TRIBUNE LIBRE : Croissance des paris : l’offre, l’offre, l’offre !

Autres informations / 16.09.2021

TRIBUNE LIBRE : Croissance des paris : l’offre, l’offre, l’offre !

TRIBUNE LIBRE

Croissance des paris : l’offre, l’offre, l’offre !

Par Hubert Tassin, président de l’association des PP

« Des débats sur des avancées possibles pour le pari hippique ont heureusement repris au travers de Jour de Galop. Pour le pari hippique en France, il faut le préciser au départ. Sans parler des questions juridiques – la subsidiarité pour chaque pays consentie par Bruxelles –, la question est en effet totalement spécifique et les diverses propositions ou initiatives seraient sans objet si elles ne prenaient pas en compte les contraintes du modèle français.

Le financement des filières repose à 100 % sur les paris. La grande mutation de ce modèle date du milieu des années 1950 avec la prise de paris PMU du tiercé. C’est progressivement depuis que le financement des allocations et des hippodromes est passé d’un mix de prélèvements sur les paris/entrées sur les champs de courses, à une quasi-totalité des recettes provenant des prélèvements. Dans le même temps, la fiscalité des paris a été profondément modifiée (donc alourdie, on est en France). Le financement des filières repose finalement sur un partage de sort avec l’État qui en fixe les conditions dans la loi de finances.

Ce rappel du cadre est nécessaire pour qu’une analyse puisse être cohérente. Le pari hippique – qu’il soit pratiqué en mutuel ou par le pari au livre – est une affaire de prélèvements sous forme de taxes et au profit de l’opérateur. Les quelque 10 % des mises hippiques captées par le budget public, qui seront maintenues de fait a priori dans une hypothèse de fiscalité sur le produit des jeux (les pertes des parieurs) plutôt que sur les mises, sont le cadre de toute la stratégie que nous pouvons développer via notre GIE (le PMU) ou via des discussions avec les opérateurs en ligne agréés.

Entre prélèvements d’État et besoins de financement. La stratégie est contrainte par ces 10 % prélevés et par la définition des besoins de financement de l’organisme de paris (le PMU), des sociétés de courses et bien sûr des acteurs de la filière. Le niveau actuel de l’ordre de 25 % pour les organisateurs au sens large entraîne un prélèvement total sur les parieurs d’environ 35 %... Prendre des paris sur les courses creuses – et donc avec des rapports forcément moindres – entraîne un défaut d’attractivité. Les courses anglaises le supportent bien : le prélèvement moyen sur les paris chez les bookmakers se monte à 12 %. Nous sommes à 35 % globalement et, sur les jeux simples, à 16 %. Pour trouver sur ce segment une offre qui puisse trouver un dynamisme comparable au marché anglais des books, il faudrait que l’État renonce à la moitié de son prélèvement !

Prenons de la hauteur. Le pari hippique n’est pas une affaire nouvelle. Voltaire décrit, sans indulgence comme toujours, "les maquignons qui pariaient les uns contre les autres avec filouterie" des courses du Jockey Club de Newmarket. Il n’y a rien de nouveau du point de vue des compétitions : une course a un gagnant, des placés, s’inscrit dans un programme d’une journée ou d’une continuité comme la Triple Couronne, les classiques d’hiver de Vincennes, les courses en batteries ou nos courses de sélection de groupes.

À partir de là, on peut jouer pour trouver un gagnant, des placés, les deux premiers, les trois premiers d’une course, jusqu’au cinquième qui semble un maximum. On peut prendre le pari gagnant ou même couplé sur une suite de courses allant jusqu’au jackpot et placepot anglais, le V75 suédois, les reports pratiqués aux États-Unis, en Afrique du Sud. Ces paris dits verticaux (sur plusieurs courses) existent en France depuis bien longtemps avec les reports ou même le pari sur deux couplés de suite pratiqué à un moment. En dehors de ce qui existe, il n’y a pas à inventer… sauf la présentation et l’argument de vente. Ce que la Française des Jeux fait si bien.

Sortir de la gestion de monopole et augmenter l’offre tous azimuts. Dans le cadre fiscal actuel, pour que les filières puissent espérer rattraper une partie de la perte réelle d’allocations de 20 % depuis 4 ans si on tient compte de l’inflation, il ne faut pas une stratégie de l’offre ciblée ou restreinte pour les paris. Il faut faire feu de tout bois.

La démonstration chiffrée de Patrick Klein dans JDG confirme une réalité que le PMU connaît depuis bien longtemps : le marché des paris est un marché d’offre. Réduire le nombre de courses support d’enjeux, réduire les possibilités de paris sur une course ou une réunion, c’est faire baisser le chiffre d’affaires. Pour les courses creuses comme pour les autres, la liberté doit être donnée aux clients : à eux de choisir dans une carte la plus large qui soit.

La gestion de monopole limitant l’offre a pu être tentée. On sait maintenant qu’elle est contre-productive. S’il n’y a rien de vraiment nouveau pour les épreuves elles-mêmes, la révolution des technologies de l’information a modifié la donne pour la communication, la prise et le traitement des paris. Les images diffusées en direct, la disposition pour tous les parieurs des données, y compris des vidéos des courses passées, permettent une approche différente du suivi de ses paris et ont fondé une nouvelle façon de faire le papier. Les prises des enjeux par les moyens numériques ont donné un accès instantané, pour des occurrences démultipliées comme c’est le cas pour les ordres de Bourse. Les traitements informatiques permettent cette offre, qui n’a comme seule limite que les courses elles-mêmes. Ils assurent une diffusion très rapide des rapports.

L’argument opposé à cette entrée dans le monde moderne avec la fin de la gestion de l’offre de type monopolistique est le besoin de masse par pari. L’expérience, et singulièrement celles d’années de PMH, a montré que les rapports ne sont pas fonction des masses engagées. Le besoin des masses est une préoccupation de gros parieurs, mais vraiment pas de la diversité des parieurs qui forment la base du chiffre d’affaires du PMU.

Des évolutions qui vont déjà dans le bon sens. Pour repartir de l’avant, les paris hippiques doivent s’inscrire dans leurs fondamentaux : le plus d’offres de courses et, par course, le plus grand nombre de formules de paris possible. Il y a aussi le développement d’un produit à fortes cotes : on doit continuer à soutenir le quinté. C’est ce qui est fait depuis quelques mois avec plus de réunions proposées et des tirelires à répétition au quinté. Cela va dans le bon sens, comme, aussi, l’allègement des prélèvements sur les couplés qui permet de les rapprocher de ceux des couplés du Tote anglais qui est de 25 %.

Jouer la carte des courses françaises, c’est jouer la diversité des épreuves et des hippodromes. Imaginer que les clients sont trop irresponsables pour pouvoir choisir est une attitude d’un autre temps. La profusion n’interdit évidemment pas l’innovation dans la communication en utilisant les moyens vidéo et numériques. On doit aussi essayer d’innover en restant dans l’univers des paris hippiques.

Le fameux pari vertical devra à nouveau être tenté et être un produit à forts rapports. Le PMU a déjà annoncé travailler à un "Big 5" et les possibilités de propositions sont multiples. Le pari simple des matchs de football (dit 1-N-2) va être testé en question du jour. Il faut se souvenir que nous organisons des courses de chevaux et que s’en éloigner serait artificiel et de ce fait finalement sans potentiel. Il faut aussi comprendre la logique des paris sur le football qui seraient ainsi repris : la possibilité de multiplier les matchs dans une grille. Une seule proposition par jour pour des rapports évidemment très faibles ne pourra pas convaincre.

Ce qu’il faut en revanche tirer comme leçon des paris sportifs en France, c’est l’adhésion à la cote fixe. Elle est vieille comme les courses et ne doit pas différer à être prise en mutuel, pour l’image dans les grandes courses, aussi pour le quotidien pour bien d’autres, en accompagnant l’inéluctable hausse de l’offre si des problèmes de masse se posent réellement. »