À la Une :  Didier Krainc : « On dit que les syndicats représentent l’avenir. Alors que faire pour qu’ils le deviennent vraiment ? »

Courses / 12.10.2021

À la Une : Didier Krainc : « On dit que les syndicats représentent l’avenir. Alors que faire pour qu’ils le deviennent vraiment ? »

Créateur et animateur de plusieurs syndicats, comme l’écurie Vivaldi ou la Vivaldi Academy, Didier Krainc a fait le choix de professionnaliser son activité. Et il nous a expliqué pourquoi.

« Nous avons commencé avec une poignée d’amis et quelques chevaux. Le succès aidant, nous sommes désormais beaucoup plus nombreux. Lors d’une Assemblée générale, j’ai proposé deux scénarios. Le premier était de rester à cette taille, sans croître au niveau du nombre de membres et de chevaux. Dans ce cas, je restais bénévole. Le deuxième, c’était de prendre de l’ampleur et d’améliorer la qualité de service. Et cela impliquait une rémunération. Le vote a plaidé en la faveur de la seconde option.

Désormais, nos différentes écuries de groupe occupent environ la moitié de mon temps de travail. Comme dans la restauration, il en faut pour tout le monde et pour tous les budgets dans les écuries de groupe.

D’une manière plus générale, je pense que les écuries un peu haut de gamme comme les nôtres ou celles qui accueillent des milliers de personne ne font pas appel aux mêmes compétences. Mais bien que ce soit deux métiers différents, le professionnalisme est de rigueur dans les deux cas. Et qui dit professionnalisme dit rémunération des personnes qui sont à l’œuvre. Dans notre cas, nous avons des participations dans 36 chevaux, de l’entraînement au haras, et un total de 28 actionnaires. C’est un vrai travail que d’orchestrer tout cela.

Outre la communication permanente et les événements réguliers, nous gérons aussi l’après carrière de course des chevaux. C’est une préoccupation centrale pour les nouveaux venus qui souhaitent d’ailleurs avoir des nouvelles de nos anciens représentants. Et encore une fois, c’est un vrai travail.

Notre chance, c’est d’avoir eu au moins un black type par an [Trésorerie, Golconda, Pizzicato, Jedha Man, Kraquante et Satisfied, ndlr] et une belle vente annuelle qui a permis de participer au financement. Pour l’an prochain, nous fondons de grands espoirs sur Maximus ** (Intello).

Je n’ai pas beaucoup de reproches à formuler à France Galop concernant les écuries de groupe. Si ce n’est que la limite de 10 badges lorsque l’on a des partants est problématique quand vous êtes 15 à vouloir venir voir votre cheval courir et à le suivre au paddock ou à l’écurie ! Une vraie réflexion doit être menée par l’Institution car c’est très déceptif comme situation. Mais cette réflexion doit être plus globale et pas uniquement demandée à France Galop. L’ensemble de la filière dit que les syndicats représentent l’avenir. Alors que faire pour qu’ils le deviennent vraiment ? »

Dan Abraham : « La syndication est un métier à part qui doit permettre à d’autres talents de trouver leur place dans la filière »

Dan Abraham  est le président de la Racehorse Syndicates Association. C’est-à-dire le syndicat anglais qui défend les écuries de Groupe. Il nous a présenté la situation outre-Manche. 

« Toutes les formes de propriétariat sont en régression en Grande-Bretagne. Sauf les écuries de groupe qui sont en croissance ! Aujourd’hui, nous représentons environ 15 % des chevaux entraînés en Grande-Bretagne. Il faut distinguer deux cas. D’une part les syndicats qui sont gérés par un manager rémunéré. Et d’autre part les partenariats qui sont gérés de manière bénévole et qui ne rentrent pas dans nos chiffres. Dans le cas des syndicats, 250 sont actifs ici et placés sous la direction d’un racing manager professionnel. Et l’on atteint les 1.000 si on ajoute ceux gérés par les entraîneurs directement avec leurs équipes. Qui dit 250 syndicats ne dit cependant pas 250 managers : à titre personnel, par exemple, je suis impliqué dans la gestion d’une dizaine d’entre eux. Ici, en Angleterre, le développement n’a été possible que grâce à la professionnalisation qui passe le plus souvent par une rémunération annuelle fixe par cheval. Et les entraîneurs ont rapidement compris qu’il était impossible de gérer cela tout seul. Après un certain nombre d’échecs, ils ont embauché une personne à temps plein ou à temps partiel dans cet objectif. Car c’est tout simplement beaucoup de travail. La syndication est un métier à part qui doit permettre à d’autres talents de trouver leur place dans la filière. Tout le monde ne veut pas devenir courtier ou entraîneur. Désormais, nous voyons un phénomène inverse s’opérer ici : de petits propriétaires arrêtent de courir à titre individuel pour rejoindre des syndicats. Car cela permet de mieux répartir les risques en étant impliqué dans un plus grand nombre de chevaux, d’accéder à un meilleur choix de chevaux mais aussi d’avoir tous les avantages d’une association. Comme par exemple une communication de bien meilleure qualité que lorsque l’on est seul face à son entraîneur. Enfin, c’est plus "fun" d’aller aux courses à 15 que tout seul. »

Sandie Doussot Billot : « Nous avons besoin d’un référent au sein de l'Institution »

En remportant le Prix Christian de Tredern (Gr3), Belle Promesse a fait vibrer ses 200 propriétaires qui sont rassemblés dans l'écurie d'obstacle XXL. C'est la troisième victoire black type en 2021 pour les écuries de groupe lancées par Pascal Adda, qui en a transmis la gestion quotidienne à Sandie Doussot Billot.

Parmi leurs autres projets gérés, il faut citer l'écurie Premier Pas, réservée aux 2ans et qui rassemble 99 personnes avec sept yearlings au départ. L'écurie Top, à cheval entre trot, plat et obstacle, rassemble 1.002 personnes. Sandie Doussot Billot nous a confié au mois de juin : « Assurément, le fait de ne pas pouvoir faire de publicité entrave le développement et le recrutement. Nous passons donc par les médias, la presse hippique, Equidia… Et au bout de plusieurs décennies, nous avons une certaine crédibilité, un réseau et une notoriété qui œuvrent en notre faveur. Monter, puis gérer une écurie de groupe, c'est beaucoup de travail et cela demande de la rigueur. Si France Galop veut favoriser la création d'écuries, il serait intéressant d'avoir un référent au sein de l'Institution. Pour accompagner les écuries existantes dans leurs demandes forcément un peu hors normes par rapport à des propriétaires individuels. Mais aussi pour guider ceux qui veulent monter un projet. J'insiste vraiment sur la nécessité du professionnalisme car chaque écurie de groupe qui ne fait pas preuve de sérieux génère des retombées négatives sur les autres. Au total, nos écuries représentent 23 chevaux à l'entraînement. »

Pascal Adda avait alors précisé : « C'est Sandie Doussot Billot qui gère les différentes écuries désormais, avec l'aide de Ghislain Bertrand et d'une comptable à mi-temps. C'est elle qui suit au quotidien les échanges et ressentis des membres. Notre fonctionnement n'est possible que grâce à l'existence de plusieurs écuries en même temps. Cela permet d'amortir les frais de fonctionnement qui sont importants. Il y a la communication quotidienne. Mais pas uniquement. Chaque trimestre, chaque personne reçoit un relevé de compte où tout est détaillé noir sur blanc : gains, charges, copies des factures… Pour moi, comme pour toutes les personnes qui travaillent sur ces projets, c'est une passion. Mais c'est beaucoup de travail. Et c'est aussi un métier qui fait appel à des compétences bien spécifiques et qui permet parfois d'en vivre correctement, comme on le voit en Angleterre, par exemple. Outre-Manche, la rémunération des acteurs apparaît comme totalement naturelle et acceptable. C'est important et nous sommes très clairs sur ce sujet. Si ce n'était pas devenu un véritable métier, nous n'aurions pas duré près de trois décennies. »

APLAT GRISÉ

À suivre cette semaine

Partie 2 : Création d’une écurie de groupe, mode d’emploi

FIN APLAT

TRIBUNE LIBRE

Pascal Adda : « Le président de France Galop doit en faire son cheval de bataille »

Gérant d’écuries en multipropriété, Pascal Adda nous a fait parvenir cette tribune libre.

« C’est avec plaisir que nous avons écouté notre président, Édouard de Rothschild, sur le plateau d’Equidia en clôture du dimanche de l’Arc, déclarer que les écuries en multipropriété sont l’un des axes importants pour développer le propriétariat. Mais c’est aussi une rengaine que nous entendons à chaque élection du président de France Galop depuis maintenant 18 ans (discours électoral de notre président actuel en 2003-2007-2015-2019).

Effectivement, en mutualisant la copropriété sur plusieurs sujets, on peut être plus exigeant au niveau de l’entraînement des jeunes chevaux du fait de leur nombre.

Quelles sont les véritables avancées pendant cette période ? Un département "acteurs des courses" qui n’a pas été développé en conséquence... En tout cas aucune "feuille de route" avec des objectifs clairs. Une pseudo accélération de l’obtention des couleurs…

Il existe un point juridique contre lequel nous sommes en concurrence déloyale avec d’autres pays comme la Grande-Bretagne. Dès lors que l’on s’adresse à un plus grand nombre, il y a interdiction de faire un "appel public à l’épargne" sans passer par l’Autorité des marchés financiers (A.M.F.). Or obtenir un visa de l’A.M.F. est coûteux et incertain…

Par contre, faire évoluer certaines règles existantes à France Galop, voire "simplifier" et "mettre à niveau" les différentes formes de propriétés pour s’adapter aux besoins, ne demande pas de budget mais une volonté politique.

Je ne reviendrai pas sur une démonstration que j’ai, maintes fois, adressée aux services juridiques compétents de France Galop.

Ce que je peux affirmer cependant, c’est que leur réponse : « Les Tutelles s’opposent à nos demandes » n’est pas du tout avérée et j’en ai eu la preuve.

Comment convaincre nos Tutelles si, en interne, il n’existe pas la conviction que le sujet mérite attention ? Mission impossible ! Cela fait plus de 20 ans que j’endosse le rôle de "mouche du coche" pour des avancées que je juge vraiment timides.

Les hauts-fonctionnaires de nos ministères sont certainement aptes à comprendre les distorsions de certaines situations actuelles. Le pragmatisme ne leur est pas forcément inatteignable…

Je prendrai le seul parallèle d’une association limitée à 20 personnes (maximum autorisé) avec agrément individuel et une écurie en société (S.A.S., Sarl, etc…) où seul un nombre restreint d’actionnaires (entre deux et cinq) doit être agréé.

À votre avis, quelle structure risque d’être "opaque" aux yeux des Tutelles : une association en nombre illimité avec deux ou trois mandataires agréés avec communication des autres membres ? Ou une Société anonyme dont il est plus difficile de contrôler les actionnaires ? La réponse est dans la question…

Cela peut apparaître comme un détail mais c’est un "état d’esprit en interne" qu’il faut modifier, sans cela nous en resterons au stade des beaux discours politiques et la perte de confiance dans notre Institution poursuivra son chemin malgré toute l’énergie déployée souvent en vain.

Si le président pouvait en faire un cheval de bataille comme il les aime (distance du Jockey-Club, décharge pour les femmes jockeys…) alors peut-être aurions-nous une chance de débloquer les freins internes de notre vénérable Institution.

Par ailleurs, et les acteurs des courses partagent ce point de vue à l’unanimité, l'accueil sur les hippodromes est plus que critiquable et une restauration inadaptée.

La discussion est ouverte…

PS : Si un proche du président lit cette supplique, peut-il lui en faire part ? Il paraîtrait que certains de nos dirigeants ne prennent pas la peine de lire la presse spécialisée, ou en tout cas certains sujets au risque de porter atteinte à leur moral…. Faut-il s’étonner, dès lors, qu’ils s’éloignent de plus en plus du "terrain" ?  Tendance lourde et pas seulement dans notre domaine. »