Écuries de groupe : la troisième partie de notre grand dossier

Autres informations / 14.10.2021

Écuries de groupe : la troisième partie de notre grand dossier

Écuries de groupe : la troisième partie de notre grand dossier

Mardi soir, nous sommes partis à la rencontre d’acteurs de la syndication. Mercredi soir, nous vous avons donné les clés pour monter votre écurie de groupe. Aujourd’hui, nous vous proposons trois retours d’expérience passionnants dans trois pays différents !

Certains aspects du développement des syndicats à l’étranger ne sont pas forcément connus en France. Notamment l’ampleur du phénomène en Grande-Bretagne. En 2021, près de 3.200 chevaux à l’entraînement outre-Manche couraient pour un syndicat, que ce soit en plat ou en obstacle. C’est 100 de plus qu’en 2020. Au point que John Gosden déclare au Racing Post : « Nous sommes un divertissement de luxe. Comme chacun le sait, il est très onéreux d’avoir un cheval de course. À l’avenir, les syndicats seront encore plus présents qu’ils ne le sont aujourd’hui. Même si la faiblesse des allocations [en Grande-Bretagne, ndlr] sera toujours un frein à leur développement. » Au Japon, la situation est très différente. Seulement 53 syndicats sont actifs mais ils rassemblent uniquement des propriétaires agréés. Les grands haras ont décidé de syndiquer la carrière de course d’une partie de leur production – dans des "clubs" –, et ces écuries de groupe qui rassemblent des milliers de membres sont souvent tête de liste des propriétaires. Si bien que ces 24 clubs décrochent 26,8 % des allocations japonaises, alors qu’ils représentent environ 18 % des 48.000 partants que compte le Japon tous les ans.

Tim Palin : « Nous avons 1.500 clients et 134 chevaux chez 47 entraîneurs différents »

Tim Palin est la tête de Middleham Park Racing, un syndicat qui fait référence outre-Manche, sportivement, mais aussi au niveau de la qualité de la communication.

« Sans professionnalisme et sans rémunération, les syndicats ne se seraient jamais développés en Grande-Bretagne. Par exemple, pour la communication nous avons du personnel dédié. Une personne à temps plein gère les réseaux sociaux et la newsletter [un modèle du genre, ndlr]. Une personne s’occupe à temps plein du site internet. Nous avons par ailleurs trois syndicates managers, c’est-à-dire des gens qui gèrent le quotidien des 134 chevaux syndiqués. Et 50 % de leur temps de travail consiste à assurer la communication entre clients et entraîneurs. Au final, la communication représente trois emplois et demi à temps plein dans l’équipe. »

Les clés de la réussite. En 25 années d’activités, Middleham Park Racing a sorti plus de 1.100 gagnants, plat et obstacle compris. Lorsqu’on interroge Tim Palin sur les clés de la pérennité de l’entreprise, il explique : « Je pense qu’il y a trois éléments clés et interdépendants : la communication, les résultats sportifs et l’ambition. Nous avons remporté 17 Groupes dont Grs1. Sans compter une trentaine de Listeds. Ces grandes courses permettent de montrer aux gens que nous avons de l’ambition. Et cela donne envie à certains de nous rejoindre. En 2021, nous avons gagné 93 courses et c’est ce que les actionnaires veulent : des victoires. Derrière le terme communication, il faut comprendre tout ce qui permet aux gens d’avoir le sentiment de faire partie d’un groupe et d’avoir accès aux coulisses, à l’entraînement comme aux courses. Quand les chevaux courent, nos clients ont trois ou quatre contacts par semaine avec Middleham Park Racing. En période plus calme, lorsque le cheval est au repos dans un haras par exemple, la fréquence des messages est d’environ un tous les dix jours. »

Un effectif énorme. Tim Palin poursuit : « Nous avons des chevaux à l’entraînement en France, chez Jérôme Reynier, Simone Brogi et Jean-Claude Rouget. Le système français est génial et nous aimerions en avoir plus ici à l’avenir. Et c’est pour cela que nous achetons des chevaux qui ont droit aux primes françaises, notamment par l’intermédiaire de Nicolas de Watrigant. Mais cela s’est moins développé que prévu à cause du Covid, lequel nous a empêchés pendant quelque temps de venir aux courses en France. Par bonheur, nous avons quand même pu soutenir Dynamic Force (Kodiac) à Chantilly pour le Prix Éclipse (Gr3). En 2021, nous avons 134 chevaux à l’entraînement. Ils sont placés chez 47 entraîneurs différents. Chaque cheval est syndiqué séparément et certains de nos clients ont des parts dans plusieurs chevaux différents. Chez nous, la moyenne est de 16 porteurs de parts par cheval soit un total de 1.500 propriétaires. Sur les deux dernières années, notre solde de clients – les arrivants moins les sortants – est de 200 clients supplémentaires. D’une manière générale, les syndicats anglais continuent à croître et c’est la seule manière d’avancer dans un pays où les allocations sont aussi faibles. Cela étant dit, ce n’est pas qu’une question d’argent. C’est aussi un confort et une manière différente d’aller aux courses. »

Les challenges. « Clairement, ces dernières semaines, le marché était très soutenu aux ventes et cela devient vraiment difficile d’acheter dans notre budget, entre 50.000 et 100.000 £. C’est notre plus grand challenge. Les syndicats s’adaptent en donnant leur chance à des chevaux issus d’étalons moins à la mode ou moins précoces. Mais actuellement, on voit que même les sujets de tenue sont moins faciles à dénicher, car on se retrouve face aux acheteurs australiens qui se reportent sur les yearlings après avoir échoué à acheter des sujets à l’entraînement. Désormais, le public a beaucoup de choix : plus de 1.000 syndicats sont actifs en Grande-Bretagne. Il y a beaucoup de compétition entre eux et cela crée une émulation. La BHA [le France Galop anglais, ndlr] consacre beaucoup d’énergie à la régulation des syndicats pour s’assurer que tout se passe dans la transparence et dans l’honnêteté. Un code de bonne pratique très bien conçu a été publié. C’est du bon boulot de la part de l’Institution. Nous aurions aimé nous développer en France. Malheureusement, nous étions dans une impasse [les chevaux courent en France sous le nom de Tim Palin et non pas pour Middleham Park Racing, ndlr], et il y a quelques mois, nous avons pris contact avec France Galop pour essayer de trouver une solution qui nous permettra de nous développer chez vous sous le nom de Middleham Park Racing»

Louis Le Metayer : « France Galop doit faire un grand effort de simplification »

Courtier installé en Australie, Louis Le Metayer côtoie au quotidien la puissance commerciale des syndicats australiens

« En Australie, lors des grandes journées de course, la moyenne est de 8 propriétaires par cheval. Ici nous avons souvent 9 épreuves par réunion avec une moyenne de 12 partants. Cela fait donc un potentiel de 860 propriétaires au départ, même si bien sûr, certains sont plusieurs fois représentés. Et ces 800 et quelques porteurs de parts viennent avec leur conjoint, les amis et les enfants qui consomment, parient et font vivre l’événement sur place, mais également sur les réseaux sociaux. On voit clairement le potentiel en termes de fréquentation pour les hippodromes.

On voit tout aussi clairement que la multipropriété soutient le marché en Australie : plus de 80 % des yearlings sont acquis dans ce cadre. Ici, le cheval qui court pour un seul propriétaire, c’est l’exception. Qui dit marché des yearlings soutenu, dit clientèle fournie pour les entraîneurs qui reçoivent beaucoup de jeunes chevaux.

Le plus gros pool d’acheteurs, ce sont les stallion syndicates. Cette année, huit étaient actifs aux ventes. Ils sont souvent gérés par des haras et quelquefois par des courtiers. Au lieu de dépenser 30 millions dans un gagnant de Gr1, les haras et leurs associés consacrent 10 ou 15 millions à l’achat de yearlings… en espérant sortir un étalon. Cela leur donne l’occasion de s’associer avec des propriétaires australiens ou étrangers. Souvent, c’est une simple levée de fonds, sans statut particulier.

On trouve ensuite les syndications companies. Leur cas est un peu à part et ces syndicats font l’objet de régulation car ils ont des droits particuliers. Notamment celui de faire de la publicité et de revendre leurs achats sous forme de parts en réalisant un profit immédiat. L’exemple typique, c’est un yearling à 100.000 AU$ qui sera revendu en 20 parts sur la base de 170.000 AU$, en tenant compte de divers coûts comme l’assurance et le débourrage.

Par ailleurs, les entraîneurs achètent pour la plupart au nom de groupements de propriétaires. Ils sont très actifs pour remplir leurs écuries. Ils se "mouillent" beaucoup et c’est tout à leur honneur. Mais ils ont aussi toute une équipe de marketing et de communication pour assurer le coup. Ciaron Maher avait huit personnes autour de lui lors des ventes de Magic Millions ! Ces employés vendaient les parts de yearlings au téléphone au fur et à mesure. Au final, ils ont acheté 50 yearlings lors de la vente et toutes les parts ont été vendues en deux mois.

Enfin les courtiers – comme moi – achètent pour des clients qui leur passent des ordres d’achats. Mais parfois aussi, cela nous arrive d’acheter "en spec" si un yearling nous plaît. Et ensuite, nous contactons les clients de notre carnet d’adresses. Il est bien sûr plus facile de trouver 10 propriétaires pour investir 10.000 € qu’une personne ayant 100.000 € à dépenser.

En dehors des syndications companies qui font l’objet d’une régulation bien spécifique, les autres formes de multipropriétés sont très simples à mettre en place et il y a peu de démarches administratives. Par ailleurs, pour les acheteurs finaux, il n’y a pas d’enquêtes et il n’y a pas non plus besoin d’un statut particulier. On ne leur demande que de remplir un simple papier avec le pourcentage qu’ils achètent et leurs coordonnées bancaires pour les futures allocations du cheval. C’est d’une simplicité enfantine.

Certains vous diront que vendre 10 parts d’un cheval, c’est du boulot. Et c’est d’autant plus vrai que France Galop ou l’administration met un peu des bâtons dans les roues. Mais en Australie, il existe trois logiciels en ligne très efficaces pour gérer tout cela.

Pour que la France rattrape son retard en matière de syndication, il faut que les entraîneurs jouent le jeu en matière de communication et que pour la personne qui achète une part, tout se déroule de manière très simple. De même, en Australie, il n’y a aucune obligation à avoir ses propres couleurs : souvent les chevaux courent sous celles de l’entraîneur ou d’un syndicat. La France est 2,5 fois plus peuplée que l’Australie, avec beaucoup de ruraux et donc des gens au contact des chevaux. Cela représente un énorme potentiel de propriétaires… »

Marcel Chaouat : « Le vrai challenge ce n’est pas la création d’une écurie de groupe, c’est de faire durer l’aventure »

Marcel Chaouat est le créateur et l’animateur de Passion Racing Club et de Passion & Dream. 

« La grande différence entre une association et une écurie de groupe, c’est le nombre de personnes. Une écurie de groupe permet de rassembler beaucoup plus de monde et donc d’avoir des moyens plus importants. Qui dit plus de moyens dit plus de chevaux, ce qui donne plus de chance d’en trouver des bons, d’où une probabilité de réussite bien meilleure, même si rien n’est mathématique, bien sûr.

La création de l’écurie de groupe en elle-même n’est pas difficile. Il suffit de mettre sur pied une Sarl. La réglementation impose d’avoir trois membres qui ont par ailleurs leur agrément de propriétaire. Ce n’est pas difficile si le fondateur prend des parts et si un entraîneur conserve un petit pourcentage. Il suffit alors de trouver une troisième personne disposant d’un agrément.

Le vrai challenge ce n’est pas la création d’une écurie de groupe, c’est de faire durer l’aventure  !

J’ai une longue expérience dans cette activité et c’est avec grand plaisir que je donnerai un "coup de main" aux personnes qui veulent créer leur propre écurie de groupe. Il y a une véritable vocation éducative à un tel projet, d’ailleurs cinq ou six porteurs de parts de mes écuries ont pris leurs couleurs après avoir goûté aux joies des courses. 

Équilibrer les comptes est illusoire dans un contexte où les allocations baissent et où les frais d’entraînement progressent. Pour pouvoir se faire plaisir et continuer à avoir de bons chevaux, y compris au niveau Groupe, les écuries de groupe représentent une bonne solution. C’est même l’avenir. Mais il faut expliquer aux personnes qui veulent rejoindre l’aventure que c’est un loisir, pas un business.

Pour que cela fonctionne, il faut que les gestionnaires soient bénévoles et qu’ils s’impliquent à fond. Il faut une disponibilité quotidienne et beaucoup de passion. Et bien sûr, il faut y ajouter une part de chance, celle dont on a besoin pour trouver un bon cheval. Par ailleurs, je considère que nos écuries de groupe ont fonctionné uniquement grâce au bénévolat. Si le gestionnaire de l’écurie était rémunéré ne serait-ce que de 5 % des quatre millions d’allocation récoltés depuis la création de Passion Racing Club, cela ferait 200.000 €. Ou si le gérant de l’écurie était payé juste au Smic, cela reviendrait aussi à 200.000 €. À la suite de cela, je ne me rémunère pas et c’est aussi le cas de Ludovic Laulleta qui gère la communication et d’Aurélien Visiedo, créateur du site internet.

Le ticket d’entrée dans Passion Racing Club était de 5.000 € avec 43 membres dont certains ont pris plus d’une part. Dans le cas de Passion Racing Club, nous avons déjà reversé 2.500 € aux porteurs de parts. Sur huit années, cela revient à 0,85  par jour pour avoir la chance de courir 1.600 partants de Passion Racing Club en faisant même l’arrivée de Groupes. Dans le cas de Passion & Dream, nous avons créé dix parts seulement à 50.000 € chacune. Ensuite, pour les deux écuries, nous ne demandons pas un seul euro dans la gestion de ces écuries jusqu’à la fin. Nous espérons pouvoir durer le plus longtemps possible. Sur nos différentes écuries, nous avons le bonheur d’avoir eu des chevaux de la qualité d’Al Roc (Great Pretender), gagnant du Prix Saint Sauveur (L) et deuxième du Prix des Drags (Gr2). Ou encore Beyond Henry (Henrythenavigator), double lauréat de Listed à Auteuil. My Love’s Passion (Elvstroem), deuxième du Prix Robert Papin (Gr2)... Enfin, nous avons conservé comme poulinière Skiperia (Gold Away), double lauréate de Quinté. Nos plus (le savoir-faire), nos moins (le faire-savoir). Qui dit mieux ? »

Mériadec Blanchet : « Il existe des solutions d’assurance spécifiques »

Markel Equine, spécialiste de l’assurance depuis vingt ans, propose aux écuries de groupe une assurance mortalité pour les porteurs de parts. Forts de leur expérience sur le terrain, les spécialistes de Markel Equine assurent déjà plusieurs écuries de groupe et connaissent donc bien ce segment du propriétariat en plein essor. Mériadec Blanchet, chargé du développement avec toute l’équipe, nous a confié : « Nous souhaitons protéger les investissements des porteurs de parts au sein des écuries de groupe. Pour nous, c’est la solution pour le développement du propriétariat. Ce modèle permet de regrouper des personnes néophytes et des passionnés déjà aguerris. C’est le principe de la transmission et de la découverte du monde des courses. Markel Equine propose d’accompagner les investisseurs par le biais de l’assurance mortalité combinée aux frais de chirurgie d’urgence afin de les protéger et qu’ils retrouvent leurs fonds investis en cas de sinistre. Il est important d’assurer un cheval à sa juste valeur, c’est pourquoi nous définissons cette dernière en amont avec le responsable de l’écurie de groupe. Bien entendu, cette valeur peut fluctuer en fonction des performances des chevaux, mais le montant remboursé correspond toujours au montant assuré, c’est le principe de valeur agréée appliqué systématiquement chez Markel Equine. Notre couverture des événements nationaux et internationaux, en Europe comme aux États-Unis, nous permet d’avoir un contact privilégié avec les propriétaires de chevaux. Que ce soit aux ventes, aux courses, à l’entraînement, quelle que soit la discipline concernée puisque nous assurons également de nombreux trotteurs et chevaux de sport. Notre volonté est d’être proches de nos clients, la relation personnalisée est un élément clé chez Markel Equine. »