Zellie, le rêve éveillé de Charles Barel

Élevage / 08.10.2021

Zellie, le rêve éveillé de Charles Barel

Zellie, le rêve éveillé de Charles Barel

Il a eu son premier partant en 2002. Et vingt ans plus tard, Charles Barel a décroché son premier Gr1 en tant qu’éleveur grâce à Zellie. Homme de la terre, celui qui est installé près de Rennes nous a raconté son histoire.

Par Adrien Cugnasse

Sortir un gagnant de Gr1, pour un éleveur, c’est toujours quelque chose d’extraordinaire. Mais voir son élève remporter une telle épreuve lors du week-end de l’Arc, c’est encore quelque chose de supérieur. Et lorsque Zellie (Wootton Bassett) a gagné le Qatar Prix Marcel Boussac (Gr1), Charles Barel a dû se pincer pour y croire. Quelques jours plus tard, il nous a confié : « J’ai mis du temps à réaliser. Pourquoi nous ? Il y a tant de grandes maisons avec de tops juments. Nous sommes des petits. Quand on se lance dans les chevaux, il faut le faire en sachant que parfois cela ne marche pas et tout coûte cher. Mais il arrive aussi qu’on sorte une Zellie... » Charles Barrel élève aussi des setters avec beaucoup de réussite et son élevage de chiens de chasse a produit des gagnants au meilleur niveau. Sa carrière professionnelle a démarré dans le contrôle laitier [qui consiste à réaliser des mesures quantitatives – matière protéique, matière grasse, numérations cellulaires – et qualitatives du lait. Ces données permettent de calculer les index sur lesquels se base la sélection des reproducteurs, ndlr]. Il est ensuite devenu inséminateur bovin pendant dix-huit années : une bonne école pour comprendre le fonctionnement de la sélection et de l’amélioration génétique. Par la suite, Charles Barrel est devenu éleveur de gibier à grande échelle, propriétaire de discothèque et vendeur de maisons individuelles. Il a terminé sa carrière professionnelle en créant une entreprise de promotion immobilière.

Comprendre le marché. Zellie n’est pas le premier bon cheval issu de l’élevage de Charles Barel. C’est aussi le cas de Kingstar (Evasive), deuxième du Prix de Condé (Gr3), Green Rock (Green Tune), lauréat du Critérium de l’Ouest (L) et troisième du Prix Greffulhe (Gr2), Kapstadt (Country Reel), deuxième du Prix de Saint-Patrick (L)… Il nous a dit : « Quand j’avais 25 ans, je montais à cheval pour le plaisir. Mais la vie professionnelle m’a rattrapé et j’ai rapidement manqué de temps pour l’équitation. Et puis, quand vous êtes chef d’entreprise, avec la responsabilité de faire vivre des salariés, vous délaissez les sports à risque durant votre temps de loisir. Arrivé à la retraite, j’ai décidé d’acheter deux ou trois poulinières. Et j’ai appris en pratiquant. Désormais, j’essaye de sortir des chevaux précoces. Car c’est ce que le marché demande. Et puis, avec les 2ans vous gagnez une année. »

Tenir compte des conseils. Charles Barel poursuit : « Un professionnel, qui est aussi un ami, m’a dit un jour qu’il fallait que j’améliore ma jumenterie. Et dès lors, j’ai essayé de partir sur des origines de meilleure qualité, selon les moyens dont je disposais. À chaque fois que l’opportunité s’est présentée, j’ai amélioré la qualité des juments. Et nous en sommes arrivés à Zellie ! Ce qui est formidable avec les chevaux, c’est que j’apprends tous les jours. Mais il faut aussi savoir aller poser les bonnes questions aux gens car c’est très enrichissant. Si vous ne demandez rien, personne ne viendra à votre secours ! » Concernant la future lauréate de Gr1, Charles Barel se souvient : « Zellie était une jolie pouliche, avec du bec, mais pas immensément grande. J’avais peur de ne pas la vendre en août et je l’ai donc présentée en décembre où elle s’est bien vendue. Mais elle n’a pas trouvé preneur à la vente de septembre lorsqu’elle était yearling. Et finalement, c’est une bonne chose, car son nouvel entourage a connu la réussite que l’on sait avant de réaliser à son tour une belle vente. Avec Zellie, tout le monde a été gagnant. Une pouliche comme ça, c’est un vrai bonheur. » Au sujet du croisement, il explique : « J’avais sollicité Monsieur de Chambure afin d’obtenir une saillie de Wootton Bassett (Iffraaj) pour Sarai (Nathaniel). Et le croisement lui semblait intéressant. Guillaume Cousin m’a ensuite confirmé cela. C’est ainsi que Zellie a été conçue… »

Améliorer sa jumenterie. « À chaque fois que l’on part pour les ventes, on a plein d’idées en tête. Mais cela ne se passe jamais comme prévu et on achète souvent un cheval que l’on n’a pas vu ! Sarai, la mère, n’avait pas atteint un prix exorbitant à Newmarket [55.000 Gns, ndlr]. Mais elle était pleine d’une saillie qui n’attirait pas forcément les gens. Et puis, étant petite, elle ne correspondait pas aux attentes de certains acheteurs.

J’essaye de choisir des juments bien nées avec du black type proche et une souche sans trou. C’est-à-dire avec une famille vivante. Il n’y a bien sûr aucune certitude. Mais tout de même, avec les chevaux bien nés, statistiquement, la probabilité de "sortir" un bon est bien plus forte ! Bien sûr, pour des raisons de coûts, tout le monde ne peut pas avoir les belles origines que le marché exige lorsque vous allez aux ventes. Et il faut bien avoir des chevaux "normaux" pour remplir les courses et fournir les partants dont le PMU a besoin pour payer les allocations des épreuves de sélection. La réalité de notre filière est donc tout en nuance. Ce n’est pas blanc ou noir. Actuellement, j’ai une dizaine de poulinières, mais j’essaye de faire du tri. J’ai vendu Sarai cet été et je vais donc réinvestir dans de bonnes juments cet hiver. »