HENRI BOZO ON AIR

Élevage / 25.10.2021

HENRI BOZO ON AIR

Quelle semaine pour l’écurie des Monceaux ! Après une vente d’octobre où le haras d’Henri Bozo a terminé une nouvelle fois en tête des vendeurs, Angel Bleu, élevé aux Monceaux pour Pan Sutong, est devenu le premier 2ans à réussir le doublé Qatar Prix Jean-Luc Lagardère - Critérium International. Henri Bozo est l’invité exceptionnel du Talk, le podcast de Jour de Galop. Les secrets de sa réussite, ses recettes pour améliorer la compétitivité de l’entraînement français, son bilan des ventes de yearlings en 2021 ? Vous pouvez écouter ses réponses en cliquant sur ce lien https://www.jourdegalop.com/podcasts et dans les pages suivantes du journal.

Mieux récompenser les propriétaires qui investissent dans les jeunes chevaux

« Il y a un vrai dynamisme dans l’élevage français, des raisons de se réjouir et d’espérer. Il n’y a jamais eu autant de nouvelles opérations qui ont du succès, qui investissent… Et les résultats viennent de plein de haras différents ! On doit être fier de l’élevage français et on doit le promouvoir au maximum auprès des étrangers.

À côté de ça, la compétitivité de l’entraînement français est mise à mal actuellement et c’est dur à encaisser ! La raison du manque de compétitivité est simple : on rentre beaucoup moins de yearlings en France qu’en Angleterre ou en Irlande, et avec une valeur globale bien inférieure. Il faut qu’un propriétaire qui prend le risque d’investir dans des jeunes chevaux, dans des yearlings, soit mieux récompensé financièrement dans les courses de jeunes chevaux.

Développer les écuries de groupe, c’est un moyen de mettre en selle les futurs propriétaires. Il faut rendre la vie des propriétaires plus facile, plus amusante. Il faut aussi continuer à donner une nouvelle image aux courses. C’est ce que nous permet l’arrivée de gens nouveaux, comme les grands sportifs, qui portent une image plus jeune, plus sportive. Il faut aller dans ce sens et exploiter cette chance que l’on a actuellement.

J’y crois. On a les ressources humaines en France pour relancer la machine. Il faut faire preuve de détermination, poser les bonnes questions, inciter encore une fois les propriétaires à prendre des risques et à investir dans des jeunes chevaux. C’est l’unique moyen pour redonner de la compétitivité à l’entraînement français. »

La vente d’octobre : une agréable surprise

« Je crois beaucoup en la vente d’octobre. Elle a vraiment énormément progressé depuis quelque temps, depuis l’arrivée de ces nouvelles opérations d’élevage ou de consignation françaises, qui ont participé à l’amélioration de l’offre. Cette année, la vente d’octobre a été assez impressionnante de dynamisme. Nous avons été agréablement surpris. La vente d’août a été plus difficile, au niveau de l’ambiance, de l’envie. À Deauville, la semaine passée, on a vu des gens de partout en Europe, et même des États-Unis et d’Australie en demande des produits français. On a très vite senti que ça serait une bonne vente. Et puis ce sont des ventes qui donnent le moral : il n’y a pas que les Dubawi et les produits des top étalons qui se vendent. Tattersalls a connu aussi un book 2 et un book 3 très soutenus. L’Angleterre a la chance d’avoir une demande intérieure très forte, très stimulante. C’est ce vers quoi on doit tendre dans les années à venir. »

Sans cesse enrichir le patrimoine génétique

« Actuellement, 80 poulinières sont stationnées aux Monceaux. Nous sommes propriétaires ou copropriétaires d’une cinquantaine d’entre elles. Nous prenons donc des risques financiers mais, comme le dit la publicité, 100 % des gagnants ont tenté leur chance ! Il faut sélectionner la jumenterie de façon draconienne, l’améliorer, réinvestir dans des jeunes juments, des yearlings, des poulinières. Il n’y a pas de recette miracle, mais je crois que le succès passe par le renouvellement du stock. Chaque année, on passe en vente environ 10 % de notre jumenterie, les juments qui ne correspondent pas exactement à ce que l’on souhaite faire mais qui correspondent aux objectifs d’autres éleveurs. Et chaque année on rachète cinq ou six juments pour les remplacer, ainsi que des yearlings en association le plus souvent, ou tout seul. Il faut toujours enrichir le patrimoine génétique. »

Angel Bleu, ou les débuts chanceux d’un nouveau client hongkongais

« Pan Sutong est un client installé à Hongkong, qui m’a été présenté par Richard Gibson. M. Pan a voulu investir en Europe dans l’élevage et m’a demandé de lui trouver quelques juments, soit à l’amiable, soit aux ventes. Nous avons acheté trois juments : deux ensemble aux ventes, et une pour lui uniquement, Cercle de la Vie, que j’ai achetée à l’amiable, sortant de l’entraînement. Son pedigree lui plaisait particulièrement car dans sa famille on trouve des gagnants de très belles courses en Asie et en Australie. On a décidé de l’envoyer à Dark Angel. Angel Bleu a été élevé au haras et a été présenté à Deauville aux ventes d’août. Il n’avait pas été vendu sur le ring, mais Jamie McCalmont m’avait tout de suite dit qu’il était intéressé et qu’il allait trouver un acheteur. Quelques heures après, c’était le cas ! »

La finalité : élever des gagnants de Gr1 !

« L’objectif de M. Pan est de commercialiser les produits de ses juments, même si, en fonction des années, il souhaitera peut-être garder quelques chevaux à l’entraînement. Mais initialement, la feuille de route était de trouver des juments pour les élever au haras et vendre la production. Le produit suivant de Cercle de la Vie est un mâle de Siyouni que nous avons vendu 1,5 million d’euros en août dernier. Ce sera le dernier produit de la jument, qui est morte de coliques. C’est dur, mais c’est la vie de l’élevage. M. Pan m’a laissé entendre qu’il voulait réinvestir dans une jument cette année. Il n’a pas un gros effectif, mais c’est le cas de tous les clients du haras : ils ont majoritairement deux ou trois juments, ou des juments en association avec nous. Notre objectif commun, c’est la qualité. La finalité est d’élever des champions, des gagnants de Gr1. »