Nicolas Saltiel : « Mille et Mille fait partie de ces belles histoires des courses »

Élevage / 03.09.2021

Nicolas Saltiel : « Mille et Mille fait partie de ces belles histoires des courses »

LE PROPRIÉTAIRE DE LA SEMAINE

Samedi dernier à Deauville, Nicolas Saltiel a eu le plaisir de voir ses couleurs briller grâce à Mon Bel Canto. Mais, pour le jeune entrepreneur, l’aventure dans le propriétariat a commencé il y a sept ans avec un certain Mille et Mille… passé sans crier gare des réclamers aux Grs1 !

Jour de Galop. – Quel est votre parcours ?

Nicolas Saltiel. – Je suis issu d’une famille active dans les assurances mais je n’ai pas du tout voulu suivre la lignée de mon père et de mon grand-père. Je me suis donc lancé dans la restauration et l’hôtellerie, qui sont mes passions depuis toujours. Cela fait maintenant dix ans que je suis exploitant et gérant d’établissements à Paris et dans le sud de la France. Je suis très accro à ce milieu de l’hospitalité et du tourisme.

D’où vient votre passion pour les courses ?

Cette passion me vient de ma sœur, qui a travaillé au FRBC (French Racing & Breeding Committee) et que j’ai toujours questionnée sur ce milieu. À la base, ma famille n’est pas du tout issue du milieu des chevaux. J’ai toujours été intrigué de savoir ce qu’elle faisait lors de ses voyages pour le FRBC. À cette période-là, je fréquentais aussi beaucoup les hippodromes avec ma bande de copains de Deauville. Après le golf ou le tennis, nous allions souvent aux courses. Un jour, j’ai vu un cheval courir et gagner avec beaucoup de classe. J’ai connecté les deux câbles, pour réunir le témoignage de ma sœur et la passion que j’avais moi-même de parier sur les chevaux. Cela me paraissait être une évidence.

C’est à ce moment-là que vous avez acheté votre premier cheval ?

Non, mais ce fut un déclic. J’ai commencé à m’intéresser, à lire la presse hippique, à retourner aux courses plus fréquemment, pas forcément pour jouer mais pour comprendre ce sport. Et mon regard sur les chevaux a changé. Dans ma vie professionnelle, il y a aussi eu un moment de transition. J’ai vendu mon restaurant et j’étais en train de reprendre un autre établissement. Un lundi après-midi, je me suis rendu à Maisons-Laffitte. Ce jour-là, il y avait une course à réclamer et le cheval a gagné très plaisamment… C’était Mille et Mille (Muhtathir). J’étais avec la personne qui voulait le réclamer. Et nous l’avons acheté ensemble.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de Mille et Mille ?

Mille et Mille fait partie de ces belles histoires des courses. Car à la base on ne vient pas pour lui, mais simplement pour regarder les courses. Je me suis retrouvé à table avec Carlos et Yann Lerner, que je ne connaissais pas, et avec un copain, Alexis Anghert, mon futur associé. Puis vint la course. Monté par Ronan Thomas, Mille et Mille gagne de très belle manière. Il revenait tout juste de Cagnes-sur-Mer. Yann a commencé à mieux regarder le papier. Il a annoncé à son père qu’il allait mettre un bulletin sur le cheval. Avec Alexis, à l’époque, nous suivions cela d’un œil très amateur et ne connaissions pas très bien les réclamers. Yann est remonté trente minutes plus tard en disant à Carlos : « On l’a eu, papa ! » [pour un bulletin de 28.888 €, ndlr]. Alexis et moi leur avons tout de suite proposé d’en être ! Je n’avais pas encore mes couleurs, mais je me suis renseigné et j’ai eu la chance de les obtenir très vite à la suite de cet achat.

Puis il a gagné le Cadran… Comment avez-vous vécu sa progression ?

C’était quelque chose d’improbable ! Mais, avant le Cadran, il a quand même été quatre fois deuxième de Quinté, il a gagné le Grand Handicap de la Manche… Des performances de dingue ! C’était un cheval dur, qui arrivait dans un tout autre environnement chez Carlos et Yann Lerner. Et il s’est métamorphosé. Nous avons tenté le coup dans les Groupes. C’était l’idée de Yann de le rallonger. Mille et Mille a terminé deuxième du Prix Vicomtesse Vigier. Après, nous avons gagné une Listed et il a couru le Cadran. Le Cadran, c’était une course qui m’avait déjà intéressé à travers un cheval, Les Beaufs, dont je me demandais toujours comment il faisait pour courir les 4.000m du Cadran. Le jour de la course, Mille et Mille était à 17/1. C’est Thierry Thulliez qui le montait et tout s’est déroulé comme dans un rêve. Ce n’était pas un lot très relevé et le cheval était plus qu’en jambes. Dès le départ, nous avons senti que nous allions gagner. C’était un grand moment de joie. Gagner un Gr1, aussi tôt, aussi jeune, c’était inespéré. D’ailleurs, je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment. Tout est allé très vite. On a l’impression que tout est facile. Réclamer un cheval, être deuxième de Quinté et remporter un Gr1 l’année suivante. On se dit que c’est normal. Finalement, dès que l’on devient un peu plus endurci dans le propriétariat, on comprend qu’on ne va peut-être le vivre qu’une fois.

Qu’est-ce qui vous fait vibrer dans ce milieu ?

C’est sans doute le mix entre l’animal, le sport et la vitesse. C’est cette réunion, avec un monde à part, et de vivre cela avec des passionnés. Pour aller plus loin, c’est aussi l’élevage et comprendre tous les pedigrees. Les courses dans leur globalité, c’est une science qui ne s’arrête jamais. Il y a toujours de nouvelles choses à apprendre. J’ai toujours été passionné par le sport, j’en fais d’ailleurs beaucoup. Au départ, quand on m’a dit que je pouvais être propriétaire, je me suis dit que je n’allais avoir aucun rôle sur le cheval. C’était un peu frustrant mais, en fait, c’est complètement autre chose. C’est toute la réflexion autour du monde des courses qui me fascine.

Vous avez fait le choix de garder Sidérante à l’élevage. Quel est votre rapport à l’élevage et comment choisissez-vous les croisements avec les étalons ?

C’est quelque chose que je vis encore assez mollement car je n’ai pas le temps d’en faire plus, du fait de ma vie professionnelle. Mais un jour, c’est sûr, j’y consacrerai plus de temps. Je suis éleveur professionnel mais sans sol. Sidérante (Siyouni) est au haras du Thenney, chez David Salabi, avec qui je suis associé. La réflexion sur le choix des étalons se fait souvent avec lui, qui a plus de connaissances que moi en la matière. Nous regardons bien évidemment le pedigree, les performances de l’étalon et – bien sûr – s’il correspond à la jument. Sidérante ne s’est pas encore illustrée au haras. Nous avons donc revu nos ambitions sur le choix des étalons. Mais je pense que nous avons une bonne réflexion autour de cela. Nous aimons par exemple choisir des étalons français et, personnellement, j’aime bien choisir de jeunes étalons car c’est un peu un pari.

Quelle idée avez-vous de l’avenir du propriétariat ?

Je pense que l’avenir du propriétariat se joue à plusieurs. C’est pourquoi j’essaye d’en parler le plus possible à mes amis, qui ne connaissent pas forcément ce monde. Ils me prennent parfois pour un extraterrestre ! Mais finalement, quand ils entrent dedans, ils deviennent complètement passionnés. Certains ont continué, d’autres ont arrêté mais ils comprennent l’attrait que nous pouvons avoir pour cet univers. L’avenir des courses s’écrit aussi grâce aux sportifs qui sont arrivés. Je trouve que cela donne un élan pour rendre le propriétariat plus accessible. Il faut aussi penser aux écuries de groupe et à des associations comme je peux le faire. Je pense aussi que la politique adoptée par nos institutions pour rajeunir le cadre général est bonne.

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