JDG n°5.000 : Vingt ans dans le peloton !

Courses / 27.09.2021

JDG n°5.000 : Vingt ans dans le peloton !

On parle beaucoup de l’évolution du peloton des jockeys : montée en puissance des femmes depuis la décharge, en 2017. Mais aussi la course folle à la Cravache d’or et les déplacements de plus en plus importants des top-jockeys à travers la France. Nous avons mené une étude pour dresser le portrait-robot d’une course, via les jockeys, au fil des années.

La méthode

L’étude ne se concentre que sur les courses de plat.

Les chiffres sont calculés via les données disponibles sur le site de France Galop.

Le nombre de partants par année est celui donné par le site de la Fédération internationale des autorités hippiques (Fiah), laquelle publie les données fournies par France Galop.

Sont pris en compte les jockeys ayant eu au moins un partant dans l’année en France, selon le site de France Galop : cela comprend donc aussi les jockeys étrangers ayant couru sur notre sol.

Nous avons choisi plusieurs dates de repères : 2000, 2010 puis, à partir de 2015, nous étudions année par année. Rappelons que l’année 2020 est un cas particulier – mais non dénué d’intérêt – avec les bouleversements de programme liés à la Covid-19.

La révolution féminine

Les femmes jockeys et la décharge… Le sujet déchaîne les passions au sein du monde hippique. Voici ce que disent les chiffres.

Les femmes partaient de loin

Que de chemin parcouru par les femmes jockeys ! En 2000, elles n’étaient que 36 à avoir eu un partant. En 2020, elles sont 118. Si on se réfère à une année plus normale, elles étaient 138 en 2019 : leur nombre, de 2000 à 2019, a explosé de 283 % !

On constate que les femmes, entre 2000 et 2010, avaient déjà trouvé plus de place dans les pelotons, passant la barre des 100 femmes avec au moins un partant. Avec la mise en place de la décharge, en 2017, leur nombre augmente, passant la barre des 120, puis des 130. Entre 2016 et 2017, leur nombre a progressé de 12 % : c’est une hausse sans être non plus un raz-de-marée. Entre 2016, dernière année "sans décharge", et 2019, dernière année normale de leur étude, il y a eu 27,7 % de femmes en plus.

Ce que l’on constate aussi via le graphique, c’est une baisse du nombre total de jockeys ayant eu au moins un partant. Ceux contre la décharge disent que la présence des femmes empêche d’autres jockeys, surtout les jeunes jockeys et apprentis masculins, de monter en course. Mais la baisse du nombre de jockeys ne date pas de 2017.

« J’ai écrit, il y a vingt ans, que la femme était l’avenir du cheval… Les femmes jockeys sont de plus en plus présentes en course. Je trouve qu’il y a, entre elles, une véritable émulation. Un certain nombre d’entre elles ont de l’esthétisme, une bonne main. Je suis admiratif devant une Hollie Doyle ! Les jockeys masculins vont-ils devenir une rareté dans le futur ? Je pense que oui : 60 à 70 % des apprentis sont des femmes… Et la présence de femmes dans les pelotons ne peut-elle pas permettre de faire venir davantage de femmes en course ? N’est-elle pas positive pour l’image du cheval ? Enfin, je crois que nous allons nous diriger vers une interdiction de la cravache comme sollicitation en course… Et je suis persuadé que cela sera à l’avantage des femmes jockeys ! » Homeric

Les femmes représentent moins d’un quart des jockeys

Le graphique reprend les mêmes données que le précédent, mais nous nous basons non plus sur le nombre pur et dur, mais sur le pourcentage, et donc la proportion. Les femmes composaient moins de 5 % du peloton en 2000, et environ 16 % en 2010, 2015 et 2016. À partir de la mise en place de la décharge, en 2017, l’effet se fait sentir : elles passent la barre des 20 %. Mais elles sont encore sous la barre des 25 % : on est – encore ? – loin d’une parité.

En 2019 et 2020, elles représentent 23 % des jockeys ayant eu des partants. La proportion des femmes augmente, celle des hommes recule puisque le nombre de jockeys diminue. Encore une fois, le phénomène ne date pas de 2017 : il est difficile, comme on l’entend parfois, de tout mettre sur le dos des femmes qui "voleraient" le travail des hommes, argument évoqué dans les secteurs où les femmes étaient auparavant absentes… Le contre-argument étant que les femmes ne prennent pas la place des hommes, mais prennent une place qui leur a été longtemps refusée.

Les femmes ne sont pas surutilisées

Les femmes représentent, en 2019 et 2020, 23 % des jockeys ayant monté en course. Mais ont-elles beaucoup de montes par rapport à leur nombre ? Le graphique montre que non, même si elles en ont de plus en plus. En 2019, 23 % des jockeys étaient des femmes et elles ont monté 15,5 % des partants. En 2020, l’année Covid n’a pas impacté négativement les femmes : elles représentent 23,1 % des jockeys et leur nombre de montes a augmenté puisqu’elles ont piloté 19,1 % des partants. Mais c’est toujours un chiffre inférieur à leur proportion au sein des rangs des jockeys.

La polarisation par les top-jockeys

Les femmes ont pris de plus en plus de place dans les courses. Elles ne sont pas les seules : les top-jockeys aussi ! Entre course folle à la Cravache d’or et déplacements des jockeys du haut du classement, les top-pilotes prennent aussi une place de plus en plus importante.

Quand les jockeys du top 20 passent la barre des 16.000 montes par an

En 2.000, les 20 premiers jockeys du classement ont monté 11.119 courses. En 2015, ils en ont montées plus de 15.000 et le chiffre s'est élevé à 16.333 en 2017. Ces données ne sont pas parlantes en tant que telles : le nombre de courses a augmenté entre temps. Par exemple, en 2000, il y a eu 4.250 courses de plat. En 2017, il y en a eu 4.954 : c’est une augmentation de 16 % du nombre de courses et, en termes de partants totaux, on note une hausse de 8,9 %. Mais, en comparaison, entre 2000 et 2017, les jockeys du top 20 ont monté 45,8 % de chevaux en plus ! Oui, ils sont bien plus présents !

2017, l’année où le top 3 a explosé le compteur

Vous souvenez-vous de 2017 ? C’est l’année du record de victoires en Europe de Christophe Soumillon, avec 305 succès, qui battait le record établi l’année précédente par Pierre-Charles Boudot (300 victoires). Les deux années où l’on a dépassé la course à la Cravache d’or pour se lancer dans la course au record. En 2017, les jockeys du top-trois – Christophe Soumillon, Pierre-Charles Boudot et Maxime Guyon – ont monté, en tout, 4.164 fois, soit 7,9 % des partants ! En 2000, en comparaison, le top 3 avait piloté 5,6 % des partants. La différence, en pourcentage, n’est pas énorme : mais cela représente 1.517 montes et une augmentation de montes de 57 % de 2.000 à 2017... par rapport à une augmentation du nombre de courses de 16 % !

20 jockeys, plus de 30 % des partants. Nous avons indiqué que les femmes jockeys représentaient 23 % des pilotes et, en 2020, 19,1 % des partants. En comparaison, le top 20 des jockeys représentait 30,9 % des partants en 2020 (ce qui inclut quatre femmes : Marie Velon, 7e, Ambre Molins, 16e, Axelle Nicco, 17e, et Coralie Pacaut, 20e). Vingt jockeys ont presque un tiers des montes. C’est assez logique : faire appel aux meilleurs pour, en théorie, avoir les meilleures chances. De plus, le nombre de jockeys ayant baissé au fil des années, il est mécanique de voir le top 20 prendre une place de plus en plus importante : reste à déterminer s’il y a cause à effet entre la présence accrue du top 20 et la baisse globale du nombre de jockeys… Chose que l’on reproche aux femmes jockeys !

Portrait robot d’une course par ses jockeys au fil des années

Nous avons analysé deux phénomènes : la montée en puissance des femmes jockeys et la montée en puissance des jockeys du haut du classement. Cette page vous permet de vous rendre compte de l’évolution du peloton des jockeys année après année.

[Voir les graphiques dans  l'édition électronique de JDG].