JDG n°5.000 : Thierry Jarnet a tourné la page

Courses / 26.09.2021

JDG n°5.000 : Thierry Jarnet a tourné la page

Depuis qu’il a raccroché les bottes début 2017, Thierry Jarnet s’est fait discret. Pour Jour de Galop, il a accepté de parler de sa nouvelle vie.

Par Salomé Lellouche

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L'avis d'Homeric : « Cela fait maintenant quatre ou cinq ans que Thierry Jarnet a pris sa retraite. J’aimerais savoir ce qu’il est devenu. Il avait dit qu’il prendrait son temps pour choisir ce qu’il voulait faire. J’aimerais aussi avoir son regard sur l’évolution des courses, ce qui l’intéresse, s’il ne ressent pas un manque… son orientation, parce qu’il a toujours fait les choses sérieusement. Avec sa maturité, il a beaucoup de choses à nous dire. »

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Mercredi matin, sur la place principale de Coye-la-Forêt. Le soleil réchauffe la route pavée qui longe Le Régent, le bar brasserie incontournable de la ville. Sur la terrasse baignée de lumière, Thierry Jarnet s’avance et s’installe à une table. L’ancien jockey est classe et décontracté. Ce matin, il a fait un tour en forêt avec son poney. « Même si je n’ai pas remonté de chevaux de course depuis que j’ai arrêté, je vais souvent me promener sur les Lions avec Texan, surtout en ce moment. C’est un poney de 14ans croisé arabe que nous avons acheté du côté de Deauville. Il nous servait de leader pour emmener les jeunes chevaux à la piste ».

Une retraite tranquille. Depuis 2017, Thierry Jarnet s’est tenu à l’écart du monde des courses. Avant de participer à l’émission La Grande Heure de l’Arc, il n’avait pas même remis un pied sur un hippodrome. L’ancien jockey vit paisiblement dans sa propriété, située aux portes des pistes de Coye-la-Forêt. Il l’a achetée il y a une quinzaine d'années avec sa compagne, Sandrine Tarrou. Thierry Jarnet profite des avantages d’une vie qu’il qualifie de "normale" : « Je n’ai plus de contraintes de déplacements ou de contraintes matinales. Je vais voir des spectacles, je m’occupe de ma propriété. Je vais au restaurant, je voyage… Même si avec la pandémie, nous avons été obligés de revoir nos plans de ce côté-là. C’est agaçant… Mais avec mes animaux, je n’ai pas le temps de m’ennuyer. »

Sa passion pour les États-Unis. Si vous passez sur la route de Lamorlaye en direction de Coye-la-Forêt, il est possible d’apercevoir des chevaux et des ânes miniatures. Sachez qu’ils appartiennent à Thierry Jarnet : « Cela nous fait très plaisir de les avoir avec nous. Le cheval miniature américain est la deuxième race la plus élevée aux États-Unis, après le quarter horse. » L’ancien jockey est très attaché à la culture américaine et n’hésite pas à se rendre aux États-Unis dès qu’il le peut, surtout du côté de la Floride et de la Californie. Par le passé, il y a effectué plusieurs stages de perfectionnement : « À l’époque, nous avions la possibilité de passer tout l’hiver à l’étranger, quand il n’y avait pas encore la P.S.F en France. C’était la coupure hivernale. Là-bas, j’ai travaillé chez Julio Canani et Bobby Frankel, entre autres. Je profitais de cette pause pour approfondir mes connaissances. J’ai vraiment apprécié d’être à Santa Anita. C’est l’équivalent d’un Longchamp chez nous » Aujourd’hui, Thierry Jarnet suit toujours les grandes épreuves américaines : « Je trouve qu’elles sont très intéressantes. Les courses américaines sont vraiment belles à regarder. »

Aucun regret ou presque. En France, l’ancien jockey s’intéresse surtout aux grands événements : « Je regarde les grandes courses de plat, d’obstacle et de trot, car je les adore toutes. À l’approche de l’Arc, je trouve cela dommage d’avoir si peu de candidatures françaises. » Pour Thierry Jarnet, les courses n’ont plus rien à voir avec celles d’il y a vingt ans : « Mon regard est sans doute différent de celui des autres, car je trouve que cela change, mais pas en bien. Les courses sont trop dispersées, avec des horaires pas possibles. Cela est tout autant dérangeant pour les professionnels que pour les spectateurs et les parieurs. Je le constate à mon niveau : les courses ont moins de charme. Avant, avec ma compagne, nous avions un élevage, mais nous avons revendu les chevaux. » Thierry Jarnet a eu une grande carrière de jockey et il ne regrette absolument rien. Il se souviendra toujours de sa première victoire pour Patrick Rago, à Cagnes-sur-Mer, en 1985, de ses montes en obstacle, de sa rencontre avec André Fabre, de ses années où il a été Cravache d’or, des Arcs de Trêve (Motivator)… « Après cette carrière, je suis quand même assez déçu de France Galop. Lorsque j’ai arrêté, je n’ai rien reçu de leur part, même pas un mot, pas la moindre reconnaissance. Je n’existais plus », conclut-il.

Jockey, un métier fait aussi d’injustices. Concernant les injustices auxquelles un jockey peut être confronté au cours de sa carrière, Thierry Jarnet explique : « Quand un cheval fait une contre-performance, il faut bien trouver un coupable. Le premier est donc le jockey. Ensuite, c’est l’entraîneur. Et ce n’est finalement que plus tard qu’on se rend compte que c’est le cheval qui n’était pas bien ou pas bon. Sur le moment, quand on est jeune, on crie à l’injustice. Puis avec le temps, on voit les choses différemment. On mûrit. » Thierry Jarnet poursuit : « Tout le monde en a plus ou moins vécu dans sa carrière. Quand j’ai perdu Trêve, je savais qu’il s’agissait des aléas du métier. Quand un cheval change de propriétaire, c’est ce qui peut arriver. Du moment que l'on connaît les règles, on les accepte. C’est un peu frustrant, certes, mais pour moi, cela n’a pas duré longtemps. J’ai récupéré Trêve après la blessure de Lanfranco Dettori. »