Gran Premio di Merano (Gr1) : L’Estran entre dans l’histoire de Merano

International / 26.09.2021

Gran Premio di Merano (Gr1) : L’Estran entre dans l’histoire de Merano

Merano (IT), dimanche

L’entraînement français n’a pas remporté le Gran Premio di Merano (Gr1), même s’il a frôlé la victoire avec le pensionnaire de Richard Chotard Embrun d’Oudairies (Kapgarde), excellent deuxième. Mais en obstacle, la France gagne toujours d’une certaine manière et c’est en effet dans l’Hexagone qu’est né et a été élevé le lauréat de l’édition 2021 du Gran Premio : L’Estran (Linda’s Lad). Le champion de Josef Aichner, entraîné par Josef Vana Jr, a réussi le triplé dans ce Gr1. Seuls deux chevaux avaient réussi pareille performance par le passé. Il s’agit d’Aegior en 1955, 1959 et 1961, et bien sûr du champion Or Jack, vainqueur en 1994, 1995 et 1996. Cela situe mieux la performance de L’Estran.

Une course parfaite. L’Estran a eu la course idéale sur un hippodrome qu’il maîtrise à la perfection. Il a toujours galopé en quatrième position avec Il Superstite (One Cool Cat) qui lui a servi de leader et a emmené le peloton à un rythme sélectif. Une fois que ce dernier a craqué, son autre compagnon d’entraînement et de couleurs, Notti Magiche (Montjeu), a pris le relais pour durcir encore la course. À trois obstacles de la fin, au Verticale, L’Estran a relayé l’animateur et il a accéléré brutalement, prenant plusieurs longueurs d’avance. Bien qu’hésitant sur l’avant-dernier obstacle, puis fautif sur la dernière haie, il a réussi à maintenir Embrun d’Oudairies à distance pour l’emporter sûrement. Il ne lui manque plus qu’un Gran Steeple d’Europa (Gr1) pour que son palmarès soit complet à Merano. Mais là, on fait la fine bouche. Josef Vana Jr, qui a pris le relais de son père il y quelques années, s’est d’ores et déjà fait sa place dans la colonne des entraîneurs. Il était en larmes, après avoir entendu l’ovation réservée à L’Estran, lorsqu’il a confié à nos confrères italiens : « Nous avons fait l’histoire, un grand merci à toute l’équipe et surtout à L’Estran. Gagner trois fois le Gran Premio n’est pas une performance facile. » Premier jockey du team Vana, Josef Bartos a ajouté : « Le rêve s’est réalisé, avec le plus grand champion de ma vie. C’est le cheval parfait pour les 5.000m de Merano et il m’a donné un seul petit souci au saut de l’Arginello. J’ai contrôlé toute la course Northerly Wind qui m’avait marqué à la culotte, mais quand j’ai décidé de partir après le saut du Verticale, la course était gagnée. L’équipe a fait un super travail et la décision de faire la sélection a payé. »

Embrun d’Oudairies excellent deuxième. Richard Chotard et Marc-André Sebaoun ont été récompensés d’avoir tenté l’aventure à Merano avec Embrun d’Oudairies. Ils l’avaient acheté suite à sa deuxième place dans un réclamer en mai, à Compiègne, et le cheval venait de se balader à Nîmes. Une semaine après, il a fait parler son métier pour sa découverte de Merano. Longuement attentiste dans la seconde moitié du peloton, il a fait mouvement au dernier passage en face, venant à proximité des animateurs avec des ressources. Il a bien poursuivi son effort dans le tournant final et s’est annoncé menaçant pour L’Estran. Mais, malgré un bel effort sur le plat, au cours duquel il a fait illusion, il n’a pu rejoindre le sauteur de Josef Aichner. Son jockey, Alessio Pollioni, a dit à la télévision italienne : « Un grand bravo à son entraîneur qui m’a confié un cheval en super forme. Un instant j’ai pensé pouvoir gagner, mais quand Josef Bartos a mis un coup de cravache à L’Estran, c’était terminé pour nous. »

Deuxième en 2020, le French bred Northerly Wind (Saint des Saints) a conclu troisième, précédant Notti Magiche et Calotin (Martaline), lequel a regagné des rangs durant le dernier tour mais n’a pu réagir à l’accélération des premiers dans l’ultime tournant. Le protégé du tandem Macaire & Lageneste a fait dire au premier cité : « Il ne court pas si mal car il découvrait la piste. La course arrivait en fin de saison pour lui et il reviendra peut-être en préparant cela différemment. C’est une épreuve qui se prépare. La connaissance des lieux, c’est quelques longueurs de différence. » Troisième français en lice, Fan d’Apple’s (Saddler Maker) était très tendu avant la course. Il a galopé parmi les premiers avant de faire tomber son pilote, Davide Satalia, à l’oxer grande.

Un fils de Lesoquera. Élevé par Guy Cherel, Isabelle, Anne-Sophie et Magali Pacault, L’Estran est un fils de Linda’s Lad (Sadler’s Wells) et de Lesoquera (Lesotho), une jument entraînée par Guy Cherel, gagnante des Prix des Cadettes et de la Beauce à Enghien, troisième des Prix Congress (Gr2) et Hopper (Listed à l’époque), disparue en 2017. C’est le frère de Protektion (Protektor), gagnante des Prix Saint-Sauveur et Melanos (Ls). La deuxième mère, Lora du Charmil (Panoramic), a conclu deuxième du Prix du Défilé à Auteuil. Elle a donné Cartzagrouas (Esprit du Nord), lauréate du Prix Wild Monarch (L), et Korelo (Cadoudal), multiple placé de Groupe en Angleterre.

Merano (IT), dimanche

Gran Corsa di Siepi dei 4 anni (Gr1)

Sous le charme de Spes Militurf

Spes Militurf (König Turf) se présentait invaincu dans la Gran Corsa di Siepi dei 4 anni (Gr1), le Renaud du Vivier italien, et il l’est resté à l’issue de la course. En effet, le représentant de Jamonières Élevage du Cellier s’est imposé dans un fauteuil, s’offrant ainsi un premier Groupe. Spes Militurf a également apporté un premier Gr1 au tandem Lageneste & Macaire, ainsi qu’à son propriétaire-éleveur. Ses limites sont inconnues et son entourage peut rêver.

Limites inconnues. Bien parti, Spes Militurf a galopé en troisième, puis en deuxième position, à la sortie de la diagonale. Avec sa grande et belle action, il a toujours suivi facilement avant de relayer les animateurs au bout de la ligne d’en face, sans faire d’efforts. Il s’est ensuite envolé à la sortie du tournant final et n’a plus été inquiété. Cinq longueurs ont sanctionné sa supériorité. Spes Militurf venait de se balader lors de ses quatre premières sorties et on avait du mal à le situer. Avec ce succès de Gr1, on peut commencer à mieux appréhender sa valeur qui semble être très bonne. Le handicapeur lui avait octroyé 65 de valeur, un chiffre élevé pour un cheval que l’on n’a pas encore vu à Paris. Mais l’impression visuelle ne trompe pas avec lui. Son co-entraîneur Guillaume Macaire a dit à la télévision italienne : « C’est un cheval très agile, qui possède beaucoup de vitesse et c’est pour cette raison que nous avons décidé de faire le déplacement à Merano. Il a confirmé ce que nous pensions de lui. Il a bien sauté et a bien négocié les tournants. C’est un jeune sauteur qualitatif. Le Gran Premio di Merano ? Pourquoi pas un jour… » Joint par téléphone en fin de journée, le professionnel charentais nous a déclaré : « Nous ne connaissons pas les limites de Spes Militurf. Il avait bien le profil pour Merano. Et puis à Merano, il y a l’ambiance, du monde aux courses : c’est fort en émotion ! Nous avions ce Gr1 ou le Prix Bûcheur en option pour lui, mais je préférais courir le Gr1 à cause de la façon dont l’épreuve allait se dérouler. Cela correspondait mieux à Spes Militurf. Il a toujours été assez impressionnant dans ce qu’il a fait en course. Il a beaucoup d’action, c’est d’ailleurs sa force. C’est un cheval de trainIl est difficile à juger car il n’a jamais eu à vraiment lutter.» Lorsque nous avons demandé à Guillaume Macaire si l’on pourrait voir Spes Militurf en Angleterre, car il nous a donné l’impression d’avoir le train pour y courir, il nous a dit : « Je ne sais pas si les courses sur les claies seraient assez sélectives pour lui. Je n’en suis pas là. Nous allons regarder ce que nous pouvons faire, mais nous allons être obligés d’aller en steeple. Toutefois, aller en Angleterre serait un peu plus prétentieux. D’autant qu’il n’y a pas de two miles (3.200m) pour les seuls 4ans. Il faut affronter les chevaux d’âge. Il n’y a pas de catégorie de 4ans en steeple comme en haies. De plus, la "classe sauteuse" compte moins alors qu’à Merano, il faut quand même sauter car ce sont des gros verts. C’est mieux de gagner un Gr1, le premier pour son propriétaire-éleveur, que d’être deuxième du Bûcheur. Nous sommes contents pour lui. Le matin, Spes Militurf m’a montré des choses que les autres n’avaient peut-être pas. Mais cela s’est vu progressivement. À Châteaubriant, il était très au-dessus. Je l’ai assez peu travaillé le matin. Même là, nous ne l’avons pas bousculé pour Merano. Je connais assez peu ses limites. Pour la suite, il a tout intérêt à gagner une course facile en steeple et il pourra toujours remonter les étages ensuite. C’est sûr qu’il a quelque chose. »

Un premier Gr1 pour Jamonières Élevage du Cellier. Le propriétaire-éleveur de Spes Militurf n’est autre que Christophe des Jamonières, qui monte en concours de saut d’obstacles et possède son élevage en Loire-Atlantique. Il a actuellement sept chevaux déclarés à l’entraînement, cinq chez Guillaume Macaire et Hector de Lageneste, un chez Gabriel Leenders et un chez François Nicolle.

Henri le Farceur trace un beau dernier kilomètre. Associé à Dylan Ubeda en remplacement de James Reveley, Henri le Farceur (Hunter’s Light) a été un peu pris de vitesse en début de course. Puis il s’est bien ressaisi, regagnant des rangs à la corde au dernier passage en face pour retrouver troisième dans le tournant final. Il a bien poursuivi son effort pour prendre une nette deuxième place. Derrière un jumelé 100 % français, c’est le local Big City (Zoffany) qui a conclu troisième, précédant l’ex-Fouin Brillon du Fouquet (Crillon) et Magneto (Boris de Deauville), lequel a fait de nombreuses fautes.

La famille d’un vainqueur de Gr3 sur le steeple de Cheltenham. Élevé par Jamonières Élevage du Cellier, Spes Militurf est un fils de König Turf (Big Shuffle), étalon à l’élevage Figerro, et de Milita Has (Enrique), achetée 11.802 € par Christophe des Jamonières à l’issue de sa deuxième place dans un réclamer sur les haies d’Angers en 2016. Milita Has avait gagné en débutant sur les haies de Compiègne à l’âge de 3ans. Elle s’était aussi classée deuxième sur les haies d’Enghien à 3ans. Spes Militurf est le premier produit de sa mère qui a eu ensuite Spes Milidino (Doctor Dino), une 3ans qui a été vendue 27.000 € lors du Show Lumet Arqana 2021 au tandem Macaire & Lageneste, Spes Milipast (Pastorius), une 2ans et Spes Milibuck’s (Buck’s Boum), une yearling. Spes Militurf est le neveu de Mukonzi Has (Turgeon), troisième des Prix Lutteur III et Prédicateur (Ls), gagnant sur les haies d’Enghien et le steeple d’Auteuil. Il s’agit de la souche de L’Antartique (Cyborg), lauréat de Gr3 sur le steeple de Cheltenham, et de Fier Normand (Cyborg), deux fois deuxième de Groupe sur les fences Anglais.

Merano (IT), dimanche

Gran Criterium d’Autunno (Gr1)

Isatis de l’Écu offre un premier Gr1 à Bathyrhon

Le Gran Criterium d’Autunno (Gr1), le Cambacérès italien, est revenu à l’AQPS Isatis de l’Écu qui a ainsi offert un premier Gr1 à son père, l’étalon de la Hêtraie Bathyrhon (Monsun). Vite bien placé, Isatis de l’Écu a évolué en troisième position derrière le pensionnaire de David Cottin Iceo Madrik (Chœur du Nord) qui animait l’épreuve. Lorsque ce dernier a lâché prise pour aborder le dernier tour, il a pris les commandes dans une belle action. Dans le tournant final, Isatis de l’Écu était sous la menace de son compagnon d’entraînement et de couleurs, Ocean Life (Estejo), et de Tkliwy Nihilista (Ruten) puisque King of Beaufay (Great Pretender) a fait tomber son jockey. Jockey d’Isatis de l’Écu, Luigi Maceli, bien connu en France, a jeté un œil derrière lui à l’entrée de la ligne droite. Sitôt la dernière haie passée, il a vu Ocean Life et Tkliwy Nihilista venir à sa hauteur à son intérieur. Mais Isatis de l’Écu est reparti à la fin pour l’emporter nettement. Il venait de s’imposer de sept longueurs dans une course à conditions et a confirmé ses progrès. Son entraîneur, Grzegorz Wroblewski, polonais installé en République Tchèque, est sous le charme d’Isatis de l’Écu, comme il l’a déclaré à la télévision italienne : « Je suis dans le métier depuis quarante ans et j’ai touché très peu de chevaux de sa classe. Quand on a un vrai bon à l’écurie, la vie est belle et ça donne envie de continuer. » Grzegorz Wroblewski et Jakub Kartus Wieslaw, respectivement entraîneur et propriétaire d’Isatis de l’Écu, ont signé le jumelé puisque leur autre représentant, Ocean Life, a conclu deuxième. Tkliwy Nihilista a fait un bel effort dans la ligne droite, faisant illusion pour la victoire, mais il a dû se contenter de la troisième place sans démériter car il a plus de tenue que le parcours n’en réclame. Il a devancé l’Italien King Power (Sakhee’s Secret) et la protégée de Davide Satalia Idylle du Seuil (Gris de Gris). Quant à Iceo Madrik, il n’a pas fait sa valeur.

Compétitif à l’étranger. Entraîneur-jockey à l’œuvre en France, Luigi Maceli a monté une jolie course. Il a expliqué : « Isatis de l’Écu est un super cheval. Je l’avais monté en dernier lieu et il m’avait impressionné. Je l’ai monté de façon offensive, car avec un cheval comme lui il faut faire parler la classe, sans trop se cacher. Il peut se montrer compétitif aussi à l’étranger. »

Où l’on reparle de Chris Richner. Élevé par Denis Legeard, Isatis de l’Écu est passé sur le ring d’Arqana lors de la vente d’automne 2020, au cours de laquelle le regretté Chris Richner l’a acquis pour 7.000 € au haras de la Hêtraie. C’est donc un fils de Bathyrhon, le sire de la Hêtraie, et d’Urany de l’Écu (Great Pretender), qui a gagné quatre réclamers, un à Pau et trois à Auteuil. Isatis de l’Écu est le premier vainqueur de sa mère. Il s’agit de la souche d’Ulysse de l’Écu (Limnos), vainqueur du Prix Santo Pietro (L) et d’Acteur de l’Écu (Limnos), troisième du Prix Antoine de Palaminy (L).