Bilan des Grs1 français : Les raisons de l’échec

Courses / 27.10.2021

Bilan des Grs1 français : Les raisons de l’échec

France : huit. Reste de l’Europe : vingt. C’est le bilan des Grs1 courus en France en 2021. Et le score pour les tricolores est dur. Très dur même. Pour rebondir, il faut connaître ses points faibles. Franco Raimondi les a pointés.

En 2015, dans les 28 Grs1 du programme français (le Prix de Royallieu a obtenu ce label en 2019), les tricolores avaient remporté 18 succès, contre 10 pour les étrangers. Le score nous a aussi été favorable en 2016 avec un solide 16 à 12. En 2017 et 2018 on a fait match égal, avant trois défaites consécutives : deux par 16 à 12 et le terrible 20 à 8 de 2021. Le meilleur rating enregistré par un cheval français en 2021 est le 123 de Sealiway (Galiway), qui nous a offert à Newmarket les Qipco Champion Stakes (Gr1). Mais pour les performances acquises dans l’Hexagone, on tombe sur le dead-heat entre Mare Australis (Australia) et Skalleti (Kendargent), qui ont remporté respectivement le Prix Ganay et le Prix d’Ispahan en 119. La pouliche Rougir (Territories) vient juste derrière avec le 118 enregistré dans le Prix de l’Opéra Longines.

Le bilan depuis 2015 des Grs1 français

Année      Gr1 remportés par la France                Gr1 remportés par les étrangers

2015         18                                                         10

2016         16                                                         12

2017         13                                                         13

2018         14                                                         14

2019         12                                                         16

2020         12                                                         16

2021         8                                                           20

La limite à 120. Le Longines World’s Best Racehorse Rankings est paru après le week-end du Prix de l’Arc de Triomphe. On y trouve deux français en 120 de rating : Skalleti et la flèche Suesa (Night of Thunder), qui a fait sa valeur dans les King George Stakes (Gr2) à Goodwood. On verra bien combien de Français se glissent dans le classement final. La France a déjà connu à deux reprises une telle situation avec seulement deux chevaux à plus de 120. Mais il faut savoir qu’en 2011, treize français avaient terminé leur saison en atteignant (ou en dépassant) cette barre symbolique…

La manque de champions. Le rating moyen des gagnants des Grs1 en France n’a pas beaucoup évolué au cours des quatre dernières saisons. Cette année, on est à 115,9. Le top se situe à 116,1 l’année dernière et le point le plus bas en 2018 avec 115,7. Le rating moyen (115,5) des gagnants entraînés de Gr1 en France en 2021 a baissé d’une livre par rapport à 2020. Mais on ne parle que de quelques décimales de changement. Les étrangers gagnants de Gr1 en France depuis 2018 n’ont eux non plus pas beaucoup changé de niveau. Ils se situent dans une fourchette comprise entre 115,8 et 116,2. Pour la France, la différence avec les grandes années, c’est donc le manque de vrais et grands champions.

Calas fait match égal avec Chantilly. Revenons aux huit gagnants de Gr1 préparés en France. Trois sont entraînés à Calas. Skalleti et Marianafoot (Footstepsinthesand) par Jérôme Reynier. Rougir par Cédric Rossi. On compte aussi trois cantiliens : les Fabre Mare Australis et Zellie (Wootton Bassett) et la Smaga Incarville (Wootton Bassett). Jean-Claude Rouget a sorti la lauréate de la Poule d’Essai des Pouliches Cœursamba (The Wow Signal), et Grand Glory (Olympic Glory) a été préparée à Maisons-Laffitte par Gianluca Bietolini. En 2018, quand la France avait fait match égal à 14 avec les étrangers, les cantiliens avaient apporté 12 points.

Certains Grs1 restent notre chasse gardée. Le score de la France est très maigre mais comprendre nos points faibles est la meilleure façon pour se remettre en marche. Les tricolores ont gagné cette année la Poule d’Essai des Pouliches, une course qui est favorable aux françaises. La seule étrangère qui nous a battus depuis 2015 a été Teppal (Camacho). Le score est très favorable aussi dans le Prix Saint-Alary, qui compte deux victoires anglaises au cours des sept dernières éditions. Le Prix Ganay, en début de saison, a vu un seul succès britannique dans la même période, celui de Cracksman (Frankel) en 2018. Le Prix d’Ispahan est aussi largement favorable aux français, qui ont connu deux défaites depuis 2015. Bref, la France a gagné quatre Grs1 qu’elle domine assez régulièrement.

Le poids d’Aidan dans les classiques. De 2015 à 2020 la France a mis aux étrangers un joli 19 à 9 dans les quatre classiques. Cette année Aidan O’Brien a remporté la Poule d’Essai des Poulains et le Prix du Jockey Club avec St Mark’s Basilica (Siyouni). Le poulain a réalisé une saison parfaite avec ses succès dans les Eclipse Stakes et les Irish Champion, avec à la clé un rating de 127. Quand il nous a rendu visite, nous avions peut-être sous-estimé sa classe. Il avait décroché un rating de 115 à ParisLongchamp et de 120 à Chantilly. Le maître de Ballydoyle nous a aussi piqué le Prix de Diane – son premier – avec Joan of Arc (Galileo). Résultat : on a perdu 3 à 1 dans les classiques en 2021. C’est la première fois que cela nous arrive. Depuis 2015, la France a réussi le carton plein (4 sur 4) en 2017 et 2019. Alors qu’en 2015 et 2016, elle avait gagné 3 à 1. À deux reprises, nous avons fait match nul.

Zellie et les 2ans. Dans les Grs1 pour 2ans, Zellie a sauvé l’honneur en remportant le Qatar Prix Marcel Boussac. La meilleure année pour les juniors de France a été 2019 quand André Fabre a remporté le Morny et le Lagardère avec ses deux Shamardal (Giant’s Causeway), Earthlight et Victor Ludorum, et Pia Brandt le Critérium de Saint-Cloud avec Mkfancy (Makfi). La plus mauvaise est 2017, soit l’année où les deux Grs1 de Saint-Cloud ont été annulés. Nous avions terminé avec un zéro pointé. Cette année, on peut se consoler avec le "FR" Angel Bleu (Dark Angel). Les 2ans sont l’un des points faibles de la France, on le sait.

La France est forte en mai et juin. Si on l’analyse la saison mois par mois, on découvre que la France est difficile à attaquer en mai et juin. C’est-à-dire en début de saison et dans les classiques cantiliens, quand les Anglais et les Irlandais sont occupés à domicile. De 2015 à 2020, le score dans les sept Grs1 du premier semestre nous était favorable, avec 31 à 11. Cette année nous dominons 4 à 3 sur la période.

Cela commence ensuite à se gâter avec le meeting de Deauville, qui propose six Grs1, y compris le Prix Jean Prat. Depuis 2015, 42 Grs1 y ont été courus : la France en a gagné un tiers… les étrangers le reste. Cette année, le Prix Maurice de Gheest reste en France grâce à Marianafoot, tout comme le Prix Jean Romanet avec Grand Glory. Nous avions fait mieux en 2018 avec quatre succès et en 2016 avec trois victoires (mais le Jean Prat se courait à Chantilly). Mais aussi pire en 2017, 2019 et 2020 : la France avait gagné un seul des six Grs1 de Deauville.

La rentrée et la catastrophe. Dans les Grs1 à l’affiche après la rentrée, c’est la catastrophe. Le score avant le Prix du Moulin de Lonchamp était de 6 pour la France et 9 pour le reste de l’Europe. La remontada était encore jouable avec treize Grs1 à venir. La France en a gagné deux, le Marcel Boussac de Zellie et le Prix de l’Opéra de Rougir.

Les Grs1 disputés après septembre et remportés par des chevaux entraînés en dehors de nos frontières

Course                                             Gagnant/e              Rat.     Meilleur français (class.)    Marge

Prix du Moulin de Longchamp       Baaeed                   121      Victor Ludorum (3e)           1,5

Prix Vermeille                                 Teona                     113      Burgarita (4e)                      2,25

Prix du Cadran                                Trueshan                120      Bubble Smart (3e)               5,5

Prix de Royallieu                             Loving Dream       111      Valia (3e)                             2,25

Prix Jean-Luc Lagardère                 Angel Bleu            115      Ancient Rome (3e)              1,5

Prix de la Forêt                                Space Blues           117      Sagamiyra (5e)                    4,5

Prix de l’Arc de Triomphe              Torquator Tasso    125      Sealiway (5e)                       4,5

Prix de l’Abbaye de Longchamp    A Case of You       113      Air de Valse (2e)                 0,1

Criterium de Saint-Cloud                El Bodegon            112      Dreamflight (7e)                  4,25

Criterium International                    Angel Bleu            115      Ancient Rome (2e)              0,1

Prix Royal-Oak                               Scope                     111      Skazino (2e)                        1

Nous avons analysé les résultats des 11 Grs1 que nous avons perdus. Deux nous ont échappé de très peu. Air de Valse (Mesnil des Aigles) s’est inclinée d’une courte tête dans le Prix de l’Abbaye de Longchamp face à l’irlandais A Case of You (Hot Streak). Et Ancient Rome (War Front) a terminé à une tête d’Angel Bleu dans le Critérium International. Skazino (Kendargent) s’est classé deuxième à une longueur de Scope (Teofilo) dans le Prix Royal-Oak. Mais, sur les treize Grs1 courus depuis septembre, à quatre reprises, on a vu un tiercé sans un seul français…