Soko, l’apogée de décennies d’élevage pour Jean-Luc Jardel 

25.09.2021

Soko, l’apogée de décennies d’élevage pour Jean-Luc Jardel 

Avec Soko, il a "sorti" le cheval d’une vie. À trois semaines de la Qatar Arabian World Cup, Jean-Luc Jardel est revenu sur plus de trois décennies d’élevage et de compétition.

Jean-Luc Jardel élève en son nom propre ou sous l’affixe "écurie de Syrah". Le 13 septembre, il nous a confié : « À Deauville, il m’a beaucoup plu, en battant de très bons chevaux. Olivier Peslier lui a donné un très bon parcours. Il va surement courir la Qatar Arabian World Cup (Gr1 PA). J’espère qu’il aura toutes ses aises. Le souple lui convient, mais je pense qu’il peut aussi aller dans le bon terrain. J’espère qu’il pleuvra un peu ! C’est un cheval qui a progressé car il a été respecté à 3ans. Souvent on leur demande trop et trop tôt. On croise les doigts. »

Du show aux courses. « Pour assouvir ma passion du cheval, j’ai attendu le jour où j’ai pu m’acheter une propriété. J’ai alors fait l’acquisition d’un pur-sang anglais et d’un trotteur français pour les monter. Les pur-sang arabes sont arrivés ensuite. J’ai démarré au début des années 1980 en achetant des chevaux de show. C’était la mode. Outre mes achats, un ami allemand, m’avait offert un très beau cheval, champion d’Europe et champion de France : l’étalon d'origine russo-égyptienne Passem (Mali). À cette occasion, j’ai rencontré Renée-Laure Koch. Elle présentait mon cheval. Et rapidement, j’ai compris que le show n’était pas une discipline très précise.

À peu près à cette période, elle m’a fait acheter une première jument de course, Pom du Berlais (Manganate), auprès de Martial Boisseuil. Mon deuxième achat fut Java (Saint Laurent), chez Jean Bacquela, dans le Gers. Un marchand de chevaux qui était aussi une personnalité atypique. Java est la quatrième mère de Soko. Cette fille de Saint Laurent (Baroud II) et de Nevada II (Djanor) avait une origine absolument magnifique. C’était déjà l’une des meilleures origines françaises. Et depuis, cette lignée n’a cessé de donner des bons chevaux à travers le monde. Y compris Nevadour (Ourour) qui est passée par Éric Dell’Ova avant d’arriver chez Renée Laure-Koch. Cette souche a donné Nivada (Flipper) et Nevadou (Flipper) chez Jean-Marc Saphores. »

De Java à Soko. Java a donné deux femelles à Jean-Luc Jardel. Julie de Syrah (Djourman) a gagné aux Émirats Arabes Unis avant de produire Jarnin (Akbar) pour Son Altesse le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan. Ce cheval a gagné le Prix du Président des UAE et H.H. The President Cup (Grs1 PA). Autre fille de Java, Jody de Syrah (Djourman) a donné, à son tour, deux femelles : Chilena (Dormane), gagnante de deux courses avant d’être exportée. Puis Sainte Lucie (Dormane), la deuxième mère de Soko. Jean-Luc Jardel a ensuite vendu Jody de Syrah et elle a produit l’étalon Jalnar Al Khalidiah (Tiwaiq), gagnant du Prix Manganate (Gr1 PA). Lorsqu’il a cédé Sainte Lucie, Jean-Luc Jardel a conservé la souche grâce à une de ses filles, Saka (Tornado de Syrah), la mère de Soko. L’éleveur poursuit : « J’ai utilisé Nieshan (Akbar) sur Saka car c’est un étalon au pedigree totalement français. Tout comme son fils Soko. Cela fait d’eux des raretés car ils sont indemnes des autres sangs (Munjiz, Amer, Mahabb, Tiwaiq…) Et puis je connais bien Éric Dell’Ova, chez qui Nieshan fait la monte. Saka est pleine de Yazeed (Munjiz), un bon cheval, très bien né. Elle avait déjà bien fonctionné avec le sang de Munjiz (Kesberoy). Elle n’a couru que deux fois, se montrant très nerveuse. Nous aurions peut-être dû l’attendre un peu plus. » Au moment d’envoyer Soko à l’entraînement, Jean-Luc Jardel a choisi l’ancien jockey Olivier Trigodet : « Je le connais depuis très longtemps. Il a monté souvent pour moi dans le passé. Je l’apprécie, il est sérieux, et c'est un nouvel entraîneur. Et puis j’aime travailler avec les nouveaux entraîneurs. Soko était un très beau poulain, comme l’ensemble de la production de la mère. Il me reste seulement quatre poulinières. En tant que propriétaire, j’ai eu une très bonne jument de course, D'janizid (Tidjani), née chez Marcel Marchadier. C’était la seule qui pourrait tenir la comparaison avec Soko. Il me reste une descendante de D'janizid, Ji Lou (Jalnar Al Khalidiah), et elle a été saillie par Mister Ginoux (Amer). Trouver le bon croisement, ce n’est pas facile. »

Le sang de Djourman. Saka est une petite-fille de Djourman (Manguier), un sang très présent dans l’élevage Jardel, notamment par l’intermédiaire de Tornado de Syrah (Djourman). Jean-Luc Jardel se souvient : « J’avais loué Nefta (Saint-Laurent), une poulinière de la jumenterie de Pompadour, pour l’envoyer à la saillie de Djourman (Manguier). C’est ainsi qu’a été conçu Njewman (Djourman).

Le poulain a été accidenté au haras. Quand je l’ai récupéré au sevrage, il avait déjà un problème. Il était magnifique mais, malheureusement, nous n’avons pas pu le faire courir. Ayant déjà son trois quarts frère Tornado de Syrah (Djourman), j’ai vendu Njewman à monsieur Plantin. Et chez lui, le cheval a connu une belle réussite au haras. Tornado de Syrah s’est classé deuxième du Trophée du Président des Émirats Arabes Unis à Évry. Une course qu’il n’aurait jamais dû perdre. Il est ensuite entré au haras pour une association comprenant Jean Biraben et Gérard Larrieu avant d’être vendu au Maroc. J’ai gardé plusieurs de ses filles au haras. Tornado de Syrah est un bon père de mère. Le sang de Djourman permettrait de sortir de celui de Manganate (Saint Laurent). » On retrouve Tornado de Syrah dans le pedigree maternel de plusieurs bons chevaux de course. C’est le cas d’Akim de Ducor (Akbar), lauréat de la French Arabian Breeders' Cup et de la Coupe de France des Chevaux Arabes (Grs1 PA), de Raqiyah (Amer), gagnante de la Coupe de France des Chevaux Arabes, du Prix Manganate, du Qatar International Trophy, de la Coupe d’Europe des Chevaux Arabes (2 fois) et du Derby anglais des pur-sang arabes (Grs1 PA), du prometteur Rb Yas Sir (Sir Bani Yas), de Kaolino (Dormane), lauréat de la cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Jewel Crown (Gr1 PA), ou encore Sand Witchh (Burning Sand), le meilleur cheval américain de sa génération.  

La création de l’Afac. « À l’époque où j’ai découvert les courses de pur-sang arabes, c’était encore une activité embryonnaire en France. Le programme français ne comptait qu’une dizaine d’épreuves. En 1989, un groupe éleveurs, dont je faisais partie, s’est rassemblé pour créer la commission des courses de l’ACA, qui est ensuite devenue l’Afac. J’en ai été président pendant un peu plus de 15 ans. Parmi les fondateurs, il y avait Yves Plantin, Guy Dell’Ova, Jean-Marc Valerio, Jean-Marc de Watrigant et Gilbert Cabanes. Nous étions jeunes et pleins d’espoirs !

Au départ, le grand défi était de trouver des financements. Nous étions même obligés de sponsoriser nous-mêmes certaines courses, en particulier à Toulouse. Petit à petit, nous sommes parvenus à convaincre France Galop d’augmenter les allocations. Ensuite, les sponsors sont arrivés. Si le développement ne fut pas évident, il s’est vraiment accéléré à partir de 1989. Avec par exemple l’augmentation du nombre de courses disponibles en France année après année. »

Des expérimentations. « Par le passé, les Haras nationaux étaient allés acheter des reproducteurs en Syrie. En ayant discuté avec le passionné Jean-Claude Di Francesco, nous avons décidé de nous y rendre pour essayer de ramener un sang différent, plus rustique. Là-bas, j’ai acheté trois étalons dont Meliar Halab (Mil Yar). Quand il est arrivé chez moi, je pense qu’il a vu de l’herbe pour la première fois de sa vie. Lorsque je l’ai vu, en Syrie, il était attaché en plein soleil dans le désert. Il mangeait de la paille hachée avec un peu blé. J’ai finalement offert les trois étalons, dont Meliar Halab, à un ami sculpteur, Jose Maria David. Je l’ai utilisé sur quelques juments : ce sont des expérimentations et elles sont peu profitables sur le plan financier. Sa production est confidentielle [huit pur-sang arabes seulement, ndlr]. Mais il m’a néanmoins donné un bon cheval d’endurance, Petit Myliar (Meliar Halab), entraîné par Cécile Totain, deuxième du CEI2* de Chantilly (130km). Avec la mère de Soko, il a produit un magnifique cheval, Shen (Meliar Halab), lauréat d’une course. »

Les leçons de décennies d’élevage. Nous avons posé la question suivante à Jean-Luc Jardel : « Qu’avez-vous appris qui vous a servi à améliorer votre élevage au fil des décennies ? » Et il nous a répondu : « Il faut éviter les essais avec les étalons atypiques, ce que j’ai tenté à plusieurs reprises. Au départ, j’ai utilisé Passem, un très beau cheval, certes, mais pas très améliorateur pour la course. Il vaut mieux se baser sur les performances du père que sur ses pensées du moment. Et pour vendre, il faut choisir des étalons commerciaux. Tout est important. Le bon croisement, la bonne génétique, l’élevage, l’entraînement, le jockey… » En 2021, les éleveurs français se distinguent au niveau Groupe chez les pur-sang arabes et Jean-Luc Jardel réagit : « Heureusement. C’est encourageant. J’espère que cela donnera envie à d’autres de se lancer ou de poursuivre leurs efforts. Bien sûr, il est difficile de lutter avec les écuries qui ont 80 juments. » Notre éleveur aurait pu choisir l’endurance : « Mais le cycle est beaucoup trop long. Et c’est un milieu que je ne connais pas bien, même si j’ai eu de bonnes expériences grâce aux Totain qui maîtrisent bien cet univers. » La course est donc vraiment sa discipline de cœur. D’ailleurs, il a aussi des pur-sang anglais. Et il explique : « Je vais avoir une 2ans née chez Jean-Michel Gorli. Mon premier pur-sang, Youngui (Lightning), était un bon cheval. Sous l’entraînement de René Catusse, il avait remporté huit courses dont le Prix Prédicateur (L) en 1994. Il a été vendu aux États-Unis. Mes pur-sang suivants ont été moins doués ! » Eau et Nue (Panoramic), entraînée par Jean-Pierre Totain, a gagné trois courses sur les obstacles sous les couleurs de Jean-Luc Jardel, dont le Prix Calabrais à Auteuil.