’investissement dans les yearlings. Par ailleurs, en France, il est dommageable de constater que les gains ne sont pas proportionnels au mérite. En gagnant le Prix de Crèvecœur ou les Marettes – deux courses de haut niveau –, on décroche 22.000 €. Celui qui remporte le Grand Handicap de Deauville obtient 70.000 € avec les primes. Le programme est trop dirigé par le jeu. Et on incite plus les gens à acheter des réclamers que des yearlings. Surtout qu’après les Maidens, le programme des jeunes chevaux est plus difficile qu’auparavant.

Envisagez-vous d’envoyer des chevaux aux États-Unis ? En Australie ?

Pas aux États-Unis. Mais éventuellement en Australie dans le cadre d’une association. J’ai voyagé à travers le monde, et l’Europe est clairement mon continent préféré. Pour sa culture, sa diversité… Malheureusement, nos courses ne sont pas bien gérées. Les propriétaires payent les factures et font vivre la filière. Mais ils doivent se réunir car se plaindre dans son coin n’est pas productif. Aux États-Unis, où les hippodromes sont des entreprises, c’est le cas : ils se font entendre. Là-bas, les allocations sont réparties en concertation avec eux. Car sans propriétaires, pas de chevaux. Et sans chevaux, pas de course et pas de jeu. Avec une meilleure organisation, l’Europe des courses peut faire mieux.

Donneriez-vous sa chance à un jeune sire avec des top performances mais pas un grand pedigree ?

Pour un jeune sire, j’ai besoin d’avoir été impressionné en piste. Je suis très attentif au mental. Comme ce fut le cas avec Frankel (Galileo) que nous avons utilisé en première année. Nous avons deux juments pleines de Pinatubo (Shamardal).

Avec les étalons, tout peut arriver : impossible de savoir lequel va réussir par avance. Mais je pense que l’entourage compte beaucoup. Ce n’est pas un hasard si certains haras sortent plus de bons étalons que d’autres. Ils les soutiennent avec leur propre jumenterie de manière massive. Comme dans le cas de Tally-Ho Stud. Ou dans le cas de Gérard Augustin-Normand avec Le Havre (Noverre). Un autre exemple, c’est celui de Guy Pariente avec Kendargent (Kendor) et Galiway (Galileo).

Quel est votre plus grand pari ? Acheter autant de terres ?

Mark Twain a dit : « Achetez de la terre, on n’en fabrique plus… » Je pense que c’est un bon investissement. Saint Pair est un endroit idyllique, d’une grande beauté. La préservation de ces terres m’apporte une réelle satisfaction, à l’heure où la nature est détruite autour de nous. La France a la chance d’avoir beaucoup de beaux haras et de bonnes terres. C’est un héritage pour les générations futures.

Notre plus grand pari, c’est certainement l’achat de Pearly Shells (Effisio) alors qu’elle était yearling. Chez Goffs, j’étais avec Jean-Louis Branère qui m’a fortement poussé à l’acheter… Mais nous l’avions payée 250.000 livres irlandaises. John Gosden enchérissait contre nous et elle a donc atteint deux fois le budget initial. Son père Efisio (Formidable) faisait la monte à 5.000 £ : à la fin de la vente, les gens sont venus nous féliciter, tout en ayant un regard qui disait : « Oh, les pauvres. » Alors quand elle a gagné Prix Vermeille (Gr1), ce fut mon plus beau jour aux courses. Malheureusement, la jument nous a quittés cette année. Mais elle nous a offert une belle descendance et nous avons plusieurs femelles.

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot Sexe Père Mère

26 F. Dubawi Joyful Hope

113 M. Kingman Via Pisa

162 F. Zoustar Dardiza

277 M. Shalaa Setsuko

291 M. Myboycharlie Sub Rose

322 F. U S Navy Flag Amorine