Buzz, le si bien nommé

Élevage / 29.11.2021

Buzz, le si bien nommé

Le 20 novembre, Buzz remportait son premier Groupe sur les obstacles, l’Ascot Hurdle (Gr2) : Nicky Henderson, son entraîneur, dit voir en lui un cheval de Stayers’ Hurdle de Cheltenham. Mais Buzz est aussi un bon cheval de plat. Il a remporté une course mythique : le Cesarewitch Handicap, charge de cavalerie avec plus de trente partants sur 3.600m à Newmarket. Et il soutient la lutte contre le cancer ! Pas mal, pour un petit poulain du Perche !

Merci Guy Petit ! Buzz a été élevé par Christian et Matthieu Maillault, soit le père et le fils ! C’est Corinne Maillault, épouse de Christian et donc mère de Matthieu, qui nous a expliqué l’histoire du poulain. Une histoire de famille : « Tout a commencé avec la mère, Tiysha (Arafaa). Elle était présentée par les Aga Khan Studs aux ventes Arqana et elle séduisait beaucoup mon mari car il s’agit d’une souche Dupré. Sa grand-tante, Célestine Maillault, avait épousé un directeur du haras du Pont d’Ouilly. Mais nous n’avions pas pu nous rendre aux ventes et c’est Guy Petit qui l’a achetée, moyennant 9.000 €. Je l’ai appelé pour savoir s’il pouvait nous rétrocéder la jument et il a accepté, au même prix ! Nous l’en remercions. »

Buzz est le premier produit de Tiysha, une jument restée inédite. La famille est belle : la deuxième mère, Tashiriya (Kenmare), a gagné une course B à 2ans sur le mile de Saint-Cloud et a conclu deuxième à 3ans des Prix Vanteaux (Gr3) et de la Seine (L). Elle a notamment donné Tashkandi (Polish Precedent), vainqueur du Prix de Pontarmé (L) et troisième du Prix Jean Prat (Gr1), et Tashelka (Mujahid), gagnante des Prix de la Nonette (Gr3, à l’époque) et Fille de l’Air (Gr3). C’est donc la souche de la bonne Tasaday (Nayef), lauréate des Prix de la Nonette (Gr2), des Réservoirs et de Psyché (Grs3), qui a brillé en tant que poulinière en 2021 puisqu’on lui doit Manobo (Sea the Stars), lauréat invaincu du Qatar Prix Chaudenay (Gr2) début octobre, et qui s’annonce comme un cheval d’avenir.

Motivés par Motivator. Buzz est le premier produit de sa mère et il est issu de la première saison au haras du Quesnay de Motivator (Montjeu). Un choix coup de cœur : « Nous adorions Motivator ! Nous venons du concours hippique et il a ce côté petit athlète que nous avons dans les chevaux de selle. Le choix se portait entre Motivator ou Siyouni et cela n’a pas pu se faire avec le second nommé. Tiysha est donc allée à Motivator et elle a pouliné au haras d’Engerville. Au bout de quelques mois, elle est revenue, avec Buzz, chez nous à Condé-sur-Huisne dans le Perche, où nous avons une quinzaine d’hectares. C’était un poulain très facile, très gentil ! Il a grandi avec notre poney babysitter qui rend nos poulains mâles assez calmes. Mais, à un moment, il faut les séparer et c’est pour cela que nous ne conserverons que les femelles. Buzz est donc passé en vente à Arqana. Il a été vendu à un petit prix [13.000 € à Stroud Coleman Bloodstock, ndlr]. Personne n’avait l’air de vouloir de lui et nous étions déçus car nous croyions vraiment à Motivator. » Direction le Royaume-Uni.

Le cheval qui soutient la lutte contre le cancer. Buzz a rejoint les boxes de Hughie Morrison pour lequel il est devenu un bon cheval de handicap : trois victoires dans cette catégorie, ainsi qu’un succès de maiden au mois de décembre de ses 2ans. En octobre 2019, Buzz passe en vente à Goffs UK, pour dissolution d’association. Les hommes d’Highflyer Bloodstock l’achètent 80.000 £ et le gris rejoint les écuries de Nicky Henderson pour un propriétaire assez exceptionnel : Thurloe for Royal Marsden Cancer Charity. C’est une déclinaison de l’écurie de groupe Thurloe Thoroughbreds et 25 % des allocations engrangées par les chevaux vont au centre de recherche contre le cancer de Royal Marsden Oak. Et une victoire dans le Cesarewitch, par exemple, rapporte… 128.500 £ !

Buzz s’est totalement révélé lors de la saison 2020/2021 d’obstacle et il n’est pas passé loin de sa victoire de Gr1 à Aintree dans l’Aintree Hurdle (Gr1), battu seulement d’une longueur un quart par le tout bon Abacadabras (Davidoff). Corinne Maillault nous a dit : « C’est une histoire qui est belle de bout en bout. Déjà, il a été bien nommé par ses propriétaires ! Il est allé dans de bonnes maisons et, pour de petits éleveurs comme nous, c’est un vrai plaisir de savoir qu’il est respecté. Et c’est une super belle histoire avec l’association, cela nous fait très plaisir de savoir qu’une partie de ses gains est reversée. Buzz, c’est une histoire de famille car tout le monde a participé à l’achat de Tiysha, dont il est le premier produit. En tant que petits éleveurs et petits propriétaires, ce n’est que du plaisir que de suivre cette histoire. Nous sommes gâtés. »

Cinq poulinières. La famille de Buzz est encore bien présente chez les époux Maillault : « Après Buzz, Tiysha a eu un produit par Manduro qui était absolument magnifique. Nous vendons tous nos mâles, alors nous ne l’avons pas gardé et il a été exporté, puis s’est mortellement accidenté, ce qui nous avait beaucoup attristés. Croisée avec Masked Marvel, elle a eu Tiara, qui n’a pas pu courir après s’être fracturé le bassin. Elle a une 3ans, Tchoupiy, qui n’a pas couru et est actuellement chez nous. Elle est par Style Vendôme : j’avais gagné une saillie de l’étalon, donc nous y sommes allés. Et son mâle yearling par Galiway s’est vendu 30.000 € en novembre à Arqana, ce qui nous a fait plaisir. Avec Buzz, nous allons peut-être orienter la famille vers l’obstacle : j’aimerais pouvoir envoyer Tiysha à No Risk at All l’an prochain, si cela est possible. Et, pour Tchoupiy, voir s’il est possible d’aller à Motivator. J’adore ce cheval, vraiment. Tiysha a été notre troisième poulinière et nous en avons cinq. Nous avons aussi Toscabella (Country Reel), qui a gagné au niveau handicap, et notre première jument a été La Poullique (Astarabad), qui était entraînée par Jehan Bertran de Balanda et avait gagné pour ses débuts, à Enghien ! »

La Poullique avait débuté au mois d’avril 2008. La famille Maillault élevait auparavant des chevaux de concours avant de changer de trajectoire via un de leur fils, Julien. Corinne Maillault nous a dit : « Nous avions un élevage de chevaux de selle, spécialisé dans les entiers. Dans notre famille, tout le monde a donc fait de la compétition, dont notre fils Julien. Et comme il manquait un peu de rythme, il est allé en stage chez Jehan Bertran de Balanda : il a été emballé par les courses, par le professionnalisme du monde des courses et il est resté dedans. Julien est parti chez monsieur Cumani, et aussi aux États-Unis et, à son retour, pour lui faire plaisir, nous avions acheté une jument à Saint-Cloud : c’était La Poullique, qui est donc allée chez monsieur de Balanda. Il faut bien reconnaître que, dans le monde du cheval de selle, il n’y a pas de reconnaissance envers les éleveurs, contrairement au monde des courses. Il y a un pourcentage sur les gains, tout est très bien géré : quand on est un petit éleveur, tout cela est bien agréable. Nous n’avons plus de chevaux de selle à l’élevage, juste nos vieux retraités… Mais nous y reviendrons peut-être, via les petits-enfants ! »