Tribune libre : « L’Ifce vit encore au Moyen-Âge et nous en payons les conséquences »

Courses / 21.10.2021

Tribune libre : « L’Ifce vit encore au Moyen-Âge et nous en payons les conséquences »

Par Gérard Larrieu, éleveur, propriétaire et courtier

« À Pompadour, l'Ifce [Institut français du cheval et de l'équitation, ndlr] trône dans son château et nous en payons tous les conséquences. Car ses méthodes moyenâgeuses causent de nombreux préjudices. Dans notre pays, l’exportation de pur-sang arabes est une activité économique importante. Beaucoup de casaques majeures du pur-sang anglais achètent, font courir et élèvent à la fois des pur-sang anglais et des pur-sang arabes dans notre pays. Pour exporter un pur-sang anglais, rien de plus facile. Tout est en ligne sur le site de France Galop et cela se règle en quelques clics.

Mais pour les pur-sang arabes, c’est une autre paire de manches. Il faut envoyer la carte signée par courrier – et sans aucune alternative numérique – jusqu’au siège corrézien de l'Ifce en priant pour avoir le certificat d’exportation à temps. Or, comme chacun le sait, la voie postale est très loin d’être la plus sûre dans notre pays et beaucoup de documents se perdent. Mais ce n’est pas tout. Car une fois la carte arrivée, ensuite, au château de Pompadour, l’Ifce traite les dossiers à un rythme qui est le sien. Or ce rythme est très différent de celui de notre économie et des courses internationales qui vont très vite. Malgré la célérité des équipes administratives des courtiers, haras et transporteurs, nous sommes trop souvent dans l’impasse. Un transporteur français est en train de perdre un client qui lui confie près d’une centaine de chevaux par an : qui va payer les conséquences de cette situation, si ce n’est ce chef d’entreprise qui fait vivre beaucoup de monde ? Son client est furieux car faute de certificats d’exportation, ses chevaux ont été déclarés non partants ce jeudi. Or, nous en avons la preuve, les documents étaient arrivés à temps au château de Pompadour. Mais peut-être le pont-levis était-il relevé à l’heure du passage du courrier ?

Avec cette situation d’un autre temps, nous perdons tous des clients qui sont des investisseurs importants pour notre filière, alors qu’au même moment, beaucoup de races et filières ont tout numérisé. Je pense aux trotteurs ou encore à l’Angleterre. Alors que faire ? Il faut simplement confier la gestion des certifications d’exportations au service qui gère déjà cela pour les pur-sang anglais chez France Galop. Et ce, même si cela passe par la création d’une annexe au stud-book du cheval arabe. Après tout, c’est déjà cette institution hippique qui prend en charge au quotidien l’organisation des courses de pur-sang arabes dans notre pays. Surtout que la situation va être de plus en plus critique : désormais, les galopeurs n’ont plus un, mais souvent quatre, cinq ou dix propriétaires. Il faut donc faire voyager les documents par courrier postal – avec à chaque fois un risque de perte et un délai conséquent – pour recueillir toutes les signatures avant d’envoyer le courrier à l'Ifce.

Il y a une décennie, nous avions déjà fait face à des problèmes de lenteur et de manque de fiabilité de la part de l'Ifce. Une réunion avait été organisée et les choses s’étaient améliorées pendant une année environ… avant de revenir à la (mauvaise) situation précédente. Afin que la situation de ce transporteur et des différents intervenants ne se renouvelle pas, je demande qu'une réflexion sur le traitement de ces dossiers soit menée le plus rapidement possible. »