Dress code… or not ? 

Courses / 22.09.2021

Dress code… or not ? 

Par Mayeul Caire

La longue, très longue histoire de la mode nous enseigne que la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain. Prenons un exemple bien connu sur les hippodromes : le chapeau melon. Longtemps, il fut le chapeau des employés et jamais vous ne l’auriez posé sur la tête d’un représentant des classes supérieures. Et pourtant… dans la seconde partie du XXe siècle, il devint dans les enceintes que nous fréquentons l’attribut de l’aristocratie et de ceux qui voulaient s’en approcher. De nombreuses photographies représentent par exemple le marquis de Geoffre, dont personne n’aurait contesté l’élégance, avec un melon. Et nous pourrions multiplier les exemples, comme le pantalon, attribut populaire devenu universel, ou l’imperméable, que personne n’aurait eu l’idée de porter en ville à l’époque où il n’habillait que les militaires, sans parler des sabots – accessoire hype autrefois dévolu aux paysans.

Aujourd’hui, c’est Tony Parker qui porte un tee-shirt aux courses. Mais le tee-shirt n’est plus, depuis longtemps, un vêtement de travail. Il est devenu un accessoire de mode, présent jusque sur les catwalks des défilés de haute couture. Porter un tee-shirt n’est plus un signe de laisser-aller. Associé à un joli pantalon voire à une veste, il peut être plus chic qu’une mauvaise chemise avec d’improbables motifs ou trois boutons pour fermer le col. Et si l’on se réfère aux exemples que j’ai cités précédemment, on peut même penser – même si ce n’est pas une certitude – que le tee-shirt remplacera un jour la chemise partout !

Résultat du vote

France Galop doit-il imposer un dress code aux courses ?

Twitter : POUR 54,7 % // CONTRE 45,3 %

Instagram : POUR 55 % // CONTRE 45 %

Alors pourquoi donc l’affaire du "T de TP" fait-elle autant réagir ?

D’abord parce que dans un monde qui change à une vitesse jamais connue, nous sommes tous tentés de rattraper au vol des particules d’une civilisation en mode effritement. Dans un monde dont les repères changent à vue d’œil, nous sommes tous en quête de repères pour nous rassurer.

Ensuite parce que les courses ont, dans leur ADN, la notion de tradition. Nous pensons légitimement que cette tradition est une force pour notre univers. Pour autant, il serait intéressant de déterminer quels sont les véritables éléments de notre tradition ? Est-ce la tenue aux courses ? Ou, pour prendre des exemples extrêmement variés : le temps entre les courses ? Le fait qu’un étalon de pur sang ne doive se reproduire qu’en monte naturelle ? Que la distance classique est 2.400m ? Que les jockeys doivent porter des tenues choisies par le propriétaire du cheval ? Ou pour le dire autrement, la tradition serait-elle plus chamboulée si le tee-shirt se généralisait ? Ou si le temps entre les courses passait à 10 minutes ? Ou si l’insémination artificielle était autorisée ? Ou si la distance classique devenait 1.600m ? Ou si les jockeys portaient leur casaque personnelle ? Voire, pour parler d’un débat contemporain, si l’on supprimait la cravache ?

Enfin, pourquoi l’affaire du "T de TP" fait-elle autant réagir ? Peut-être parce qu’avec l’habillement, nous touchons à un ressort intime. Ce que nous portons est une seconde peau. Logique, donc, que ce débat soit "à fleur de peau". Pour aller plus loin, il faudrait s’en prendre à la peau elle-même, au physique des gens. Ou pour le dire autrement : en émettant un jugement sur la manière dont une personne est habillée, on se compare soi-même et c’est ce qui rend le débat électrique. Car la manière dont un membre de "notre" groupe s’habille nous touche jusque dans notre être…

Sur les réseaux, certains s’en sont pris directement à Tony Parker, notamment du fait de ses responsabilités en tant qu’ambassadeur des courses ; d’autres ont trouvé injuste que l’on attaque une personne en particulier, regrettant un lynchage encouragé par l’anonymat des réseaux sociaux. Quelles que soient les sensibilités de chacun, je crois en toute objectivité que le fait qu’il ait porté un tee-shirt à Longchamp n’a pas nui à son rôle d’ambassadeur. Je pense même au contraire que ce tee-shirt peut avoir des répercussions positives. En effet, le port de ce tee-shirt pourrait contribuer à faire tomber certaines barrières psychologiques chez ceux qui suivent Tony Parker sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Ces jeunes que nous voulons attirer en utilisant l’image, positive et moderne, de TP ne seront-ils pas "rassurés" en constatant que les acteurs des courses sont plus proches d’eux qu’ils ne le croyaient – par l’entremise symbolique de leur mode vestimentaire ? En ce sens, le "tee-shirtgate" finira peut-être par nous servir plus que nous desservir. 

Vous avez très nombreux à participer à notre sondage et nous vous en remercions. Si l’on devait résumer votre point de vue : vous êtes presque autant à vouloir que le dress code s’assouplisse qu’à souhaiter que France Galop donne des indications plus précises, ne serait-ce que pour les grandes courses. Et c’est sans doute dans cette voie médiane (tenue imposée les jours de grandes courses ; tenue plus libre les autres jours) que se situe la vérité.